Poussin a Chantelou
(Ms. 12347, fo'- H9-)
A Monsieur de Chantelou^ à Paris.
[M. Poussin i5^ octobre 1645.
1. Poussin a biffé la parenthèse, que nous conservons pour la clarté du texte.
2. Le sieur de l'Isle, agent diplomatique à Gênes et en Allemagne. Peut-être le même que M. de Lisle Sourdière, cité dans la lettre du 22 juin 1648 et dont Félibien nous apprend, Entretiens, p. 18, qu'il posséda, après M. Gillier, le Moïse qui frappe le rocher.
1645] DE NICOLAS POUSSIN. SlQ
Mande que pour faire sortir mes bustes II tentera touttes voies mesmes les illicites
quil seruira mon frère mais à mes despens.]
A Rome Ce quinziesme octobre. 1645.
Monsieur
il n'est pas besoin de remplir cette demie fuille de papier de friuoles et parolles ou conceptions inutiles, puis que elle ne suffira que pour contenir les choses quil est nécessaire que vous s^chiés et premièrement jeveus bien vous aduertir que ses jours passés j'auois quelque espéranse d'obtenir la license de pouuoir faire sortir vos quatre testes de marbres hors de Rome et vous les enuoyer à la première commodité à Lion. Mais sur ses entrefettes le Cardinal Antoine' Camerlingo aiant esté contraint de s'absenter secrètement de Testât eclésiastique. Incontinent que l'affaire a esté descouuerte le pappe a pourueu à tous les offices de la Chambre, en leuant dehors ceux qui y estoint sous le dit Cardinal et y mettant ceux qui luy a pieu particulièrement le Cardinal Sforze'a esté fet Vicecamerlingo. Ce qui sera cause que désormais je crains fort de trouuer de nouuelles difficultés pour obtenir la susditte license. et à cause de cette nouueauté n'ayant aucune cognoissancede ceux qui sont entrés èsdits offices il faudra du temps pour descouurir les moyens quil faudra tenir pour impétrer ce que je demande, pourueu quil ni aye de nouuelles difficultés. Vous ne croiriés jamais de quelle sorte de gens nous sommes gouuernés. Mais en fin je tenterei
1. Antonio Barberini, cardinal camerlingue, s'enfuit de Rome pour Gênes dans la nuit du 3o septembre 1645. Il se rendit à Monaco, puis à Turin et enfin en France.
2. Le cardinal Frédéric Sforza, Romain, de la grande famille de ce nom; promu au cardinalat par Innocent X; homme de grand mérite, mais de la faction espagnole.
touttes les vois possibles jusques aux illicites encores quâd se debueroit estre à mon propre dommage. Car de parler au Pape de semblable choses se seroit chercher sa disgrâce.
Monsieur Tibaut auoit eu quelque pensée de partir cet' autonne ainsi que Je vous auois escrit, Mai il a estimé le melieur de passer encore icy cet luer et le printemps qui vient se partir d'icy. L'argent que vous luy ordonniés pour son voyage lui seruira pour passer l'iuer en fesant encore quelque estude nouuelle. il vous escrira touchant serteine choses que je ne vous peux escrire en si petit espace.
Je trauaille journellement à vostre tableau de la Confirmation lequel ne pourra vous estre enuoyé que à la fin de décembre. Le trauail est trèsgrand et la manière de laquelle je le finis ne se scauroit fere tost oultre le grand trauail quil y a.
L'anée prochaine si jei la santé j'en ferei dauantage car je ne me veus engager désormais à nulle autre chose que à vous seruir. S'estoit pourquoy si j'eusse peu remettre le seruise que monsieur vostre frère désire de moy à un autre temps, tant moins j'aurois esté diuerti. Mais comme je ne peux le refuser estant une personne que j'Honnore extrêmement. Vous permettrés que je vous dérobe le temps qu'il faudra pour le seruir ou bien vous suporterés le mal de la patience d'autans plus que vous ne fériés Si vous nous acordés l'une de ses deux choses je pourroi satisfere en quelque manière à l'un et à l'autre Monsieur Vostre trèshumble et trèsdouot Seruiteur Poussin