‹ Correspondance de Nicolas PoussinChapitre 8 sur 320 · M. DE Noyers a Poussin · texte numérisé non relu

M. DE Noyers a Poussin

(Ms. 12347, fol- 3*0

' [ Coppie de lettre de Monseigneur* à M. Poussin . M. de Noyers le convie de venir en France, luy mande les conditions que le Roy lui fera.]

Monsieur, Aussy tost que le Roy meust faict l'honneur de me

1. Paul-Fréart de Chantelou, célèbre par l'amitié de Poussin, l'heureux destinataire des lettres du ms. 12347; °^ ^^ Mans, le 25 mars 1609 (le plus jeune de ces trois frères, toujours fermement unis), mort en 1694 (date incertaine). Ph. de Chennevières a tracé de lui un joli portrait {La peinture française, p. i5o).

2. L'original est perdu (il était sans doute dans les papiers de Poussin). Nous publions la copie du ms. 12347, ^^^ Chantelou avait eu la précaution de se faire donner, sans doute avant que le secrétaire de M. de Noyers n'envoie l'original. Félibien, qui avait eu communication des pièces de l'actuel ms. 12347, 1'^ publiée, t. II, p. 33o.

3. Nous donnons, entre crochets, le sommaire que Paul Fréart"de Chantelou a écrit sur la plupart des lettres de son illustre correspondant. Ces sommaires sont inédits.

4. François Sublet de Noyers, né vers 1378, d'une famille de finance. Il fut d'abord employé dans les finances, puis chargé des fortifications, secrétaire d'État à la Guerre en i636, surintendant des Bâtiments, le 16 septembre i638, disgracié le 10 avril 1643, mort le 20 octobre 1645. Nous préparons une

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donner la charge de Surintendant de ses bâtiments, il me vint en pensée de me servir de l'authorité qu'elle me done po^ remettre en honeur les arts et les sciences; et comme i'ay un amour tout particulier poi'la peinture ^ je fis desseing de la caresser comme une maistresse bien aimée, et de luy doner les primices de mes seings. Vous l'avés sceu par. vos amys qui sont de deça^, et comme Je les priay de vous escrire de ma part que je demandois justice à l'Italie, et que du moins elle nous fist restitution de ce que elle nous retenoit depuis tant d'années, attendant que, pour un'entière satisfaction, elle nous donat encores quelqun de ses nourissons. Vous entendes bien que par là je repetois Monsieur le Poussin et quelquautre excellent Peintre Italiam et affin de faire conoistre aux uns et aux autres l'estime que le Roy fesoit de vostre personne et des autres homes rares et vertueux comme vous, je vous fis escrire, ce que je vous confirme par celle-cy, qui vous servira de première assurance de la Promesse que l'on vous faict jusques à ce qu'à votre arrivée je vous mette en main les brevets et les expéditions du Roy : que je vous enverray mille escus pour les frais de votre voyage; que je vous feray doner mille escus de gaiges pour chacun an, un logement commode dans la maison du Roy,

étude sur ce collaborateur de Richelieu, qui fut le protecteur de Poussin. Selon Sauvai, les Chanielou étaient neveux de M, de Noyers.

1. On sait cependant que M. de Noyers a été accusé d'avoir fait détruire, par scrupule de conscience, la fameuse Léda de Michel-Ange, qui était conservée au château de Fontainebleau, dont il avait la garde (voir Roger de Piles, Vie des peintres, en 1699).

2. Les peintres Stella, Lemaire, Errard, etc., suppose avec raison H. Chardon.

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soit au Louvre, à Paris, ou à Fontainebleau, à votre choix; que je vous le feray meubler honestement pour la première foys que vous y logerez, sy vous le voulez, cela estant à votre choix; que vous ne peindrés point en Platfonds ny envoûtes, et que vous ne serez obligé que pour cinq années ainsy que vous le desirez, bien que j'espère que, lorsque vous aurés respiray l'air de la patrie, difficilement le quitterez-vous.

Vous voyez maintenant clair dans les conditions que l'on vous a proposées, et que vous avés désirées. Il reste à vous en dire une seulle que je vous impose, qui est que vous ne peindrez pour personne que par ma permission; car je vous faits venir pour le Roy non pour les particulliers, ce que je ne vous dis pas pour vous exclure de les servir; mais j'entends que ce ne soit que par mon ordre. Après cela, venés gaiement et vous assurés que vous trouvères icy plus de contentement que vous ne vous en pouvés imaginer.

De Noyers.

De Ruel', ce 14^ Janvier 1639.

A Monsieur Poussin.

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