‹ Correspondance de P.-J. Proudhon (volume 4)Chapitre 2 sur 27 · A. LACROIX ET C-, ÉDITEURS · texte numérisé non relu

A. LACROIX ET C-, ÉDITEURS

i3^ runoota nohtiuitiis, i3

Toui dioiti il< ImluiiioD ci •)• nr»dgelioa rtttprfa

CORBËSPONDANGE

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8««BC«i« S jltiRiMr S84ft.

A M. BERGMANN

Mon eher BevgmaBn, j'aUendsi» de la» iKwnreU» i». s^tendbre^u octobre denner, par Deariikr ou Magnat; comme Ui m'avani piéveau de rim ertion 04 ta élsài de faire un wjmg» à Paris, j'espérais que «esendtpoor nKn Tmooeeasîaii. Je vM rien appris. As-Uneiii^aifé à un autre ten^ Icm voyagea Es-ta marié, «nflnt AMn iBcnn poor les «mis, depuis qm tu aa dftiaaarir poar tostes les femmes, moins une?

Âckermann m*a écrit, il y a un mois; il aej^iaiBt

également de ton silence. Tu as dû recevoir une petite publication de sa façon; et il attend ptobablement ton opinion. Pour moi, je suis loin d'être satisfait du tour que prennent ses études; j'ai peur que son esprit ne se subtilise tant qu'à la fin il ne s'évapore.

Quant à moi, mon cher ami, je m'enfonce de plus ek plut 4pds i'é0nfifr^e2e\^ ^s jrechprchB^ socialistes; et si je ijjê i%ï |)a» 4ctit ^epiili^ si lonjgteiips, c'est qiie j'ai une brochure nouvelle à t'envoyer, et que j'en attendais la fin. Une attaque fouriériste, jointe à la gravité des circonstances, m'a forcé de reprendre la plume et de lancer, tout en me défendant, une sorte de programme de l'ouvrage plus important que je prépare. Tu pourras, je le crois, préjuger mes futurs travaux d'après cette annonce ; et peut-être ne seras-tu pas étonné si je te dis que dans deux ans je serai tout entier, avec armes et bagages, dans le gouvernement.

Tu me reprocheras, cette fois encore, une attaque effroyable contre le National; ma réponse est simple. J'ai été dénoncé et signalé à la justice par ce journal ; je suis maintenant ofl^ensé et non pas offenseur. Du reste, je souhaite que le National ne laisse pas passer ainsi ce nouvel horion ; car, de deux choses l'une, ou il crèvera de mes accusations, ou bien il donnera explication, rétraetàtion eti^ profession de, foi contraire. Nous plaiderons, soit devatit le£ tribunaux ordinaires, soit devant des arbitrées; et cosama l'événement est ptévu, je n'ai rien à :craindre^ Lui seu| éprouvera un éehec. Il est poàsible aussi qu'il fie rende eoiapte du danger de sa âtJuatîotLét qu'il prenne le parti de se taire, ce qui serait pesut-^ètre le meilleur ; dans ce cas, mes accusations subsistent, et gare les citations que d'autres journffmc en pourraient faire.

Je compte partir pour Paris dans la huitaine. Ma boutique a un peu de besogne; je suis imprimeur pour jamais. J'acquiers de jour en jour la sympathie de mes concitoyens : banquiers, négociants, jeunes gens, avocats et médecins me veulent du bien ; il n'y a plus contre moi que la vieille Académie.

J'aurai probablement une rude année à traverser; mais j'ai lieu de croire que ce sera la dernière. Nos conseillers municipaux me cherchent une place au pays afin de me retenir parmi eux.

Je te souhaite, mon ami, une bonne année, et la paix et l'amour dans ta famille. Tu pourras m'écrire à l'adresse de Dessirier, rue Sainte-Anne, 22.

Je n'oublie pas ce que je te dois; mais je suis encore bien pauvre. Il faut, pour me remettre à flot, un nouvel ouvrage et l'adhésion du pouvoir, que du reste je suis sûr d'obtenir.

