Sur la formule : lapropriétéj c'est le vol
Je crois vous avoir dit dans nos conversations, que, selon moi, la vraie méthode pour arriver à la concepition des lois sociales, c'était de commencer par une analyse de tous les principes sociaux, de pousser cette analyse jusqu'aux dernières conséquences, puisque
sans cela on ne saurait jamais ce qu'il y a de vrai et de faux dans un principe.
Or, il arrive que l'analyse étant ainsi appliquée aux principes de propriété, de gouvernement et à beaucoup d'autres, on découvre que la plupart des idées qui nous régissent, poussées à leurs dernières conséquences, sont destructives de leur objet et se contredisent ellesmêmes; qu'ainsi la propriété devient vol, le gouvernement tyrannie, la concurrence privilège, la communauté elle-même redevient propriété, etc.
Ceci établi, et la plupart de mes publications n'ont eu d'autre but que de le bien établir, j'en conclus, avec la philosophie moderne et toutes les lois de la dialectique et de l'histoire, que l'ordre vrai de la société consiste, non plus dans la prépondérance de telle ou telle idée, mais dans une synthèse ou équilibre des idées, principes et forces, où tous les droits sont reconnus, toutes les libertés garanties, etc., etc.
Cette synthèse ou équilibre devient elle-même une idée nouvelle, un principe complet, qui représente tous les côtés positifs des anciens et écarte leurs côtés négatifs ; telle est, par exemple, la mutvMité ou réciprocité.
D'après cette marche, vous devez concevoir pourquoi, après avoir nié les principes élémentaires, en tant qu'on les considère comme exacts et absolus, je les embrasse tous, puisque sans eux il ne peut y avoir de balance; vous concevez, enfin, comment je nie à la fois la propriété et la communauté, et comment je les synthétise l'une et l'autre. J'ai donné une idée de cela dans mes Confessions, chap. ix.
Ce que je vous dis ici de la Propriété, répond en même temps à la V° Question : Comment je procède pour arriver à mes formîfles?
DE P.-J. PROITDHON. 877