A M. FLEURY
Mon cher ami,
Pour moi, mou cher Fieury, j.e serai bieû fia et bien opiniâtre sj je centimue à travailler malgré tous les embarras d'affaires et de famille qui me tombent comme la grêle. Cependant je lis, je médite et j'écris avec une ardeur toujours égale, et comme si je croyais que' le monde va changer dans six mois à ma parole, i'^ même foit un toaité avec des eommanditaii^es pour Fimpression d'un ouvrage en deux volumes, qui devra paraître en novembre prochain.
Ma métaphysique est faite ; c'est quelque chose de curieux et d'extraordinaire, je vous assure, mais qui ne sera pas compris d'emblée et va me mettre tous les kantistes sur les bras. Après cette métaphysique vient une Economie, puis une philosophie de l'histoire, puis bien des choses dont je n'ai pas encore trouvé le pre-
Dfi Pj4. PBoraww. i?
laies mot mille pairl. InuUIe da vous dire quev daus iâuL cela,, je iL'ez^se ijpe xies iaétbyode& et des lois ; ce n'est pas ep. deux volumes qu'on, déroule le tableau de resprit humain et de la société. Ma prétention est d'oi>vrir une mine et d'en indiquer le chemin; ({uant a Védiâce, je crois que cinquante volumes n'y suivraient pasu Je crois qi^e e'est une œuvre infinie et qui réclame le concours de touakssavants et de tous les siècles. Si je ne m'abuse pas^ et que ma métaphysique soii aussi certaine que j^e la suppose, elle doit enirainer une révolution dans, toutes les sciences mofales et pljûloaophiqu^^.
Admirez la sagesse de la nature, qui donne à chaque homme sa spécialité. L'un manque de loisir, de mémoire et de Uvres, c'est-à-dire qu'U reste nul sous le rapport de l'érudition; en revanche^ U se forge un instrument de découverte et de classification, qiû supplée pour lui à tous les trésors de la science» Un autre vit moiius de cette vie intérieure et ne s'arrête suf chaque idée qu'autant qu'il faut pour la saisir et l'emmagasiner dans son cerveau; en revanche,, il acquiert cette richesse,, cette abondance de faits et d'idées, sans lesquelles la science ne saurait se dévelo|^r. Ainsi se iEbrme la science collective.; ce que nois lui apportons chai^un est peu de chose en comparaison des erreurs, de^ scories et déblais qui iious sont personnels. Ce serait iine (q>ération bien faite pour humilier les amouis-propres hmnains que de dégager l'^port de chaque auteur ou savant, de tout ce faitras dont il l'a accom|)agDé«
J'ai rencontré bier le pèm Weiss pour la première fois defoûa mon retour; je Tai accompagné deux cent» pos^ Je vofô avec peme que> rAcadémie se sûa«ie aussi peu de moi ^joe du dernier éedier des Igpaorantins. La
^ GORRESPONDAMGE
malveinancc de ces messieurs, de nos magistrats et de notre clergé, jointe à mon procès, ne m'a pas, vous imaginez bien, ramené de mes défiances; seulement je déguise ma colère par prudence pure et nécessité. Mon prochain ouvrage sera aussi calme et convenable dans ses formes que le plus délicat le puisse souhaiter; mais j'ai besoin pour cela de me promettre à moi-môme que plus tard j'aurai ma revanche. Oh ! million de tonnerres de diables ! je vous jure que tout ce qui est diflôré n'est pas perdu. Dans vingt ans mon ressentiment sera aussi vif qu'aujourd'hui, et je comprends assez la marche lente de la société pour espérer que les sots et les récalcitrants ne me manqueront pas. Pour le moment, il faut songer à ma réputation et à mon avenir. Je ne désespère toujours pas de me faire agréer un jour; il ne faut pour cela qu'un changement de règne et de ministère. Cela pourrait venir plus tôt qu'on ne pense. Dans tous les cas, on ne me reprochera rien l'année prochaine, pas même d'avoir dit la vérité.