Je t'embrasse de tout mon cœur et te prie de croire que je pense à toi tous les jours.

Ton ami,

P.-J. Proudhon.

» OQUESMNDIMCE

Hrn, m janYier Mit.

A M. BERGMANN

Mou cher Bex^gmum, Toici de rimpuéva : ma brochure vient d'être «maie par le parquet de Besançon et je 9cds assigné à comparoir dans la huitaine aux assises de mon département. Je ne connais pas cneore le sujet de la plainte, ni sur quels passages se fonde l'accusation, et j'attends à cet égard des nouvelles. -Qum qu'il en soit, mon plan de conduite est tout tracé; il mlest impossible, d'ici à huit jours, de partir, d'improviser une défense, etc., etc., d'autant plus que je n'ai pas encore reçu de citation et que je ne suis informé de la poursuite que par correspondance privée. D'ailleurs, des douleurs de vessie, occasionnées par le froid, l'humidité et mon dernier voyage, m'empêchent de me mettre en route. Ainsi, je vais écrire pour demander une remise aux prochaines assises; sinon je ferai défaut, et formerai opposition au jugement.

Je viens d'apprendre ce matin du commissaire de roulage, chargé de la caisse qui renfermait ma brochure, qu'elle était saisie d'avance à la requête simultanée de la préfecture de poUce et du parquet. Il par«dt que l'affaire sera menée bon train. La poursuite émane

DE ^.-1. mOWHOIl. î>

da parquet de Besfmçom {!1 e^ impossible, d^itprbs le calcul des dates de iépftt et de saisie, que Tordre en ait pu ètfe donné de Paris) ; j'w donc lieu de croire que mes anciens académiciens, jugeurs et proc u reurs, ont saisi cette tccadon «tcc plai^r. Nous nous verrons donc en face; ils peuvent y conqjter; et j'espère qu'Bs ne s'en applau(Mront pas, si ce n*est comme un brigand s'applaudit d\me Tengeance.

As-tti reçu Taxemplaîpe que j*ai mis i la po^e pour loi? A part quelques vivacités provoquées parles dédamations des jounïaux Guinet contre le progrès, la dépravation des masses, la perversité des doctrines et les espérances ïéformisles, te reshe est plus modéré encore que dans mes premiers Mdmolres. Toîcî même ce donft en m*a féBcité i Besançon et comment mes concitoyens me jugent.

Cet homme, ddsent-ils, n'est m icomnnnriste, ni répu- Micaîn proprement At; il den^oide l'abdfition de la propriété, mais il parle de cette abofîtion comme d'une transformation organique, laquelle ne se produit que pardéNreloppement. Toute (f^^nmit, MMUitiim tm rémh liMon, «BQviÉit hii, est ra«uvaise;TMerrfQ9fJ9it Jem^ fer vie socitSey t'eïït la mori* Banc il va eondure au maintien des propriétés daas les mains des détenteurs, «auf à demander le développement de eertai» priscipesdfÇft reeennus, ^^|m doivent, diaprés sa tàéorie, luaversAliser et ^q«illw»er te Proprîilé; d^e a ve«i la conservation du gou^remement de ^oBk^, sauf le «hoix du mîmiMère le |)tus capaMe d'accompSr ecftte transformaison ^ ee développement.

Et tout cela e^ parfttilement vrai, je critiqua la Propriété, non comme §Gimà ^i^ansltorre, mais eomme forme définitive ; f attaque lés bomœea du nsmsfère,

non comme attachés au gouvernement de Juillet, mais comme voulant en fausser les conséquences.

