Poussin a Jacques Stella
(Félibien, éd. 1706, p. 41.)
Il fit aussi pour Mr. Scarron un ravissement de Saint Paul; et pour le Sieur Stella un Tableau où Moïse frappe le rocher, tout différent de celui qu'il avoit fait autrefois pour Mr. de Gillier. Ce fut au sujet de cet ouvrage qu'il écrivit une lettre (en Septembre 1649) au sieur Stella, par laquelle il lui témoigne
« qu'il a été bien-aise d'apprendre qu'il en étoit content, et aussi d'avoir su ce qu'on en disoit. Et parce qu'on avoit trouvé à redire sur la profondeur du lit où l'eau coule, qui semble n'avoir pu être fait en si peu de temps, ni disposé par la nature dans un lieu aussi sec et aussi aride que le désert où étoient les Israélites, il dit « qu'on ne doit pas s'arrêter à cette difficulté. Qu'il est bien-aise qu'on sache qu'il ne travaille point au hazard, et qu'il est en quelque manière assez bien instruit de ce qui est permis à un
I. La cour revint de Compiègne à Paris le 18 août 1649. Poussin fait sans doute allusion à l'accueil enthousiaste que les Parisiens firent, non seulement au roi, mais encore à Mazarin.
Peintre dans les choses qu'il veut représenter, lesquelles se peuvent prendre et considérer comme elles sont encore ou comme elles doivent être. Qu'apparemment la disposition du lieu où ce miracle se fit devoit être de la sorte qu'il l'a figurée, parce qu'autrement l'eau n'auroit pu être ramassée, ni prise pour s'en servir dans le besoin qu'une si grande quantité de peuple en avoit, mais qu'elle se seroit répandue de tous côtes. Que si à la création du monde la terre eût reçu une figure uniforme, et que les eaux n'eussent point trouvé des lits et des profondeurs, sa superficie auroit été toute couverte, et inutile aux animaux; mais que dès le commencement Dieu disposa toutes choses avec ordre et raport à la fin pour laquelle il perfectionnoit son ouvrage. Ainsi dans des événemens aussi considérables que fût celui du frapement du rocher, on peut croire qu'il arrive toujours des choses merveilleuses; de sorte que n'étant pas aisé à tout le monde de bien juger, on doit être fort retenu, et ne pas décider témérairement. »