‹ Correspondance de Nicolas PoussinChapitre 202 sur 320 · Poussin a Chantelou · texte numérisé non relu

Poussin a Chantelou

(Ms. 12347, fo^- '^0

A Monsieur de Chantelou^ à Paris.

[M. Poussin 2g' juillet 1646.

Mande que les 4 bustes sont arriués à Lion.]

De Rome Ce vintnœuf Juillet. 1646.

Monsieur

il est vray quil y a trop de temps que je ne vous ay

pas fet entendre de mes nouuelles. Sena point esté

aucune Indisposition de ma santé qui m'en aye

empesché. mai le peu de subiect qui s'est présenté

joint auec un peu de paresse. Je vous aurois escrit

comme vos quaisses estoint ariuées à Lion et quelle

estoint chés Monsieur de La Bel marchand. Mais

parceque le dit Signeur de La Bel m'a fet scauoir

quil vous auoit escrit quil les auoit resues et que

mesme il s'oflFroit de vous les enuoyer à Paris si vous

en estiés content la croyanse que jey eue que vous

Castille, ambassadeur d'obédience, et le cardinal d'Esté, protecteur de France. On en verra le récit tout au long dans les dépêches de GueflSer [Corr., Cinq-Cents Colbert 358).

I. Orbitello ne sera prise cependant qu'en 1647, P^*" ^"^ seconde expédition. Dans la première, partie de Toulon le a6 avril 1646, l'armée navale débarqua le 10 mai; la tranchée fut ouverte le i5, mais, le 14 juin, le jeune duc de Brézé fut tué dans une bataille navale, et l'armée, privée de son chef, leva le siège le 18 juillet.

m'en escririés un mot m'a fet atendre jusques à présent à vous en parler.

Si j'estois que de vous j'atendrois le retour ou de Monsieur Tibaut ou de Monsieur Pointel qui en s'en retournant vous les peuuent faire porter fidellement. Jei payé le port de Arles à Lyon. C'est assauoir quarante cinq liures douze soûl, prix qui me semble exorbitans. et je m'esmerueille que vous ne perdiés l'enuie d'auoir de ses bust qui couste tant à porter, il est vray que l'argent ne doib seruir que à nous contenter. Si vous n'aués eu à temps les modelles des piédestaux que Monsieur Tibaut vous auoit promis sena pas esté faute de le soliciter, mais je l'ei tellement trouué ataché à ses modelles, quil semble quil luy facent oublier toutte autre chose et de plus le pauure homme s'est trouué malade l'espase de deux mois sans argent et sans en pouuoir gagner, schose qui luy auoit engendré un si grande mélancolie que nous croyons quil deuiendroitphisique^ Mais maintenant il se porte mieux, il m'a prié de vous fere ses escuses et ses baisemains. L'automne prochain la nécessité le chassera d'isy.

J'escrireià M. Scarron comme vous m'aués solicité de luy fere quelque chose et l'impossibilité que j'y treuue pour maintenant.

Néanmoins que la trèsgrande chaleur de l'esté m'incommode extrêmem* je ne laisse pas de trauailler quelque peu à vos Sacremens qui désormais s'auanseront puissamment pour ce que je me trouué plus desgagé que je n'ay esté par si deuant.

I. M II étoit d'un caractère taciturne, qui le tenoit trop renfermé en lui-même et l'empêchoit de se produire, et rien n'est si contraire pour le développement des talents » (Mariette, Abecedario, t. IV, p. igS).

Pour ce qui est des six autres teste de marbre que vous désirés Je suis d'opinion quil faudra que vous atendiés à un autre temps. Toutefois je mMnformerei des moyens quil faudroit tenir pour auoir et pour tirer hors de Rome les dittes testes.

Vous scaurés de delà comme a réusy le Siège d'Orbetelle* aussi bien et mieux que nous qui sommes icy.

Je finirei en vous baisant trèshumblement les mains

moy qui suis à jamais

Monsieur

Vostre trèshumble et trèsaffectionné Seruiteur

Le Poussin Je n'ay encore rien commensé

pour Monsieur vostre frère mais je le seruiray à la première rifrescate.

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