Quant aux personnalités qui m'échappent, elles sont des représailles ; d'ailleurs, les personnalités ne sont pas du ressort des Cours d'assises, pas plus que Teu^ phémisme et la rhétorique, ,

J'ai adressé au ministre de l'intérieur, M» Duchâtel, à la date du 20 courant, avant d'avoir connaissance des poursuites dirigées contre moi, un exemplaire de chacune de mes publications, avec une longue lettre contenant xme profession de foi sur l'avenir. J'espère que le ministre accueillera favorablement mes idées, d'autant plus que je lui montre, et tu le comprends de reste, comment on pourrait tourner au profit du gouvernement les théories les plus radicales. En effet, s'il ne peut y avoir de substitution ni d'interruption dans une société, il faut que toute théorie prouve qu'elle dérive nécessairement de la théorie existante, conséquemment qu'elle travaille à conserver celle-ci Jusqu'au jour de son propre avènement*,

Ces idées, si sèches et si bizarres dans leur expression physiolo^que, sont admirables d'apphcation et d'exposition historique; il faudrait réussir à les faire entendre à un ministre, et ma cause, par cela se\Ll, serait gagnée. Mais que d'obstacles 1

-Quoi qu'il arrive, je ne me rends pas si vite et suis loin d'être découragé. Il faut que j'attende la réponse dejM. Duchâtel, ensuite je puis faire manœuvrer quelques recommandations imposantes ; enfin, il me reste un refuge dans le jury, et dans la fav mr des Bisontins. — La veille du jour où l'on m'a appris la saisie, je recevais l'annonce que les membres les plus infli^uts du conseil mimicipal s'occupaient de faire tomber sur

moi la concession d'un vieil employé à ?,400 francs, avec peu de besogne. Il faudrait que cette nomination m'advînt avant le procès, et c'est un des motifs secrets de rajoumement que je vais solliciter.

J'ai lu ta lettre avec grand plaisir et je suis vraiment heureux d^ ton bonheur domestique. Je sais depuis longtemps qu'une intelligence au-dessus de l'ordinaire ne va pas sans ime grande sensibilité, et tel qui paraît calme et réservé ne dit pas tout ce qu'il éprouve. Sois donc heureux autant qu'un honnête et savant homme peut l'être ; sache entretenir et augmenter ton bonheur; la part qu'un homme peut prendre aux affaires de ce monde est si petite en comparaison de celle qu'il lui !reste à donner a ses intérêts, que c'est folie, je le dis sans prêcher Tégoïsme, de vouloir sacrifier un biisnétre facile et sûr à de vaines spéculations de science ou de dévouement. R^ouis-toi, dit Salomon, ti,vec V épouse de ta Jeunesse: puis adore Dieu, et exerce ton âme dans la contemplation de ses œuvres. La science ne peut manquer de se faire, sans que nous nous fassions périr pour elle; la violence, si elle conduit au royaume éternel, fait avorter souvent la vérité. Rien de trop, rien ♦ avant le temps; chacun pour son bonheur, et tous pour l'étude; ce- sont les préceptes de la sagesse.

Il est très-possible que j'aille à votre congrès strasbourgeois; Maguet serait du voyage. Il va prendre incessamment son diplôme de docteur. Si je gagne mon procès, que j'avance mon ouvrage sur l'organisation, et que je sois nommé à la municipalité de Besançon, je suis en pleine voie de succès. Sinon, je ne puis encore calculer où je me trouverai rejeté. On peut m'infliger un an de prison, comme un mois; 100 francs d'amende ou 10,000. Je ferai un mois de prison et paierai 100 fr.

d'aneode; mais je préfère ^mq ans dTexfl à Lausasiite, à Neafcbitd ou à Genève, à un an de captîvîte.

Je t'écrirai plus tard s'il m'arrive quelque tlhose d'important, ce que je ne préroîs pas. Ainw, adieu jusqu'à mon départ pour Besançon. Conserve-moî ton araitîé ; quoi que je devienne, je saurai la mériter.

Maguet, Haag, Dessîrîer se portent "Wcn; Redam «rt précepteur et s^ennuie.

Toatàtoi.

P.^^ Pmœmaafu

jP.-/S. Paris, 26. Je rouvre ma kHtfe pour te dire qu'il fautnécessair^neat que je parte. Je serai à Çesançon le 30 ou le 31 ; la cause se plaidera jeuéH 3 lénier. Tu en connaîtras le résultat dimantlie ou lundi.

