Poussin a Chantelou
(Ms. 12347, fol. 188.)
A Monsieur de Chantelou, Paris,
[Cette lettre respond à ce que je lui auofs escrit du Moïse de M. Pointel.
Il parle de son portrait.
Et quil va songer à la Vierge que je luy demande.] A Rome le 22'?« décembre 1647.
Monsieur
Vous réitérés par la vostre du S»?* nouembre ce que vous m'auiés escrit par une précédente à laquelle jei répondu peut estre trop au long et innutillement car je vois que vous demeurez ferme en l'oppinion que vous auiés que j'aye serui M[ Pointel auec plus d'amour et de dilligense que vous. Si je n'eusse creu que vous estiés plus intelligent en Peinture que luy je n'eusse pas manqué de tascher à vous satisfere
auec ce que les Italiens apellent Leccatura', mais au contraire tenant pour certain que vous vous attachiés à l'artifice et aux bonnes obseruations je me suis qand et quad immaginé de vous bien satisfere parles ouurages que je vous ay enuoyés lesquelles jei touttes fettes auec le plus de soin et amour qu'il m'a esté possible. Jei le dernier par les mains là où j'obseruerei dilligeamment ce que vous aimés tant es choses que possèdent les autres, puis que je ne trouue point d'autre moyen de m'entretenir en bonne oppinion de vous estre le plus affectionné seruiteur de tous les hommes comme en vérité je vous suis.
Je vous ei escris que pour vostre respect je seruirois Mof de Lysle Je lui ei trouué la pensée. Je veus dire la conception de l'idée et l'ouurage de l'esprit est conclu^. Ce subiect est un passage de la mer rouge par les Israélites fugitifs. Le composé est de .27. figures principallem'^.
Pour ce qui est de mon portraict je m'efforserei de vous donner satisfaction et de la vierge que vous désirez que je vous face, dès demain je me veus mettre la ceruelle sendessus dessous pour trouuer quelque nouueau caprice et nouuelle inuention pour exécuter à son temps, et le tout pour vous empescher sette cruelle jalousie qui vous fet paroistre une Mouche grosse comme un Eléphant.
Les pluies les inondations l'extraordinaire humi-