Vous savez qu'il a été question de me placer à la mairie ; la place est donnée à un homme dont les longs services le méritaient mieux que mes brochures. Au reste, il n'y a pas eu candidature de ma part ; ceux qui me portaient se sont désistés, et il n'est plus question de rien. Un nouvel ouvrage réveillera le zèle; puis, après quelques semaines , ce zèle s'éteindra. Voilà comme se passe une vie. Il vous faut, mon cher, profiter de l'expérience des autres; sollicitez-vous? ne laissez pas dormir les recommandations, surtout faites vos affaires vous-même. Marmier n'est pas arrivé à la cour sur la faveur de ses compatriotes ; il y est arrivé par ses propres efforts. Enfin, comptez que la bienveillance dos autres vous servira toujours plus que votre
DE P.-i. PBOUraON. 20
mérite ; les hommes sont ainsi faits qu'ils aiment mieux obliger gratuitement que rendre justice.
Je vous souhaite le bonjour et vous embrasse de tout mon cœur.
Mes amitiés à Vemier.
P.-J. Pkoudhon.
30 €MfRE5P0MWWCE
Besancon, 21 avril 18I2.
A M. TISSOT
Mon cher et honoré compatriote, vous avez bien fait de me réprimander, et je vous en remercie. Comme vous dites, j'ai parfois la maladie de notre pays; je veux dire que je suis triste, défiant, ombrageux, chagrin, assiégé de soupçons et de mauvaises pensées, et, dans ces terribles instants, ce sont toujours mes amis, qui, présents, souffrent de cette humeur, absents, ont toujours tort. Châtiez-moi donc comme je le mérite, et d'une main ferme, et soyez sûr que je vous en aimerai davantage, et que nous ne nous brouillerons pas. Si j'avais affaire toujours à des gens comme vous, j'aurais bien des défauts de moins; mais, quoi! les lâches humains ont plus peur de dire une petite vérité à un homme que de se battre avec lui, et tel deviendra mon ennemi pour avoir fui devant une explication ou ime correction paternelle. J'espère, mon aimable philosophe, que vous ne prendrez point ceci pour hypocrisie, et je passe au contenu de votre dernière et à la brochure qui l'accompagne.
Je regrette beaucoup que cette brochure, ou cette préface, ne soit pas votre dernier mot sur la Propriété ;
car f aimerais tien savoir tout d'une fois et n'être pas renvoyé de Pilarte à Barabbas. Quand connaitral-je enfin tout ce que vous me reprochez? Je remarcfue une chose : dans la Propriété, les économistes ne veulent voir que le ressort qui jusqu'à ce moment a formé tes eapitaxix; les JuriscoTtmltes, que la souveraineté de l'homme sur la chose et la transmission de cette souveraineté, principe d'ordre et de gouvernement; les pkihsepkes y voient surtout Tindividualisation de la personne dass la société, et la manifestation du moi dans les choses. £t, comme les uns et les autres se demandent : — Sans Propriété, comment concevoir la formatiez des capitaux , sans Propriété, comment imaginer un prineîpe d'ordre et de gouvernement; sans Propriété, que devient le sigae caractérisque de la personne? — il «mve que, mrigré la puissance des objections, malgré la force du doute, persoime n'est ébranlé. Je voudrais donc savoir si ks arguments que vous tenez en réserve, et qui peuveost être non^yreux, se ramènent aux trois points sommaires que je Tiens de poser; cela me mettrait tout à lait à Taise, et vous rendriez service nonnseulement à moi, mais à la science elle--mème.
Au reste, j'avoue que la Propriété, meigté tous ^ies vices, est xm de c^ principes qu'on ne doit, qu'on ne peut même abandonner que lorsqu'on s'a pu y substi^ tuer un autre principe qui, sans avdr les défauts qu'on reproche à celui-là, en produise tovs les bons efiets. C'est ce que j^ai pensé dès le premier jour, ^ «dès le premier jour je me suis occupé d'organisation, mais sans cesser d'attaquer la Propriété, persuadé, d'une part, que ce qui est sujet à de si terribles ineonvénients n'est point l'expresston de la nature oi du drek, ni k dernier mot de la Providence; d'ai^ie part, qu'il n'y
aurait aucune raison suffisante de changer la Propriété contre un autre principe, s'ils étaient de tout point identiques et équivalents. Toute réforme commence nécessairement par ime critique; j'ai tâché seulement que la mienne, ardente et colorée dans la forme, fût au fond plus savante et moins déclamatoire que celle de mes devanciers.
