Innocent X avait été couronné le 4 octobre
passer par la main des larrons et non de marchand. Auec tout cela il les faut remercier bien humblement de la paine quil ont prise et du seruice quil ont fet c'est la mode qui court.
Si l'eusses eu le bonheur de vous reuoir encore une fois en cette ville je n'aurois plus eu de regret de mourir o dieu quelle joye jaurois eue de reuoir encore une fois la personne que j'aime et honore sur tous les hommes du monde. Monsieur de La Boissière' me fet beaucoup du tort il faut quil veille mal à luy mesme d'auoir refusé la compagnie d'un personnage qui auroit esté sa consolation et son bonheur. Je crois que son voyage n'en eust pas esté si long ni si fâcheux quil sera. Car il debueroit estre maintenant icy, si se n'est quil s'entretienne à Marceille pour auoir l'occasion de passer sur les gallères qui viennent pour porter en France Monsieur le Cardinal de Lion. Si son retardement est pour cela j'en serei tout joyeux car oultre qu'il passera assurément sans craindre les corsaires de Final il aura bonne compagnie pour jusques à Rome mesme de Monsieur Gueffier qui se sert du mesme passage, dieu le veille amener en bonne santé. Lorsque je scaurei quil sera arriué je ne manquerei pas de luy aler offrir humblem* mon seruice.
Sans mentir je me console en quelque manière de ce que vous recepuerés l'extrême oncsion sans estre malade et deuant que jaye entendu les plaintes que commensiés à fere de ne pas recepuoir se sacrement
1. M. de la Boissière était le fils de M. de Noyers. Il semblerait, d'après ce passage, avoir décliné l'invitation de M. de Chantelou de l'accompagner à Rome, ce qui ne démentirait guère l'épithète de « benêt » que lui décoche Tallemant des Réaux (voir la lettre suivante).
au temps que je vous Taucis promis, vous le recepuerés non pas dun prebtre mais du messagier de Lion. Comme par deux fois conséqutives je vous ay escript vous aurés par le mesme moyen et tout ensemble la coppie de la Vierge que vous désiriés que je vous enuoyasse de manière quil vous semblera que j'ayes eu réuélation de vostre désir, car tout a esté fet deuant que d'auoir repseu vos dernières.
Puis que vous désirés une autre demie douzeine. ou au moins quatre autres bust. je veus auant que de passer par les mains de ce Masquignon de Vitelleschi chercher par tout Rome sans quil en sache rien si je puis et puis au pis aler nous irons à son magasin voir sil y aura moyen de tirer quelque chose hors ses mains de Harpie.
Je tiens touiours roulée la coppie de la transfiguration dont je vous ay escrit plusieurs fois et ne scais quelle occasion prendre autre que celle des marchand pour vous l'enuoyer. Je suis atendans vostre response sur ce subiect.
Je vous ay enuoyé un conte de la despence fette de vostre argent un peu plus exacte et plus à vostre aduentage que celuy du passé. Vous prendrés la painne de le repasser et en fere proeuue pour ce que je désire vous rendre conte d'un obole comme il est de mon debuoir et comâdés moy sans m'espargner sependans que je vis car après moy il ni a personne qui vous seruira de si bon cœur Monsieur Vostre trèshumble et trèsobéissant Seruitcur Poussin
Ma famé vous baise trèsaffectueusement les mains.
Mes trèshumbles baissemains à Messieurs de Chantelou.