K P.-J. PKOUMON. 13

^lévAttm^

A M. BERCfMANN

apusv ]^ le jiuQrydes qualra chefsd'a£Cusatioii forttiulés eenlie môL J'mL poéaenté moi-niôme une défense écrilc dûaat te keiure a d»sé plu» d'une heure. Comne je eoBBipte riBa^^nmer, tu en ingéras. C'est une espèce de prospectif gteéral tant de sm& éUides passées que de nies études à venir ^ de leur objet. Je gagne et je perds tout à la fois, par suite de ce procès. Je gagne un petit B^ooi^Nit de eélébnté^ qui db s'étend pas même fort loin, car, tu le sais, je n'ai pas les sympsihies de k piiesse; je^igne^ ee qui vaut mieux^ et ce que perasnue jan'iapef^dt^ ' l'i^rBntage de pouvoir innoF?er ,^ anOf- ]^mt e& reaeuer à mon use les principes, les droîès, tes^eiDjmiteftet leginsfatofcinas. Car ee jm^sment^recon- TKnssant que je suis iamm$ de mécUMim^ mm i$ récolution, économiste, uod. anarchiste, que je veuxt suivttolk l'enrprtpgwett du président, ommtiir U fomemêment $t(h$ psopriÊitairM^ il s'ensuit que je puis tout dire, cofiwiie £gât un iastàbuteui ou uu amî, et que jesuis déclaré, hors delà Ugne des cioikS|pii8Eteurs. Cesi à radi de eo>aeerver eetle magnifique pesitiûiiu

U œRRESPONDÀNCE

Mais je perds, dans ce sens que, pour me défendre, j'ai été forcé d'exposer des vues et des idées que je ne voulais donner qu'en temps convenable ; par exemple, que comme Fégalité et la non-propriété résultent de la métaphysique législative, de l'économie et de l'histoire, tout de même elles sont une conséquence nécessaire de la Charte, et de toutes les institutions qui l'accompagnent; si bien, comme je l'annonçais d'ajdleurs, qu'il ne s'agit plus aujourd'hui que de développer, non de détruire. Cela est magnifique pour les gêna synthétiques et qui ont rhabitude d'enchaîner leurs idées; mais, pour cette multitude de sots qui font et défont en un instant les réputations, cela est excessivement dangereux : car plusieurs en concluent déjà que je suis acquis au pouvoir et que je n'ai fait tant de bruit qu'afin de me faire payer plus cher. Commencer par V égalité Qi Vaio^ lition de la Propriété, pour finir par l'acceptation et le développement de la Charte, cela déroute tous nos démocrates, comme cela a dérouté à l'audience le ministère pubHc.

C'est pourtant aussi beau, aussi fécond que vrai; tu le comprendras, j'espère.

Il me reste à te demander quelques renseignements sur un M. Ferrari, professeur d'économie poUtique de ton Académie strasbourgeoise, qui vient, dit-on, d'être suspendu par ordre du ministère. Je voudrais savoir quel est cet homme, ce qu'il pense, et ce que tu prises de lui ? Écris-moi donc au plus t6t.

Je reste à Besançon; je crois t'avoir écrit que notre maire et soa conseil municipal songent à me caser pour m'assurer le repos et l'indépendance nécessaires à l'étude; je ne puis mieux faire, je crois, que de me prêter à ces bonnes di^ositions. Je vais avoir une rude

année à trayerser ; mais, je te le répète, je croîs que ce sera la dernière, qiumù amx besoins de première nécessité. Je gagne tous les jours des amis; j'en ai presque dans le parquet; j'espère que bientôt le pouvoir, sans m'a- Youer, me tolérera. Je sais que déjà il m'estime et m'honore.

Adieu, mon ami; je viens de passer ime journée fantasmagorique, aussi vaine que les autres. ToiU est vanité, disait Salomon, excepté d^aimer Dieu, ajoutons, et de le comprendre.

Serait-ce une indiscrétion de te prier d'offrir mon respectueux honunage à ta jeune épouse?... Tu en feras à ton plaisir.

Je t'embrasse,

P.-J. PROUDaCN.