J'attendrai donc avec patience la Revue de M. Wolowski; mais je regrette que vous n'ayez point fait entrer dans votre brochure l'article que vous lui avez envoyé, et qui aurait intéressé tout notre pays.
A mon tour maintenant de vous réprimander.
Vous avez été injuste envers vous et envers moi, et vous avez méconnu mes intentions quand vous avez refusé l'adresse d'un chapitre que je me proposais de vous faire. Il ne s'agissait pas ici de l'honneur assez banal d'une dédicace, ni de mettre votre nom en évidence comme celai d'un personnage illustre, ni de vous prendre (horreur!) pour nouveau sujet du martyre de mes sarcasmes. Ma pensée, pensée toute scientifique, était de publier des idées métaphysiques, non sous l'approbation ni la protection, mais sous l'adresse d'un métaphysicien; comme on adresse un mémoire de physique à Biot, à Arago ou à l'Académie des sciences, des vers à Lamartine, une découverte à un ministre, ime dénonciation à im procureur du roi. Puis je dédirais honorer im conipatriote, honorer la Franche- Comté, en montrant ses enfants voués à l'étude, et formant ime petite société intellectuelle; enfin m'imposer à moi-môme un joug salutaire en plaçant devant mes yeux le nom cher et vénéré de l'un des hommes que j'aime et que j'estime le plus. — J'ignore si je persisterai dans le projet d'adresser un chapitre à M. Blan-
qui, un autre à M. Wolowski, un autre à mon ami Bergmann ; dans tout cela il n'y a pas une seule pensée de critique, pas plus que de dédicace; c'est seulement un envoi de ma pacotille aux juges compétents.^lanqui et "Wolowski, Bergmann et Tissot étant en quelque façon arbitres officiellement constitués de ces sortes de clioses, il est loisible au premier venu de leur faire l'honneur ou le désagrément de les prendre pour juges; mais Bergmann et Tissot étaient mes amis, et je ne voulais rien faire sans leur participation. Réfléchissez-y encore, je vous prie; vous ne serez ni mon Mécène ni mon Aristarque, ni mon Saint; il n'est question ici que d'im appel à vos lumières, et de l'édification du public. Ce ne sera pas la première fois qu'un auteur aura commencé chaque livre ou chaque chapitre d'un ouvrage par une invocation, ime apostrophe, etc., à sa muse, à sa maîtresse, à son ami. Je veux, par manière de repos, de résumé ou d'énoncé de ce qui va suivre, causer avec im juge, avec un connaisseur, un expert; c'est un exorde épistolaire dans un livre éminemment didactique. Qu'y a-t-il là qui vous puisse déplaire?... J'aurai bien dû ne vous rien dire, et vous eussiez été, je vous assure, agréablement surpris. Allons, Monsieur le philosophe, dédaignerez-vous la prière d'un disciple, quand Jésus- Christ écoutait celle d'une pécheresse et d'un publicain? Je suis très-content de la manière dont vous avez soutenu votre thèse, et, bien que votre langage ne soit pas explicite comme serait le mien, ,vous avez parlé comme vous deviez. Ayant affaire à des hommes qui admettent le principe de Propriété, et voulant me renfermer dans les limites du sujet, il me semble, sauf l'érudition qui chez vous est si abondante, que je n'aurais pas fait autrement que vous. Vous avez surtout
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distingué, le TmrceUewmt du sol de la division des pnn prié£éSf deux chosea que la commission académiq[ue et son rapporteur Perron ont confondues, ce qui les a mis en train de dire que les incomrénionts semblaient égaux entre la thèse de votre concurrent aristocrate et la vôtre. Yoilà nos hahilesl... Mais tais-toi, ma lang^e 1
M. Auguste DeuLBsmay vient d'être élu député... de la famille Demesmay. U n*y a presque dans Tarrondissement de Pontarlier que des Demesmay et des clients des. Demesmay. M. Boissard a été joué par eux le mieux duL myonde. Cette élection est le tour de passe-passe électorale le plus curieux que Von ait vu.
