‹ Correspondance de Nicolas PoussinChapitre 166 sur 320 · Phrase écrite verticalement et en marge · texte numérisé non relu

Phrase écrite verticalement et en marge

// mande quau contraire des autres vieillissans* il se sent enflammé dun grand désir de bien faire.]

De Rome Ce 3o'î'« octobre 1644.

Monsieur

Je vous enuoye la coppie de la Vierge de farnèse fette delà main de Mo"^ Le Mère, et le tableau que je vous ay fet. Demain à midi, je consignerai es mains du courrier de Lyon, nommé Bertolin, qui est celui qui porta vostre tableau de la Manne, sans atendre le parlement de Regart, dont je vous auois parlé par mes dernières. J'ay espérance quil ariuera à bon port et bien conditionné, d'autant que j'userei dilligence à le faire bien encaisser et bien couurir. La caisse sera scellée de mon cachet de la confiance^, et l'adresse sera. A Monsieur de Chantelou à la rue S* Thomas du Louure. Je payerei le port de vostre argent jusques à Lion. Le courrier vous l'enuerra par le messagier à Paris. Et parce que la caisse n'est pas encore fête, je ne saurois vous dire ce quelle pèsera; mais par le premier ordinaire vous serés aduerti du tout. Je vous enuoyerei vostre conte fet plus exactement que par le passé, à celle fin que vou sachiés en quoy vostre argent a esté despencé que vous voyés ce qui aduansera. Je vous supplie au mesme temps qu'il vous plaira me respondre de m'enuoyer un mot de

1. Poîssin avait cinquante ans (né le i5 juin 1594, plutôt que le i5 juin iSgS).

2. « Cet heureux voyage [à Paris, en 1641] ressemble à une navigation incertaine; et cette pensée qui est sienne, il l'a exprimée, arrivé à Paris, dans le sceau de sa bague, y faisant graver la figure de la Confiance, avec les cheveux épars, et qui, des deux mains, tient un vaisseau, avec l'inscription Confidentia N. P., Confiance de Nicolas Poussin, et tel le décrit Cortari » (Bellori, Le Vite de' pittori, etc., trad. Rémond, p. 36). — Des fragments de ce sceau de cire se trouvent après un grand nombre de lettres du ms. 12347.

quittance ou descharge car jei fet des repsues du dit argent. Le payement dudit tableau est du tout remis à vostre volonté, car je scais bien que vous considérés le temps et la fatigue que j'y ay mise, néanmoins que se soit ce qui y est moins de considérable. Je vous supplie deuant que l'on le voye de le faire orner d'une corniche faite d'or matte et quelle aye ses membres délicats. Quand vous aurés considéré le dit ouurage vous me ferés l'honneur de m'en escrire vostre sentiment à la réale.

Je ne vous diray autre chose sur ce subiec, et finiray la présente en espérance que vous me donnerés subiect de continuer à vous faire les autres pièces avec encore plus de soin et d'amour que je n'ay fet la présente; d'autans que comme je vieillis je me sens au contraire des autres, enflammé d'un grand désir de bien fere et particulièrement pour vous qui estes mon

idole.

Monsieur

Vostre trèshumble et trèsobéissant Seruiteur

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