16 C0WiSmNIIAN€S

BvuiçBiii, 2»iévvkr «848.

A M. TiSSOT

Mon cher Monsieur Tissot, j'ai rhonaeiir de vous adresser trois exemplaires de la défense que j'ai présentée à la cour d'assises le 3 de ce mois : un pour 'nous, un pour M. Parigot et le troisième pour M. Drevon ; plus un excsapladre de mon averHssemmt pour ce dernier, que j'ai fort regretté d'avoir oublié lors de mon passage à Dijon.

Cette défense en explication fermera la série de mes Mémoires à!<Utajney et servira de transition à mes recherches sur l'organisation économique des sociétés. J'espère que vous la lirez avec la même bienveillance que vous m'avez toujours accordée.

Je l'ai échappé belle, il faut que j'en convienne : la Cour était furibonde; TAcadémie ne s'est pas encore remise de sa colère , et j'ai pu voir par les menées du clergé qu'on ne l'ofifense pas impunément dans ses prétentions. Le délit d'offense envers la religion qu'on me reprochait était absurde ; le public le disait, le ministère public le sentait, le président me l'a avoué après coup ; et cependant, sans la prudence de mon avocat, qui m'a empêché de lire ce que j'avais écrit sur cet

DE P.-i. PROmmON. 17

article, j'aurais perdu mes derniers appuis dans le jury, composé en partie d'homme religieux, mais incapables de distinguer la religion de la superstition.

L'ajoditoire était cmnble ; toute la ville en émoi ; toutes les catégories offensées, dans l'attente d'une vengeance. On espérait me voir humilié par une rétractation et par une peine sévère; j'ai crucifié en pleine audience plus de monde que je n'avais jamais fait; mon discours, loin de ressembler à une excuse , a été une perpétuelle instance. Le Franc-Comtois^ si vous avez eu connaissance des trois ou quatre numéros que sa bienveillance m'a consacrés, vous en aura instruit. Pendant que je faisais part au jury d'une lettre que j'avais écrite à M. Duchâtel, la réponse arrivait par le télégraphe : c'était Tordre de sévir si l'on obtenait une condamnation.

Le jury m'a acquitté à la simple majorité sur le délit d'attaque à la Propriété; et à l'unanimité sur les autres chefs.

Ce procès m'a éclairé sur plusieurs points :

10 La volonté arrêtée du gouvernement de résister à toute réforme, et de neutraliser la libre discussion ; ce ^qui me fait perdre tout espoir.

2^ La tendance de {dus en plus monarchique et aristocratique, monopolisante, xsorruptrice et cafarde, de la dynastie d'Orléans.

3® L'alliance du clergé avec le nouveau pouvoir ; son influence croissante dans les affaires, sa mauvaise volonté et son incapacité irrémédiable. Conmie vous, je pense maintenant que ce serait sottise de ménager les niaiseries catholiques et indulgenciées^ pour le médiocre avantage de ne point chagriner quelques bonnes gens ; et je m'apprête à leur faire bonne et rude guerre. Uy avait dix à douze représentants de l'É^Lise à mon juge-

ment; je pouvais les stîgmatfsar si j*eusse touIu ; mais rimportant était d'obtenir un acquittement.

Votre confrère P*** a tenu à mon égard une conduite odieuse. Cet homme a deviné qu'an fond du cœur je le méprise, et il a juré de m'écraser. Il est parvenu déjèi à m'aliéner toute TAcadémie, mais j'ai pour moi les Tîeurs , en attendant mieux. C'est P*** qui, dans le Franc-Comtois, m'a placé sur la ligne d'un assassin et d'un infanticide; c'est kd qui m'appelle visolent, orgveiUetix, ingrc^t singe de bonmau, nameau Babeuf f septenûmseur, et qui demandait pour ma peine cinq ans de fers et cinqwiMe francs d'amende.

En revanche, je recueille les sympathies du haut commerce, de la Banque, du peuple, des administrations. Tout ce qui entend un peu les affaires me lit et m'encourage. On m'attend.