J'ai reçu de PauiJiier ssiliéponse à M, JvHeav^ Je voudrais-bien, que notre ami Pauthier fût un peu moins quinzième-siècle et qu'il abandonnât le rôle de glosaateuF pour celui dhistarien. Âbel Rémusat lui a tracé la route; pourquoi s'en écarte-t-il? Deux volumes biea savants, bi^i penséS) bien écrits, sur la langue, la littérature, etCy de la Chine, vaudraient mieux que tout ce fatras. Le public sera toujours persuadé qu'il sait le chinois mieux que Julien s'il vaut prendre la peine d'écrire comme Rémusat.
Quiesiion typographique :
Votre brochure n'a-t-elle pas été tirée à la méoftnique? Combien vous eeûie-t-ella d'impressîosL et poRor combi^Dt d'exemplaires ?
Je viens de démâiageâr; depuis quinze joiura j'ai fttHi le numcBuvre et le potrteur; ce qui a produit uu vidft affireux dons ma pauvre cervelle. Je suis logé aictudlfi^ ment rue de Collège, n<» 10, près de l'église.
Tout à vous, avec l'estime la plus parfaite et Tattft-^ chemœtle plus skicère.
P»^-J. Pnounson.
DB P.-J. i^uHmiON. as
BesançoB> 9 n^i 1812,
A M. BERGMANN
Mon (dier Bergmann , je commence par te remercier de l'envoi de ta brochure et de ceÙe de M. Ferrari. Il ne se peut rien de plus satisfaisant à mon gré que ta doctrine linguistique; j'y retrouve dans un autre ordre d'idées toutes mes idées sur la méthode, la métaphysique univetselie et l'économie sociale. Il y a tout im monde dans ta tète ; il ne faut pas t'en tenir à ces petits articles qui ne sî^fieat rien ou du moins qui disent trop peu. Il faut exposer une synthèse complète , accompagnée d'une assez grande masse de Mis et d'idées pour qu'elle soit à l'abri de toute atteinte ; puis tu l^ppliqueras îm- Bftédiatenient aux spécialités littéraires et philologiques dont tu es chargé. Il y a plus qu'une affaire d'amour-» propre, pour un esprit tel que le tien, à formuler et systématiser tes idées : il y a encore le besoin de se nourrir éf^ de se féconder par ses propres pensées. Ce Cfue tu saisi est imviense ; eh bien ! j'ose affirmer que toute ta science doubleorait ^r la seule nécessité de l'exposition. Mais je prêche un converti, et j'ai IViir de confondre la pudUeaMoH avec la rédaetim.
86 (XmRESPOmANGE
Je suis assez satisfait de M. Ferrari ; seulement, je ne lui trouve pas encore d'originalité. M. Ferrari est un esprit vigoureux; mais je ne pms affirmer, d'après ce que j'ai vu, qu'il pense par lui-môme. C'est la manière imiversitaire , le goût des analyses , des comparaisons, des rapprochements; la défiance de l'exclusivisme et la disposition éclectique qu'on trouve partout depuis Cousin. Je ne puis m'accommoder de tous ces peut-être, de ces mille probabilités , de ces interminables incertitudes. Avec cette façon de mener les choses et de diriger l'esprit humain, on n'en finira jamais. Ici Platon; là, Aristote : qui a raison des deux ? — L'un et l'autre, et ni l'un ni l'autre. — Que voulez-vous, enfin? — Je ne sais. Voilà le refrain de l'éclectisme. On me parle d'une synthèse entre Aristote et Platon, entre la propriété et la communauté, etc., etc. — Dites enfin ce que sont ces synthèses ; en ce qui me concerne, je m'y perds.
