‹ Correspondance de Nicolas PoussinChapitre 148 sur 320 · Lecture douteuse · texte numérisé non relu

Lecture douteuse

2. « C'était un ami commun de Poussin et de M. de Chantelou et un amateur très considéré » (H. Chardon, Les Fréart, p. 19). Sur Martin de Charmois (1609-1661), voir Vitet, Journal des Savants, 1857, p. 26, 29, 35, 114.

qui est extrêmem' modeste a loé le petit S'. Paul que je vous ay fet estant particulièrem'. entre vos mains, là où il sera encore preserué de la morsure des plus venimeuses langes.

Se seroit me faire tort si vous ne croyés que je n'aye en singulière recommâdation les sacrements que vous m'aués commandé que je face. J'en ay fet mon capital et se sera là où je metterei toutte mon estude et toutte les forces de mon talent tel quil est.

Je vous promis par ma dernière de vous faire scauoir en quel estât estoit l'affere de vos huit bust du Vitelleschi. J'ei donc seu de M^ despior que son correspondant de Ligorne les auoit fet embarquer sur un gros veseau holandois pour Amsterdam, où estans ariués dieu aidans l'on les remandera à Rouen au S^ Jan Turgus marchand qui vous les enuoyera à Paris. Le dit S^ despior dit que le port ne coustera guère dauantage que si s'estoit pour Rouen à droitture et que le voyage se fet en deus mois, en fin soit se qui plaira à dieu il faut patienter. Car il n'est plus temps de penser à un autre moyen.

Le père Charles m'a mandé une lettre d'un Père prouinsial Jésuite qui porta la lame d'argent à Lorete là où il dit auoir conseigné laditte lame en main de Monseigneur Gayetano qui ausi tost commanda qu'elle fust appliquée en son lieu, pour ce qui est de vos chandelliers et coppies, je n'en ay pas eu d'autres nouuelles que de Marseilles là où il y a longtemps quils estoint ariués. Je crois si vous ne les aués repsus que se sera bientost.

Jay retiré la coppie de Vierge que le S^ Le Maire vous a fette J'atens que vous m'ordonniés de la

manière de vous l'enuoyer l'on nous assure que la paix est fette entre le Pape et messieurs de la Ligue'. Nous en atendons la publication. L'on dit icy que Sa Sainteté ne se porte pas bien. S'il nous manque dieu nous donne mieux^. Il ni a autre chose de nouueau en ces quartiers icy.

Monsieur le Cheuallier du Puis et M', son frère vous saluent très affectueusem'. .

Monsieur Vostre trèshumble et trèsaffectionné Seruiteur

Poussin.

A Monsieur de Chantelou^ Paris,

[M. Poussin /5°»« auril 1644.

Il mande que Vinscription de Lorette est posée

quil souhaitte que les caisses quil ma enuoyées arriuent heureusement

Quil commance le premier de mes Sacremens quil prie dieu de luy donner assés de vie pour les acheuer

tous sept^.]

De Rome Ce i5'«™« Apuril 1644.

Monsieur Quand ainsi seroit que vous eussiés laissé passer

1. La France (par l'intermédiaire du cardinal Bichi) venait enfin de ramener la paix en Italie, malgré l'Espagne, par la paix de Ferrare (3i mars 1644), qui mit fin à la première guerre de Castro.

2. Bien qu'Urbain VIII fût favorable à la France, Poussin ne pouvait dissimuler combien les Barberini, ses neveux, gouvernaient d'une façon lamentable.

3. Pour la description des Sept Sacrements, voir Description des tableaux du Palais-Royal (par Dubois de Saint-Gelais), 1727,

encore cet ordinaire sans m'escrire (néanmoins que vos nouuelles me consolent infiniment l'esprit) pourueu que j'euses en fin repseu nouuelle de i'ariué de vos quaisses, se m'eust esté un grandissime contentem' principallement quand j'euses seu que ce qui est dedens vous eust esté rendu sain et entier. Car je doubte fort qui! ni aye quelque chose de guasté ayant par un si long voyage passé par tant de mains. Je serei certainement en inquiétude jusques atant que j'en aye quelque bonnes nouuelles.

