Poussin a Chantelou
(Ms. 12347, fol. 148.)
A Monsieur de Chantelou^ Paris.
[M. Poussin 2 0' aoust 1645.
Il parle de la difficulté dauoir congé de tirer mes 4 bustes de Rome.
Que la confirmation est un tableau qui luy couste six mois de temps, quil nen fait quune teste en un jour.
Il parle du petit tableau de 5' Jean de mon frère.] A Rome Ce 20'*™' Aust. 1645.
Monsieur Vostre dernière en datte du 23'*"* juillet est arriuée
I. Facondes ou facendes : les choses qui doivent être faites, comme dans agenda, légende, etc.
3l6 CORRESPONDANCE [1645
fort à propos pour ce qui concerne la despense que vous m'auiés ordonné que je fisse alentour de certains gants et autres choses car j'estois sur le point de les achetter et vous les enuoyer ce que je retarderei suiuant l'ordre que vous m'en donnés
Pour ce qui est des bust de marbre je vous en ay achetté quatre et crois y auoir bien employé vostre argent^ il faut maintenant estudier aux moyens de les tirer hors de Rome et vous les enuoyer. Les choses de Rome se sont bien changées dessous ce Papat icy. et nous n'auons point de faueur en Court^. J'apréhens pour cela que je n'aye de la peine pour impétrer la license de transporter les testes susdittes car aucuns m'ont assuré que le Cardinal Pamphile depuis un mois en sa, a ordonné que aucune chose antique ne fust transportée hors de Rome. La raison est que il voudroit que ce qui est à vendre seruist d'ornement à la ville qui fet fere' sans le payer — ou bien l'auoir pour bien peu de chose. Nonobstant j'essayerei par tous les moyens du monde d'auoir cette difficille license* Je vous en manderei des nouuelles quand j'en aurei fet les tentatifs
1. A cet endroit de sa lettre, Poussin a fait un astérisque et il a écrit en marge : ils coustent cent et soixàte escus.
2. Alors qu'Urbain VIII (1623-1644) avait été favorable à la France, Innocent X (1644-1655) soutenait les Espagnols. Gueffier, notre chargé d'affaires, au milieu de difficultés sans cesse renaissantes, pouvait écrire qu'il était « comme marchant sur des espines » {Corr., Cinq-Cents Colbert 356, fol. 175).
3. La villa Pamphili, bâtie par l'Algarde, à un kilomètre de la ville, non loin de la ^promenade du Poussin; les jardins sont les plus grands et les plus beaux dans le voisinage de Rome.
4. Louis Fouquet écrit à son frère, le surintendant : « Il est absolument impossible que l'on achète ici quelque chose de la nature de celles qui ne sortent qu'avec licence, comme marbre et une infinité d'autres, sans qu'une partie de Rome ne le sache.
1645] DE NICOLAS POUSSIN. 3lJ
La grande et fascheuse chaleur de l'Esté a mis mes afferes assés en derrière n'ayans quasi peu rien faire depuis le commëcem' de Juin jusques à maintenant que nous sommes estoufés. La grande quantité de maladies et la mortalité qui cour a fet que je nei pensé à autre chose que me conseruer la santé C'est pourquoy si je peux finir vostre tableau de la ConfirmatiQ et vous l'enuoyer pour la fin de l'anée je croirei auoir fet beaucop, il contient vintquatre figures casi touttes entière sans l'architecture de derrière, de manière quil ne faut pas moins de cinq ou six mois pour le bien finir et puis (Monsieur) si vous le considérés se ne sont pas des choses que l'on puise faire en siflans comme vos peintres de paris qui en se jouant font des tableaux en vintequatre heure, il me semble que je fets beucoup quand je fes une teste en un jour pourueu quelle face son effet C'est pourquoy je vous supplie de mettre l'impatiense françoise à part car si j'auois autant de haste comme ceux qui me pressent je ne ferois rien de bien. Ne me proposés point pour d'autre que pour vous de nouueaus ouurages car se seroit aux despens que je reserue pour vous seruir. Monsieur de Chantelou vostre frère m'a escrit par deux fois quil désireroit bien que je luy fisse un petit batesme de S'. Jan de la grandeur de vostre S'. Paul. Je confesse que je ne peux luy rien refuser Mais comme jei juré de jamais ne rien fere de
Il en faut parler au Pape, mesme des moindres; il faut avoir la déposition du commissaires des visites pour les antiques; il faut soliciter la permission de Sa Sainteté; il faut obtenir le congé du cardinal camerlingue ou vice-camerlingue; il faut une patente de la chambre apostoliques; il faut des visites de douanes, des compositions avec la douane, d'autres menus droits de poste, des traités et des embarquements avec les capitaines » (cité par Bonnaft'é, Le surintendant Fouquet, p. 38).
3l8 CORRESPONDANCE [1645
si petit (m'ayant ce petit ouurage offensé notablement
laviie)* et m'estant impossible de le seruir si promp-
tement qu'il voudroit je vous supplie de seruir de
médiateur et de faire que l'on trouue tempérament à
ses deus difficultés
Si se n'estoit que je me trouue engagé en des choses
quil y a longtemps que jei entreprinse. Je m'aplique-
rois soullement alentour de vos Sacremens. Ce que
jei bien enuie de faire aussitôt quand je serés dépes-
ché de mes embarras. Je crois vous en fere deux l'anée
quivien. Car je suis trèsbien résolu de ne m'engager
plus auec personne que auec vous à qui je serei toutte
ma vie
Monsieur
Vostre trèshumble et trèsobéissant Seruiieur
Le Poussin
Il ni a rien icy pour Mf
de Lisle^ assurés vous en.
Monsieur Tibaut vous baise trèshumblement les
mains.
Il n'auanse icy de vostre argent
que nonante trois escus.