‹ Correspondance de Nicolas PoussinChapitre 234 sur 320 · Poussin a Chantelou · texte numérisé non relu

Poussin a Chantelou

(Ms. 12347, fo'- 208.)

A Monsieur de Chantelou, Cons^ et Maistre d'Ostel ordinaire du Roy^ A Paris.

[M. Poussin 2« May 164g.

1. La Fronde éprouvait des échecs répétés : le 28 janvier 1649, c'était la débandade du régiment du cardinal de Retz {La première aux Corinthiens), le 8 février, le combat de Charenton.

2. Gueffier écrivait au comte de Brienne : « Nous sommes en une peine extrême de tant des méchants bruits qui courent ici,... que la Reine ne se trouvant pas même en sûreté à Saint- Germain, s'en venait à Lyon » (i" février). — « Vous jugerez bien que nous sommes ici en une très mauvaise posture par les confusions que vous voyez à Paris,... » {Corr., 8 février 1649, Cinq-Cents Colbert 358).

Cette lettre est depuis le blocus de Paris

parle du tableau de 5' Pietro in Montorio.]

De Rome le 2™= May. 1649.

Monsieur

depuis la Guerre Parisienne' jusques à maintenant je n'ay point eu l'honneur d'auoir de vos nouucllcs. Je ne scais point si vous aués esté enferme comme les autres dens cette misérable ville ou si à bonne heure vous vous en estes retiré. Monsieur Pointel m'a escrit depuis le traicté d'acord, et me raconte plusieurs schoses merueillieuses qui se sont passées en tout le temp que le blocus a duré mais il ne me fet aucune mention de vous. Cela m'a mis en peine. Car je serois infiniment résouy de scauoir si vous n'aués point souffert durant tout se fascheus temps.

il y desià longtemps que jey conseignas à Monsieur Oton Marchand la quaisse où est la coppie de S' Pierre In Montorio pour vous l'enuoyer par le destroit sur les veseaus de S| Maslo Mais dernièrement après luy auoir demandé sil n'en auoit point de nouuelles. il me dit que oui et quille estoit ariuée à Marseille et quil la feroit porter auec ses marchandises delà à Paris Ce qui m'estonna beaucoup d'autant quec'esioit le contraire de ce qui m'auoit promis. Je vous ay vouleu auertir de tout cela à celle fin que vous sachiés que ce que l'on a fet a esté contre la promesse que l'on m'auoit fette et quil ni a nullement de ma faute.

Jei laissé de commancer vostre grande Vierge de qui jei trouué une assés belle pensée. M'imaginant que vous auiés d'autre soins que de tableaux dedens

1. Cette guerre était terminée. Le 28 février 1649, ''^ Parlement avait entamé des négociations, qui aboutirent au traité de Rueil, le 13 mars. Mais si Paris était pacitié, la Fronde provinciale commençait.

les désordres où vous estes trouué depuis trois mois. Cependans j'atens vos commandemens et demeure à jamais

Monsieur Vostre trèshumble et trèsobéissant

Seruiteur Le Poussin.

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