Poussin a Chantelou
(Ms. 12347, fol- '45-)
[M. Poussin 18^ juin 1645.
Il tesmoigne vouloir reuenir enfrance
Il déclame contre linjustice de luy oster sa Maison et se loue comme se cognoissant bien^ .']
A Rome Ce i8'"°e Juin. 1645.
Monsieur
J'aurois matière de vous escrire beaucoup si je voulois respondre aux serimonies que vous fettes auec moy. par la dernière dont il vous a pieu m'honnorer. Je diray seullement que la lecture de vos lettres ne me peut jamais apporter que de la consolation du bien et de la joye. Ce m'est un foment qui me va augmentant l'affectiO que jei de vous seruir. ne vous imaginés donc point que je perde le temps à les lire ni mesme à y respondre. Ce seroit moy mesme qui debuerois estre le premier à vous fere mes excuses enceque vous employant en des choses d'importanse je vous en peus diuertir par mes inportunités. qui sont si fréquentes. La confianse que jei en vostre bonté sera cause que mesmement par cette présente
1. 11 semble que Chantelou, qui n'avait d'abord écrit que se loue, ait ajouté, d'une écriture plus tremblée (c'est-à-dire peutêtre beaucoup plus tard) : comme se cognoissant bien.
3o8 CORRESPONDANCE [1645
je viendrey vous importuner de nouueau et vous prier de me prester vostre ayde en un négose que vous scaués qui m'importe. Mo"") vous scaués que mon absense a esté cause que quelques téméraires se sont imaginés que puisque jusques à cet heure je n'estois point retourné en france depuis que j'en suis parti j'auois perdu l'enuie di jamais retourner. Cette fausse Croyanse. sans aucun autre Raison les a poussés, à chercher milles Inuentions pour tacher à me rauir iniustement la Maison quil pleut au feu Roy de trèsheureuse mémoire, me donner ma vie durant. Vous scaués bien quil ont porté l'affere si aduant que il ont obteneu de la Royne license de la posséder et m'en mettre dehors. Vous scaués que pour ce fere il ont composé de fauses lettres portantes que j'auois dit que je ne retournerois jamais en France, affin que par ces fausetés la Roine leur accordas plus facillement une chose du tout iniuste. Je suis au désespoir de voir que une iniustice semblable ne trouve point d'ostacle. Maintenant que j'auois enuie de retourner jouir de la douceur de la patrie là où finallement chacun désire mourir je me vois oster ce qui m'inuitoit le plus à retourner de par delà, est il possible quil ni aye personne qui veille deffendre mon droit, qui se veille dresser contre l'insolense d'un homme vil d'un laquais, est il possible quil ni aye personne qui deffende mon parti. Les francois ont il " si peu de sentiment pour leurs Nourrisons qui honnorent par leur vertu leur pais et leur patrie? veut on souffrir que un homme comme Sanson. mette dehors de sa maison un vertueux cogneu de toutte Leurope. du reste c'est l'interest du public. C'est pourquoy Monsieur je vous supplie au moins
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sil ni a point d'autre remède de faire entendre aux honneste gens le tort que l'on me fet. et vous soyés mon protecteur en ce que vous pourés. Oultre tout cesi je nei point esté payé de mes fatigues'. J'auois une grande enuie de retourner cet autonne. (Ainsi comme vous en cognoissés une partie des Occasions Jei deià à cet effet accommodé une partie de * mes afferes et si je suis secoureu à temps j'espère estre en France pour la tousaint. que si l'iniustice a plus de lieu que la Raison, se sera alors que j'aurei occasion de me plaindre de l'ingratitude de mon pais, et seroi^ contrains de mourir loint de ma patrie comme un exilé ou bani. Je ne vous importunerei point dauantage sur se subiec. et n'en diray plus rien jusques à tant que vous m'en ayés donné quelque mot de response.
Je suis touiours après la découuerte de quelques belle testes de marbre antiques, mais finallement je crois qu'il faudra que vous vous contentiés de ceque l'on peut trouuer ne pouuant recouurer ceque l'on désireroit.
Vostre tableau de la Confirmation demeurera ainsi quil est en atendans la saison plus commode pour trauaillier. Le commencemen de cet esté icy nous espouuente. la chaleur estant venue tout à coup exessiue.
Nous auons en cette ville le bon Monsieur du fresne' de l'imprimerie qui se porte for bien. Hier au soir en m'entretenant auec luy il me dit quelque chose sur l'enuie que vous aués de reuoir une autre