Vos dix autres quaisses sont par le voyage. Je crois assurém.ent quelles arriueront à bon port, considéré la bonté de la saison, il y a eu par mer cet Hiuertant quil a duré des tempestes et tourmentes extraordinaires de sortes que quantité de barques et de veseaus ont estes engloutis des ondes et crois que sa esté bonheur d'auoir tardé un peu à les enuoyer.

Je suis bien aise que vous ayés repseu la dernière police que je vous ay enuoyée avec le compte de la despense que jei fette pour vous. Jei du depuis employé septante écus en la coppie que le S^ le Maire a fette. et vint escus à M^ Thibaut. Vous me manderés sil vous plaist ce que vous désirés que je face du résidu de vostre argent.

Je vous prie affectueusement de ne considérer point le temps que j'employe à vous seruir car je l'estime à bonheur et le fés auec joye. Si vous vous sou-

in-i2, p. 333. — On sait que les Sept Sacrements de Chantelou, comme ceux de del Pozzo, sont aujourd'hui en Angleterre. Ceux de Chantelou furent achetés 120,000 francs par le Régent et restèrent au Palais-Royal jusqu'à leur vente, avec toute la collection d'Orléans, au duc de Bridgewater, pour 1,225,000 fr. Ils ont passé par héritage à lord Egerton, puis à lord EUesmere.

uiendrés de moi lors que les afferes de delà s'accommoderont je recepuerei les grâces que vous me ferés en don et vous en demeurerei à tousiours estroittement obbligé.

Je vous rends mille grâces de ce que vous aués permis à M^ Rémy de faire la vente des meubles qui estoint restés en la maison des Thuilleries. Ausibien se gastoint il. L'on en a tiré cent escus que je recepuerei demain.

Je ne vous répliquerei autre chose pour ce qui est de la placque d'argent de Lorete car je vous en ay si souuent escrit quil baste elle est enfin coUoquée à sa place'.

Hier, je commensas à trauailler à l'un des Sacremens Je prie dieu quil me donne la vie assés longue pour les finir tous sept ainsi comme je souhette. Je scais bien que l'atendre^ est une fascheuse chose et quil vous anuira en Patente de cet ouurage mais monsieur mon cher patrO je nay que une main qui en fin s'employera pour vous seruir le plus promtement quelle pourra.

Quand vous aurés escrit au Vitelleschi je ne man-

1. « On voit à côté de l'Évangile un ange d'argent de la taille d'un homme tenant entre ses mains et présentant à la sainte Vierge un enfant d'or du poids de 24 livres, dans un plat bassin de vermeil sur un coussin d'argent; ... Le coussin sur lequel repose la tête de l'enfant porte cette inscription :

Acceptum a Virgine Delphinum Gallia Virgini reddit.

« A ce présent, qui est d'un travail exquis et qui est estimé plus de 100,000 écus, Louis XIII et Anne d'Autriche joignirent deux couronnes d'or enrichies de diamans, l'une pour la mère et l'autre pour l'enfant, que le pape Urbain VIII fit mettre sur leur tète n (J.-B. Vanel, Un pèlerin lyonnais à Rome et à Lorette en 174g, p. 71).

2. Poussin, qui avait d'abord écrit : l'attente, a corrigé en : iatendre.

querei pas de luy présenter vos lettres. Jei donné à

M^ Thibaut les vint escus en deux fois dix escus pour

le mois de mars, et dix autres pour le mois d'apuril

Il a esté raui quand il a veu vostre lettre et quil a seu

que vous luy ordonneriés icy. x. escus le mois, il

vous en remercie très humblement, et parceque il ne

se présente maintenant autre chose à vous faire

scauoir je finirei la présente en me disant toutte

ma vie

Monsieur

Vostre trèshumble et trèsobéissant Seruiteur

Poussin.

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