‹ Correspondance de P.-J. ProudhonChapitre 48 sur 50 · Sur la famille · texte numérisé non relu

Sur la famille

Mes opinions sur la famille se rapprochent du droit romain ancien plus que de toute autre théorie. Le père de famille est pour moi souverain ; ses droits sur la femme et les enfants sont presque illimités ; et si le principe familial faiblit parmi nous, je l'attribue surtout à notre jurisprudence, qui a restreint l'autorité du chef, et créé, dans la pratique, ^une foule d'échappatoires à l'insubordination des enfants et des femmes.

Je regarde comme funestes et stupides toutes nos rêveries à! émancipation de la femme; je lui refuse toute espèce de droit et d'initiative politique; je crois que, pour la femme, la liberté et le bien-être consistent uniquement dans le mariage, la maternité, les soins domestiques, la fidélité do l'époux, la chasteté et la retraite.

Je repousse, enprincipey le divorce, bien que dans la pratique, la séparation des conjoints me semble, dans certains cas, inévitable.

Je suis convaincu, et cette conviction est en moi à la hauteur d'une absolue certitude, que le mariage, monogame et perpétuel, est le fruit de la civilisation ; qu'il est l'expression de l'individualité et de la dignité du citoyen; qu'il doit se resserrer d'autant plus que la liberté se développera davantage, enfin qu'il est un obstacle radical, insurmontable, au communisme. Les théories des Saint-Simoniens , des Fouriéristes , des humanitaires, sont, à mes yeux, la honte du siècle et le chancre du socialisme; elles pouvaient se concevoir au temps de Minos ou Lycurgue, quand Vidée civilisatrice flottait encore incertaine; elles sont absurdes après trois mille ans de développement continu.

Si la République française peut se relever un jour.

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et notre pays figurer encore avec gloire dans les annales du genre humain, ce sera à la condition que- le mariôge et la famille, affranchis des entraves que leur crée le capitalisme, deviendront le but et la condition- de la très-grande majorité des citoyens. L'homme est incomplet hors du mariage et aucun amour irrégulier ne peut suppléer à ce que donne la qualité de mari et de père; Une erreur déplorable de nos démocrates, c'est, de croire que la famille est une charge qui arrête Ife dévouement et Taction; c'est le lest, au contraire, qui nous donne l'aplomb et la volonté. Les pères dis famille ont fait, dans les temps, la société; les célibataires n'ont jamais été, sous ce rapport, que des fruits secs j quand ils n'ont pas été des agents de corruption.

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