Je viens de recevoir une lettre de Caneiâérant, qui me le fait peu estimer. Considérant ose me dire qu'il n'a lu de tous mes ouvrages que mon Dimemehe; qu'il a à peine jeté les yeux, depuis deux ans, sur ma PropriM, etc. ; que du reste il me répondra apfès que j'aixraà publié ma dernière édition (ce qui pourra bien arriver dans vingt ou trente ans). Cette lettre est bète^ fausse; on est toujours bète quand on sort de la vérité. D'ailleufs elle est dictée par l'esprit de répression imteîlecitudle que tout le monde s'entend à merveille à appliquer aujourd'hui. J'ai, quant à moi, la dbance de réûmr tout le monde contre mes publicaticoas, ce qui produit, comme j'ai dit, une conspiration de silence à fnon égard. Mes publications ont l'air d'être ctande^ines, et cependant elles s'insinuent partout et déjà portent leur fruit. Quand j'aurai le plaisir de Vous voir, je vous parlerai d'tme vaste entreprise qui en ce moment s'or-

os p.-j. niocMiM. f»

ganise ft Besançon, d'après nne idée d'égalité, et dont l'objet est d'amener pétiodîqnementrextinetâôix de l'hh* térôl de l*argent, et cela coonne ]e Tai indiqué, par la force dés concurrences. Vous verrez.

Pour revenir à ce qui me concemo, j'ai Irotrré des baiQeurs de fonds, qui sous une fonne commerciale, se proposent de continuer -pour moi Toeuvre^é TAcadémie. Ainsi je travaillerai au jour le jour, à peu près comme auteur commandité. Mon prochain Mémoire sera publié de cette manière. Le premier chapitre sera pour les robes noires et laissera entrevoir tout ce que je puis faire sur cet article ; je me propose de placer le second^ destiné aux piinlosojdies, sous le patronage de M. Claude* Joseph TissoT ; pourvu qu'il m'en accorde la permission. Ce chapitre débuterait par quelques réflexions générales sous forme de lettre. J'espère bien, mon cher et docte compatriote, que vous ne vous en trouverez pas compromis. Du reste, loin de m'associer ceux à qui je ferai de ces adresses, je ne songe qu'à les prendre pour interlocuiewrs. Ainsi nul danger pour vous.

Janvier et février sont perdus pour mes études, mais non pour mes réflexions. J'ai beaucoup pensé depuis six semaines; je me connais mieux maintenant, et je comprends ce qui me manque encore pour mettre plus de monde à mon imisson. Il est un point sur lequel nous nous rencontrerons toujours, mon cher professeur : rationaliser les esprits, la politique, la religion et la morale; abattre les préjugés et les fausses sciences; écraser les oppresseurs de la pensée et de la liberté civile ; livrer à l'infamie les corrompus et les lâches. Quand j'aurai dit tout ce que je pense, je me préparerai au combat; quand mon enseignement sera terminé, jedeviendrai, s'il le faut, conspirateur ; jamais le monde*

n'aura ressenti tant d'effroi. Souvenez-vous que j'ai amioncé un,e dernière ressov/rce plus terrible que Tassassinat, Tinsurrection , etc.; cette dernière ressource a fait frémir le public bisontin, le Parquet, la Cour, le jury, la presse, quand j'ai déclaré que je ne pouvais la révéler. J'ai besoin d'une conversation pour vous le dire, mais je vous assure que M. Guizot et Loids-Philippe m'y font penser involontairement.

Mes très-humbles respects à M"° et M"° Tissot; mes amitiés à votre Charles, et toute mon estime et mon affection pour vous, mon cher compatriote.

P.-J. Proudhon.

DE P.^. PROUDUON. t\

Besao^a, 3 mars 1842.

A M, TISSOT

Mon cher Monsieur Tissot, j'ai reçu votPft lettre ce matin, aflfiranchie (Pourquoi ?...), et je ne puiô m'empècher d'y répondre sur-le-champ, tant j'y;trouve de choses curieuses, plaisautes, tristes et aimables.

