‹ Correspondance de Nicolas PoussinChapitre 44 sur 320 · Poussin a Chantelou · texte numérisé non relu

Poussin a Chantelou

(Copie de l'Institut, i6* lettre'.)

Après avoir mûrement pensé à la proposition que vous me fîtes hier d'aller à Dangu' et de la à Chantilli j'ai trouvé qu'il étoit impossible d'employer en ce voyage moins de cinq ou six jours si d'avanture l'on ne vouloit faire de très longues journées auquel travail outre la saison qui est chaude j'aurois peur ne pouvoir pas résister sans mettre ma santé en compromisse, il y a tant de temps que je suis sedenterre que je doute que ce travail immodéré' ne m'incommode beaucoup le recevant sans m'y être acoutumé premièrement peu à peu.

Vous savés bien ce qui arriva au venir d'Italie ici pour avoir témérairement entrepris de vous suivre à cheval vous qui êtes d'ici il y a longtemps endurci de cette manière d'exercices, jai aussi diligemment fait le calcul des choses que jai à faire en l'espace de trois semaines et trouvé que je n'ai pas une seule heure de temps à perdre ains au contraire je ne m'assure pas d'avoir en ce temps là accompli se quil faut que je fasse. Je vous suplie si cest une chose qui soit

1. Original perdu; cette lettre n'est connue, coninne la précédente, que par la fidèle copie de 1755, à la bibliothèque de l'Institut.

2. Dangu, à une lieue de Gisors, auj. arr. des Andelys. C'était la maison de campagne de M. de Noyers, qui l'embellira, s'y retirera et y mourra le 20 octobre 1645. Le 23 mai 1641, Louis XIII quitta Saint-Germain pour aller en Picardie, coucha le 24 à Dangu et continua par Gournay, Aumale et Abbeville.

3. « Tous les jours étoient pour lui des jours d'étude, et tous les momens qu'il employoit à peindre ou à dessiner lui tenoient lieu de divertissement. Il étudioit en quelque lieu qu'il fût » (Félibien, p. 11).

si nécessaire au moins de me permettre d'y aller commodément et à petites journées mémement je put vous aller trouver sil vous plaist y aller devant si ce nut été la grande hâte que jai de finir aujourd'hui les dessins que vous vîtes hier commencer. Je vous aurois été avertir des choses mêmes qui sont contenues en ces quatre lignes auquelles je vous de donner de bouche un mot de réponse. Je suis et serei toute

ma vie

Monsieur

Votre très humble et très affectionné

serviteur

Signé : Poussin.

(Ms. 12347, ^^^- 41-)

A Monsieur De Chantelou^ commis de monseigneur De Noyers en Court.

[M. Poussin 3o^ may 1641 .

Il mande que les portraits du Roy et de S. E. que j'auois enuoyés à M. le Cheualier du Puys ont esté gastés; recommande Langelon; qu'il trauaille au dessein de la Bible et au tableau de S^ Germain.]

Monsieur Depuis que vous

vous este parti de cette ville j'ai reçeu une lettre de monsieur le Cheualier du puis parlaquelle il témoigne assés combien vous l'aués obligé, par le présent que vous lui aués fet des portraits de nostre Roy trescrestien et de Son Eminense. Il les repceut assés mal conditionnés, d'autans que la casette fut ouverte par ceux de la poste, et lesdits portrais remis si négligeamment et si mal roulés, que auec grandissime peine Ion les a peu restaurer parce que les toiles s'estoint attachées auec la peinture en telle façon que

particulièrement le champ et les cheueus ont esté ruinés; ierreur auroit peu estre commis à paris premièrement là où elle demoura huit jours et puis de là ceus de lion et de Rome [mesme] en auront fet de mesme. J'ay bien voulu vous en aduertir affin que à l'aduenir, quand vous vous délibérerés de mander quelque chose à vos amis vous ne vous fiés pas à des personnes qui ne portent respect [ni] au nom de monseigneur de Noyers, nonplus que si lesdites choses avoint esté enuoyées par une personne des plus ordinaires.

Le seigneur Francesco Angeloni* atend la résolution qui touche la dédicasse de son liure d'autant plus ardamment que pourceque l'on sait à la Cour de Rome l'occasion qui l'empesche de le publier et chascun est attendans ce que une si longue dillation pourra enfanter; il désireroit fort que l'affaire ce conclus au plus tost, car autrement il luy conuiendra prendre un nouveau parti pour publier laditte œuure. J'ay entendu qu'il importeroit autour de mille escus, mais je crois que deus cens pistoles accommoderoint toutte son affere. Je vous suplie (Monsieur) d'en escrire un mot, affin que ce galant homme là soit hors de peine. Je vous suplie ausi de me faire scauoir (s'il m'est permis) si vous continués à faire designer le sieur Errard^ comme le sieur Jouan Angelo Gani-

1. Le sieur Angeloni, savant antiquaire romain, oncle de ce Bellori qui écrira Le Vite de' Pittori, etc., et notamment celle de Poussin. Il aimait fort la peinture et fut un grand collectionneur de dessins et de gravures. Le livre dont il s'agit est une Historia Augusta da Giulio Cesare a Costantino, qu'il réussit enfin à dédier à Louis XIII et qu'il publia à Rome.