Du reste , j'ai été on ne peut plus content de la justice qu'on lui a rendue. Nos archevêques jouissent de leur reste. Us ne savent pas qu'il est irop tôt pour le peuple ignorant d'en finir avec l'Église, et que, s'il reste au catholicisme encore un souffle de vie, c'est pour le bon plaisir de l'université. Mais voici ce qui arrivera. Il se trouvera pour la religion comme pour la propriété un homme qui lui portera le dernier coup ; les éclectiques seront mis en demeure de formuler leurs synthèses : on hésitera quelque temps ; on criera même contre l'intempestif aggresseur; puis on se résignera , et nous vivrons en paix. Voilà ce que j'espère et ce que je crois. Puisque rien ne se peut effectuer en ce monde sans un peu de désordre et de bruit, il faut en prendre son parti et préparer le moment de
DE P.^. PROmmON. S7
la crise, comme fait im habile médecin. Mais nous n'avons que des empiriques.
J'aurais voulu qu'au moins un des universitaires dénoncés, au lieu de crier à la calomniey répondît hardiment : € Non, je ne suis plus catholique, et vous, vous ites stupHes. » Mais ces Messieurs ont préféré faire comme Voltaire, qui écrivait contre Ylnfâme, tout en faisant ses Pâques. — C'est Cousin qui a fait la plus triste figure; quoi de plus ignoble que de l'entendre dire qu'il croit à la Trinité, voire à V Incarnation, et citer en preuve deux ou trois lambeaux de phrases platoniques sur le logos, ce logos qui n'eut jamaisUe sens commun ? Tout cela est indigne.
J'ai lu avec attention le programme du congrès. J'espère toujours y assister ; je compte même y présenter un morceau de haute métaphysique et un d'Economie politique. Je n'écris pas au secrétaire; mais tu peux dès maintenant me faire inscrire comme souscripteur ; si je ne puis aller, je t'adresserai un Mémoire, et tu le communiqueras, si tu le juges à propos.
Je travaille avec activité à mon nouvel ouvrage. J'en attends toute ma réputation et mon classement définitif parmi les penseurs. Je n'ose encore espérer que le gouvernement sentira la valeur de mes recherches; les hommes de pouvoir sont toujours si prévenus, qu'une vérité leur fait peur et qu'ils la déguiseraient volontiers plutôt que de la répandre. L'homme qui, dans chaque découverte, doit trouver une nouvelle ressource et \m nouveau moyen d'organisation , cet homme-là n'a pas encore paru.
Peut-être aurai-je l'intention de mettre un des chapitres de mon livre sous le patronage de ton nom, comme on place \m enfant ou une chapelle sous l'invocation
3H CORRESPOiq>ANGK
d'un saint. U ne s'agît pomt ici d'une dédicafce, ni d'une association à mes idées , comme il m'est arrivé pour notre Acaidémie : c'est un simple billet d'envoi que je désire rendre publia (avec ta permission, s'entend), et pour l'édification des lecteurs. Tu pourrais bien te trouver de la sorte en qompagiiie de MM. Blûnqui, Woowsilâ, ^c. etc. Tu vois qu'il n'y a rien là de coiap'romettant pour ta d%nlté et le secret de tes pensées; quant à moi, l'avantage que j'y trouve consiste à interrompre, par-ci,.par-là, un liVte trop sérieux, au moyen d-ime communication amicale , et à lùe souieulir au niveau d'ime discussion calme et digne à l'aide des noms de quelques hommes que j'aime et que j'estime. C'est une sorte de porte-respect que je m'impose, et une satisfaction pour mon eœur et mes senUtnents. J'attends ton consentenj^ent dans trois ou quatre mois. Tâche de ne pas refuser ; je te communiquerai d'avance, si tu l'exiges, ma petite épitre. Tu es le seul esprit vraiment synthétique que je compte parmi mes amis; et comme la linguistique tiendra une place dans mon ouvrage ainsi que dans toute ma vie, j'ai besoin de toi. Résigne-toi donc, mon ami , à figurer honorablement dans un livra qui sera le plus grand eflbrt de ma pensée et que je prépare depuis quatre ans, à travers toute cette malheureuse polémique.