Vous êtes suspect I suspect au recteur, suspect au ministre, suspect à l'évoque ! Je né suis pas surpris isi, en butte à toutes ces suspicions, vous repousôez la dédicacé d'un suspect I Je vous dois quelques explicaUoAS à cet égard.

Je dédie mes livres à deux sortes de gens : à mes amis et à mes adversaires. Je demande aux premiers leur consentement; les seconds ne sont avertis qu'eu même temps que le public. Je sais tout ce que pourrait avoir de dangereux pour un membre de lîUnivereité une belle et bonne dédicace signée de ma mmu; aussi ne voulais-je rien faire sans vous avertir! ;j du tfsteii je vous l'ai dit, vous n'eussiez été en ioueutie façon compromis. Je trouve toute sorte d'avantages à me faire, de gré ou de force, un interlocuteur. Si j^étais seul au monde, plutôt que de monologuer, je parleuais à mon chapeau, tant j'ai horreur des soliloques.

Sa CÛEUBSMNDANCi:

Pour revenir à vous, mon cher compatriote, la seule question dont il se fût agi entre nous était une question de métaphysique et de méthode : catégories^ séries^ genres^ ^pèces^ etc. J'enrage de vous voir si obstiné, et il faut que je vous enlève à Kant. Les propriétaires ne me sont rien; les académiciens encore moins; les cafards si peu, que je ne daigne pas m'en occuper. Mais yous I Que vous restiez kantiste de mon vivant, c'est ce qui me tourmente et me fera faire les plus grands efforts d'imagination et de dialectique. Quand je dis kantiste^ je veux dire engoué des principes de droit de Kant, de son rationalisme sophistique, de sa théorie de la raison {mr«, et de sa psycfaologiev Yoilà ma âédmatioii de gueirre : E h\sk quevôus me [terrassier ou qioe^e.vcms Aserbefl);

Je réçàôâm i vos crkique?,

J^ trop cajolé^ ditesr-voas, dans moa A^êHitisment^ '^^M ^KSmtsm qui s'est cliargé de me désabuaar lui* a Èoéme de 1» konae ofômion que j'a¥«i& de kiL » — VWs avest Tftîscm, ipaés c'est précisément ce •qne je us comprends pas. Depuis que j'ai eu le plaisir êe vous •écrire, j'ai raçn utte lettre àé Gonsideranty lapins sotte, la plus famsae, la plus insigniôaiite leiy*ô dm »omde. U me dit qu'i) n'a pas eneore lu ving^ pages de tans mes Méft^Mnres , que d'aiUèfiu*s il y lépondrai quand! l'aérai fn^Ëë moii dernier mot. Notez ceci: dans trente ans, yt ii'enirai pas tout dit «ocere*. Enfin, M. Considérant ne ditrrien qui^ raille k peisie,^ ne r^ooà pe&Hainiot, ni à mon AwrHssimeKi^ ni à 1» lettraparti^ulsère qmt jie

mot d*Âjaftàill)9M&

DE P.-a, PHOUDHON. 23

lui ai écrite, rien enfin. Cette lettre m'a dégrisé, et je cpnunence à le croire au3si charlatan que les autres. Votre reproche est donc légitime ; mais comment avez- Yqxjts pu me dire que Considérant s'était chargé luimôme de détruire la bonne opinion que j'avais de lui, puisque vous saviez bien que je ne Tavais jamais vu, et que ie n'avais eu avec lui la moindre relation ? J'ai été satisfait de sa brochure sur la politique générale, et j'ai été si heureux d'avoir im prétexte de lui dire des choses flatteuses, que je m'y serai peut-être abandonné sans trop de réserve. Bien des gens pourtant n'ont pas trouvé que je le cajolasse beaucoup. Encore une fois, expiiquez-vous , ou bien je croirai que la lettre de M. Considérant, adressée à moi, vous a été communiquée par ordre du cabinet noir.