2. Le peintre Charles Errard, lôiS-iôSg, fils d'un artiste de Nantes; il fit deux séjours à Rome et peignit au retour la galerie de Dangu pour M. de Noyers. Il fut le collaborateur de M. de Chambray dans ses ouvrages sur la peinture. En 1661,

nie' qui vous baise les mains. Quant pour moy, je travaille continuellement au tableau de S* Germain. J'ay ordonné le compartiment de la galerie', j'en ay donné les profiles et modénatures. Nous ne trouuons autre sculpteur que monsieur perlan' pour modeler et se qui sera nécessaire, mais l'on le guiddera le mieus que l'on poura, affin qu'il puisse seconder nos intentions. Sependant que l'on fera le second pont, je ferais les cartons de dessus les fenestres, affin que incontinent le stuc fini, l'on i dépeigne ce qui est nécessaire.

J'ay espéranse que l'œuure se fera tost et à peu de fres; je crois ausi qu'elle ne sera pas ingrate; quand il i en aura une partie d'accomplie je vous escriray de l'effet qu'elle fera et bien[tost] je vous enuoiray le pensement du frontispice de la grande bible. Je vous escriray déshormais de toute mes actions affin que vous voyes si j'atendray dilligemment à m'employer aux choses que Monseigneur [a] atend de moy. J'ay esté auiourd'hui avec Monsieur de Chambrai et le sieur Le Clerc au nouiciat des Jésuites*, pour voir

il occupait une situation prépondérante qu'il eut le bon sens de céder plus tard à Le Brun, en échange de la direction de l'École française de Rome.

1. Jean-Angelo Caninio, né à Rome en 1609, mort en 1666, disciple du Dominiquin. « Il s'étoit beaucoup attaché à dessiner des monuments antiques... C'étoit un homme sage et qui, faisant son unique occupation de l'étude, étoit fort retiré. » Il a notamment gravé le portrait de VAngeloni (Mariette, Abeced., t. II, p. 299).

2. La grande galerie du Louvre (voir Ph. de Chennevières, La peinture française, p. 176).

3. Henry Perlan, de Paris, baptisé le 4 avril 1597; sculpteur et excellent fondeur en bronze; ami intime de Jacques Sarazin; mort en 1662. — Quatremère de Quincy, dans l'édition de 1824, l'a confondu avec Thibaut Poissan (voir Jal, p. 955).

4. Il ne faut pas confondre le Noviciat des Jésuites avec leur

ce que Ton pouroit faire pour amender le bas relief que l'on a fet des armes de monseigneur. J'i aporterei ce qui sera de mon possible, et joindrai mes petites forces avec celles dudit Clerc s'il en sera besoin affin que ledit monseigneur reste serui. Nous vous en enuerrons quelque pensement. Sependans je vous suplie de me continuer l'honneur de vos bonne grâce, affin que je viue contens, prians dieu qu'il vous rende, Monsieur, le plus heureus de tous les hommes, Vostre plus humble et obligé seruiteur,

de paris ce trentiesme may 1641.

Al 111'°° et R"'^ Sig'^ e Prôn mio

oss'^o il Sig'^ Caualier del Pono

in Roma.

l\\"^° e R""» Sig"" mio Deuo esser molio contento mentre V. S. Illina et R"" mi porge inditio délia continuatione délia sua bcneuolenza ma puô bene anco congetturare da i suoi fauori la nécessita délie mie obbligationi dalle quali non potro mai solleuarmi. Mi dolgo del insolenza delli ministri délia posta di hauer ardito di aprire la cassetta oue erano i retratti mandati a lei dal Sig"^ de

église de la rue Saint-Antoine. L'église du Noviciat, dont M. de Noyers avait été le fondateur, était toute voisine de Saint-Sulpice, entre les rues du Pot-de-Fer, du chevalier Honoré, de Mézières et Cassette. On la voit dans le plan de Paris par Gomboust, en i632, et dans une gravure d'Israël Sylvestre {Gai^ette des beaux-arts, i" mars 1877, P* ^^o).

I. Cette lettre inédite est dans le dossier Ph. de Chennevières, sans mention de l'endroit où se trouve l'original.

Noyers, per l'auenire quando sarà di bisogno di mandarlei qualche cosa ni si darà meglior ordine. ne ho scritto al Sig"^ de Chantalou il quale se uorrà ne potrà fare que gli risentimenti che bis'ogna. Jo credo che V. S. Ill™3 restara seruita intorno al suo negotio di Piemonte perche sento che questi Sig""' hanno preso la sua causa in affettione. credo che presto lei ne hauera qualche buona nuoua. mené rallegrerô sommamente dessa se tal cosa riesce al suo gusto. non dirô altro per adesso se non che priego il Sig"^ Iddio di conseruare a me la sua amoreuole prottettione e di concedere a lei ogni contentenzza desiderabile mentre col fine confermandoli il dono che l'ho fatto gia molto tempo di me medesimo gli faccio affettuossiss™^ riuerenza.

Di V. S. 111™' et Rraa / hum™o Si^^

Nicolô Poussin.

di Parigi 3i maggio 1641.

A r Illustrissime et Reverendissime mon Seigneur et Maître^ le très honoré Seigneur Cavalier del Po\\o^ à Rome*.

Mon 111""^ et Rév™« Seigneur, Je dois être bien heureux de la nouvelle marque que me donne V. S. lUi^s et Rév™« de la continuation de sa bienveillance, et elle doit bien aussi juger par ses faveurs combien il me sera impossible de m'acquitter jamais de mes obligations envers elle. J'ai bien de l'ennui de l'insolence qu'ont eue les employés de la poste d'oser ouvrir la petite caisse où étaient les portraits que vous envoyait M. de Noyers. A l'avenir, quand il sera besoin de vous envoyer quelque chose,

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