Poussin a Chantelou
(Ms. 12347, fol. 216.)
A Monsieur de Chantelou, A Paris.
[M. Poussin 8^ octobre 164g.
3 escus de reste.
Il mande quil menuerra son portrait sur la fin de
l'année — quil faut quil fasse deux tableaux auant que
de trauailler à la vierge en grand quil songera à
une conuertion de S^ Paul.]
A Rome le S"' octobre. 1649.
Monsieur
La vostre du disiesme Septembre et la dernière du
4o8 CORRESPONDANCE [1649
dissept quoy que de teneur bien différentes n'ont point produit en moy de diuers effets par la première vous me fettes des reproches que autrefois vous m'aués fettes les quelles ne m'ont aucunement altéré, parceque je peus (pouruu que je viue) vous oster tout le soupson que vous pourries auoir de la Seruitu que je vous proffesse mais se pendans ne trouués point mauuais si encore je fais part de mes ouurages à quelcun de mes amis tout ce qui va d'un costé n'est pas bien. Vous dittes que la promesse que je vous ay fette n'est point de la qualité de celles qui se peuuent atendre auec modération, mais ausy ne faut il vouloir que se qui se peut. La tortue ne sauroit suiure règle, par celle que je vous escriuis en datte du vint et deuziesme d'aust vous aués veu de quelle sorte je vous respecte et combien je suis vostre. Car nul autre que vous ne m'auroit jamais fés promettre ce que je vous promis pour monsieur Pucques me trouuant engagé à plus d'une vinteine de personnes de quallité. ausy la response quil vous a pieu me faire sur icelle me témoigne bien ce que vous m'escriués par la première que les imaginations que vous aués de moy ne vous viennent que par Interualles. Si vous voulés considérer toutte choses sans passion elle ne vous reuiendrOs jamais.
Je vous enuoyerei les meillieurs gants * que je pourray trouuer et le plus tost que je pourrei. Jei repceu les six pistols mentionnées en la lettre de Change que vous m'aués enuoyée comme vous verres par la quittanse que j'en ay fette à M^ Gericot. Sil falloit quelque chose dauantag je vous suis débiteur de trois escus
I. Il semble que c'était la spécialité de Rome (Board en achète pour le chevalier de Sévigné, fol. 216).
ei quelque Jules de qui je vous tiendrei bon compte. Je m'efforserei de vous enuoier mon portraict à la fin de cette anée Mais pour la Vierge il faut que je face deux tableaux au parauant. que di mettre la main. Cet Hiuer je trauaillerei à la Composition de l'Histoire de St Paul et auec le temps et la paille se mûrissent les nèfles. Sependans je vous remercie infiniment de vos nouuelles. Nous Verrons si les italiens seront meillieurs acteurs en cette comédie que les francois cependans c'est à nos despens et sur nostre téatre que tout se fera.
Je demeure à jamais
Monsieur Vostre trèshumble et trèsobéissant
Seruiteur Le poussin