Vous regrettez que je n'aie pas fait une critique plus d^taiUée du système de Fourier, mais c'est que ]e n'ai voulu traiter que la question de répartition, la seule que j'aie abordée jusqu'à ce jour, et que j'ai réservé celle iï organisation. Chaque fruit en son temps. L'économie politique, je ne puis trop le redire, est une science en création ; il est impossible de faire une critique convenable des systèmes d'organisation sans s'être fait auparavant des principes et des lois ; et des Tow et des principes ne se découvrent pas tous les jours, et ne se démontrent guère par l'évidence intrinsèque. Ma réponse aux phalanstériens suffit, puisqu'elle se résume en ces termes :

La répartition, dans Faurier^ résulte de l'organisme ;

Or, cette répartition est économiquement fausse ;

Donc le mécanisme sociétaire est faux, apriori,

M. Wolowski, dites-vous, a fait de mes Mémoires autre chose qu'ime critique scientifique; vous serait-il

24 GORRESPCyNDÂNGE

possible de me faire connaître cette critique, en même temps que vous me feriez passez votre appréciation ? Il est ridicule pour im homme tel que M. Wolowski de ne voir en moi qu'un sectaire à étouffer; il devrait savoir qu'une idée ne périt jamais que par une idée supérieure. Pourquoi ne m'a-t-il pas envoyé sa critique ? Il faut que je sache ce que l'on m'objecte si l'on veut que je me convertisse et que je fasse pénitence.

J'ai été tout à fait réjoui de votre idée des Stables d'Augias, mais je n'approuve pas que vous vous traitiez aussi mal que vous faites. Je suis de mon naturel assez peu modeste, mais je suis franc dans mon amour-propre et je ne crois guère à la modestie des autres. Sachez donc reconnaître ce que vous valez, ou vous m'obligerez à vous le dire en face. Pourquoi donc ai-Je débuté par une clameur si haute ? C'est parce qu'il est nécessaire aujourd'hui, pour se faire entendre, de crier et de couvrir la voix des autres. Vous avancez beaucoup, ma foi, avec vos éloquentes élucubra tiens ! Il y a dans toute la France quelques centaines d'individus qui peuvent vous apprécier, et, sur ce nombre, des rivaux qui vous jalousent, des écoliers de la Normale qui vous dénigrent, des intrigants qui vous dissimulent, des cafards qui vous détestent. Que ne faites-vous comme moi, morbleu ! Les belles manières n'obtiennent rien ; frappez à tour de bras. Faudra-t-il que je me fasse ^'ot^e vengeur ?

Puisque vous connaissez M. Wolowski, ne pourriezvous lui glisser, à la première occasion, que je sais qu'il est fort savant et éclairé, mais que j'estime surtout en lui son caractère? Je pourrais bien avoir la fantaisie de lui dédier quelque chose. Je le confonds dans mon

DE P.-J. PROUDHON.. tt

esprit avec M. Laboulaye, jurisconsulte amateur, dont je fais beaucoup de cas.

Dans quelque temps, mon cher philosophe, j'aurai à vous présenter ime démonstration pratique et réalisée de ma théorie sur Tégalité et la possession; mais je sais d'avance que le fait ne prouvera rien pour vous, s'il ne vous en démontre la légitimité. Mais voici qui vous soimiettra, je pense : si le fait dont je parle tend à s'universaliser, pourrez-vous douter qu'il ne soit légitime ?

Une confidence : j'ai remarqué que l'œil de Pauthier ne tombe plus sur moi que de travers depuis que je me suis fait antagoniste de la Propriété; aurait-il peur pour son château ?

Je vais me remettre au travail ; j'ai traité avec deux bailleurs de fonds pour la publication d'un prochain Mémoire; je vends la peau de l'ours avant de Tavoir tué. Je ne connais pas encore un homme qui admette sans restriction tout ce que j'ai déjà imprimé, mais on est généralement fort curieux de me lire.

J'aurais bien des choses à vous dire de notre magistrature et de notre Académie; ce sera pour une entrevue.

Adieu» mon illustre compatriote, je vous embrasse de toute mon àme.

P.-J. PaOUDHON.

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Besancon, 3 avril 18 i2.

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