Poussin a Chantelou
(Ms. 12347, fol. 17.)
A Monsieur de Chantelou, Premier commis de Monseigneur de Noyers, En Court*.
[ 1 3 septembre 1 63g .
// mande que ses incommodités s'opposent au dessein qu'il auoitfait de venir en France.] Monsieur
Je ne scay de qui je me doibs plaindre le plustost ou de moymesme ou de la mauuaise fortune. Si j'ay duré de me mettre en deuoir d'obéir promptement à mes supérieurs, c'est moy qui ay tort, mais si m'effosque d'accomplir ma promesse, jen suis empesché par des extrêmes incommodités corporelles, doije dire que c'est la fortune ou que c'est dieu qui ne le veut pas permettre? Il y a desià une bonne espase de temps que j'auois délibéré de vous aduertir que mon incommodité ordinaire me retournoit plus que jamais, mais la crainte de vous fâcher, et l'espérance, qui tousiours me trompe, que j'auois de quelque amendement m'ont retenu jusques à maintenant que suis forcé de vous aduertir qu'il faut par nécessité (après auoir renonsé à toutes mes pratiques et auoir accommodé toute mes affaires délibéré de me partir) tomber derechef je n'oseroin dire entre les mains des Médecins, mais des Boureaux, qui d'un petit mal m'ont conduit jusques à un terme qui me donne fort à craindre de ma personne.
I. A ce moment, Richelieu, qui jugeait Chantelou « entendu et diligent » (Avenel, Corr., t. VI, p. 5o3), avait pensé à l'envoyer en mission à Cologne, où Marie de Médicis se mourait.
20 CORRESPONDANCE [l639
Je vous supplie donc (Monsieur) à qui je suis tant obligé) de faire que Monseigneur de Noyers sache Testât où je suis, affin que comme j'espère, il m'escuse et aye quelque côpassiô de ma disgrâce; car je n'oserois croire qu'il nust du regret d'entendre la mort de son humble subiect au lieu de son ariuée.
Votre très obligé à vous
seruir
Poussin De Rome ce tresiesme de septembre