Poussin a Chantelou
(Ms. 12347, fo^- ^9^-)
[M. Poussin 2« aoust 1648.
Il parle des affaires du temps du gouuernement.
Il dit quil aurait desja fet faire son portrait^ que Mignard est celuy qui les fait le mieux ^ mais etc.
Il promet f^ de son mieux po^ la Vierge.
Il menuoye quelques scisses pour orner le Ptolomée et le Drusus^ qu'il faudra les modeller et en veoir toutes les vues.]
A Rome le 2^^ Aust .1648.
Monsieur
Celle si deueroit seruir de response à deux des vostres mais ayant je ne scais comment esgaré la pre-
mière et ne me resouuenant pas bien de se quelle contenoit elle respond à la dernière seuUem'. A la vérité les affaires de delà ne me sont pas si indifférentes que je ne désire comme bon françois quelle ne soint mieux conduites quelles n'ont esté depuis quelques anées en sa ^ et si se grand désordre (comme il ariue souuent) pouuoit estre cause de quelque bonne réforme, pour mon particulier j'en serois extrêmement joyeus. Je m'imagine que tout homme de bien sera du mesme sentiment. Mais je crains la malignité du Ciècle vertu consiense Religion sont banies d'entre les hommes il n'i a que le vice la fourberie et l'intérest qui régnent, tout est perdu je désespère le bien tout est rempli de malheur. Les remèdes que l'on aplique n'ont point assés de puissanse pour oster le mal Si nous n'ostons la Cause nous perdons nostre temps que sert il de taillier le doit si le bras est pourri. La chutte de se vilain' que vous scaués ne me résiouit point car j'atens auec Impatiense ce qui deburoit suiure.
auec le temps je pourroi seruir Monsieur Scarron mais pour maintenant je suis trop engagé.
J'atens la dernière résolution de Monsieur de Lysle laquelle m'inporte fort peu de quelque costé qu'elle penche.
J'aurois désia fet faire mon portrait pour vous l'enuoyer ainsy comme vous désirés. Mais il me fasche
1. C'était la Fronde qui commençait. La Chambre de Saint- Louis (3o juin 1648) puis tout le Parlement réclamaient la suppression des intendants. Mazarin temporisait; il avait sacrifié d'Emery, et la reine consentit à supprimer les intendances dans le ressort du Parlement de Paris, 11 et 18 juillet.
2. Quel est ce « vilain » i* Peut-être Retz ? (éd. de Quatremère, p. 375).
de despenser une dixaine de pistoles pour une teste de la façon du Sieur Mignard qui est celuy que je cognois qui les fet le mieux, quoy que frois piles fardés et sans aucune facillité ni vigeur.
Pour ce qui est de la Madonne je donneroi commensement cet hiuer dieu aydans, et ny metterei point la main que premièrement je ni aye bien pensé car jy veus employer tout mon talent —
il m'est souueneu que vous me demandiés par la première lettre quelque sqytze d'abis à l'antique pour l'ornement de vos deux testes de Marbres s'est assauoir le Druse et PhtoUomée Je vous en enuoye quatre trois Loriques pour le ptoUomée. et l'autre auec la trabée' pour le drusus Je vous enuoye ces quatre sqytzes seullement pour vous témoigner comme je veux estre prompt à vous obéir^ quoy que je ne croye pas qu'ils puisent seruir car il faudroit les modeller et les voir de relief pour mieux en congnoistre la suitte et la vraye forme par touttes les vues, il ne seroit pas mal à propos de chercher par les galeries de paris quelque chose qui peust seruir vous m'en escrirés et sil sera nécessaire je vous enuoyerei deux petis modelles fet d'après les meillieurs bust qui soint en cette ville.
J'atens la response de se que je vous ay escrit touchant le petit tableau de M^ de Chantelou vostre fraire.
Vostre coppie de S' pierre in Montorio est atendans le retour des veseaux de S' Maslo lesquels ariués
1. La lorique était la cuirasse et la trabée, la toge d'apparat (voir Daremberg et Saglio, Dict. des antiquités grecques et romaines, art. lorique et trabée).