Poussin a Chantelou
(Ms. 12347, fo'- '^2.)
A Monsieur de Chantelou, Paris.
[M. Poussin 2= octobre 1644.
Il mande quil afiny l'extremonction quil l'enuerra au premier ord^^.
Il parle de la transfiguration.]
De Rome ce 2«"'« octobre 1644.
Monsieur . Ausi tost que j'eus repseu vostre dernière du premier Septembre et que ji eus trouué celle que vous escriués à Monsieur du Noiset je manquas point de luyla présenter en main propre.
Le resentiment que vous monstres d'auoir eu de mon Indisposition thémoignent assés la par que j'ei en vos bonne grâces et de quelle façon il vous plaist [de] chérir vostre seruiteur. Je vous assure (Monsieur) que mon mal à l'estomac estoit le moindre que j'eusses à lors, et le non pouuoir continuer l'oeuure commencée pour vous m'affligeoit le plus, veu quil y a desià longtemps que je vous la debuerois auoir enuoyée. Vous ne debuiés pas craindre ni vous imaginer que dens une mauuaise disposition de ma santé je misse la main à une chose où je n'employé que le temps où je me trouue de bonne veine. Jei mieux
aimé entrelaisser ce qui estoit commencé, et vous faire atendre dauantage. que de mettre en oeuure le résultans d'un esprit languide. Mais ausitost que ma santé a esté retournée je n'ay pas vouleu perdre le temps Ains je l'ei employé en manière que je suis à la fin demain je le vernirei pour le retoucher en quelques endrois. Je vous le pourois enuoyer par le prochain ordinaire. Mais je ne me fis à tous nos Courriers de Lion. Je suis atendens la venue de Regar qui est personne assés confidente et celuy qui porta vostre s' Paul, il vaut mieus atendre un peu dauantage et faire notre affere plus assurément.
Sependans que je l'aurei es mains il pouroit estre que Madame des Hameaux famé de Monsieur l'Ambassadeur de Venise^ ariueroit à temps en cette ville pour le voir j'en serois trèsaise n'ayans chés moy rien autre de fini que je luy pusse fere voir Je me puis assurer d'auoir sa visite puisque elle et Mondit Sf l'Ambassadeur m'en ont escrit. Sa esté Monsieur du fraisne qui m'a donné cette cognoissance là
la lettre que vous craigniez qui n'eust esté perdue est ariuée à bon port. Je vous ay remercié trèsaffectueusement du soin que vous aués de mes interest Comme maintenant je vous rends une infinité grâces pour le même subiec puis quil vous plaist me confirmer par celle si ceque vous me promettiés par celle du passé. Si cette affere réussit heureusement Je ne pourei dire autre qui se ne soit un don que je repsois de vostre main.
Jei pensé qu'il n'estoit pas hors de propos de vous
I. Des Hameaux, ambassadeur ordinaire à Venise, du 20 novembre 1642 au 5 mars 1645 (voir Baschet, Les archives de Venise, p. 437),
aduertir que la coppie de la transfiguratiO de S'. Pietro In Montorio est en un estât tel quelle ne vous peust seruir à chose du monde, et que vous aies fere une nouuelle despense inutile. Le tableau auec la quaisse la corde et la toille cire et caneuas pèsera plus de cent liures ou peu moins et les marchâd veulent vint sous pour liure poix de paris pour le port. Je n'ay ozé rien faire sans premièrement vous en aduertir. J'atendrei vostre responce — pour vostre coppie de vierge je vou l'enuoyerei avec l'extremonxion. et demeurerei à jamais
Monsieur Vostre trèshumble et trèsobéissant Seruiteur Poussin Ma famé vous baise trèshumblement les mains.
Nous auons un Pape' de qui l'on espère beaucoup de bien dieu le veille*.
A Monsieur de Chantelou, à Paris.
[M. Poussin 3o^ octobre 1644.
Il menuoye le tableau de lextremontion et la coppie de vierge du maire.
1. Innocent X (Jean-Baptiste Pamfili) (né en 1572, mort le 7 janvier i655); élu le i5 septembre 1644, malgré les avis antérieurs d'Urbain VIII et l'hostilité de Mazarin, par l'appui des Barberins, qui n'allaient pas tarder à regretter cette imprévoyance. Poussin sera vite détrompé sur le fait de ce pape, dévoué à la politique espagnole.