Point de nouvelles de Maguet. — Haag est marié en Allemagne. — Je n'ai pas encore lu le dernier ouvrage d'Ackermann, que Dieu conserve I Je suis en retard avec beaucoup de monde. — Dessirier vient de faire un syllabaire^ dont j'ai reçu ce matin des exemplaires. Je n'ai pu venir à bout de lui faire comprendre la classification naturelle des lettres.
Mon atelier chôme en ce moment. J'aurai de la be-
K P.-J. PROClffiOIH. 39
sogne dans quelque temps, en assez grande quantité. Mais tout cela ne me rassure pas, et je pensa toujours à délaisser l'industrie. J'ai encore ime ou deux publications à faire, après quoi je liquiderai.
Tu ne me marques pas si ta femme te rendra bientôt père. C'est une nouvelle dont on ne manque pas de faire part à ses amis.
Adieu, je t'embrasse.
P.-J. Proudhon.
BesançoDj 23 mai i8i2.
A M. ACKERMANN
Mon cher Ackermann, vous devez croire que je vous oublie; je vous prouverai bientôt que si, je ne vous ai pas écrit, je n'ai cessé de penser à vous. Pendant deux ou trois mois il m*a été impossible de vous répondre, et comme vous changez assez fréquemment de domicile, j'attendais dans un calme philosophique ime lettre de vous, pour savoir oii vous adresser la mienne. Las de vous att^dre, je mets la présente sous la garde de Dieu, et vous prie de ne pas vous piquer d'honneur en négligeant de me faire connaître au plus tôt où vous en êtes; cela m'épargnera la peine de recommencer une lettre aussi longue que celle-ci.
Vous saviez que je travaillais en décembre à un troisième Mémoire. Ce Mémoire a paru le 10 janvier, jour de mon départ pour Paris; il a été saisi le 18 ; l'auteur décrété d'accusation, et mandat d'amener lancé contre lui le 22. Toutes ces nouvelles me sont parvenues le 24 ; perquisition a été faite dans ma chambre de la rue Jacob le 25 ; 500 exemplaires de mon pamphlet saisis au roulage ont été déposés au greffe de Paris; et visite domiciliaire opérée chez mon libraire et plusieurs de mes
BE P.-J. PROUDHON. éî
amis. On u'y allait pas de main morte, je vous jure. Mes amis étaient consternés: ils déploraient tous mes violences, ma sombre humeur d'antipropriétaire, et cette rage de critique furibonde qui me précipitait dans les griffes implacables du pouvoir. Le télégraphe ma* nœuvrait à mon honneur (car nous avons une ligne télégraphique à Besançon], j'étais recommandé d'en haut ; et le zèle de nos substituts se signalait à Tenvi contre le monstre révolutionnaire. Nul ne voyait pour moi d'issue possible à cette affaire ; le juryprévenu,les jur geurs triomphants, le clergé se frottant les mains, T Académie disant : « C'est bien fait; » tout le monde à peu près certain de ma condamna tiony^'étais accusé de neuf délits, qui, par indulgence, ou plutôt parce qu'ils rentraient les uns dans les autres, furent réduits à quatre : 1® attaque à la Propriété; 2^ excitation à la haine du gouvernement; 3® et de plusieurs classes de citoyens; 4^ offense à la religion. Je fus assigné à comparaître au3 assises de Besançon par cUatian directe, pour le 3 février suivant. Je partis le 29, arrivai le 31, et j'eus 48 heures pour voir im avocat, écrire ime défense. Mon conseil, jeime homme d'intelligence et de cœur, ne savait de quel bout prendre mon affaire, et je fus obligé de lui faire la leçon. Il allait se jeter dans des lieux communs qui m'auraient perdu, et qui d'ailleurs ne m'allaient pasyËnfin je comparus; foule immense à l'audience ; la haine, la curiosité, l'intérêt, mille passions remuaient le public dans les sens le3 plus opposés. Il est incroyable à quel degré de haine on était monté ; j'étais un passe-Robespierre, un antechrist. J'ai vu une jeune et jolie personne de 16 ans fuir à ma préseilce, par la terreur que je lui inspirais; une dame de SO ans manqua à une soirée où elle apprit que je devais
4â (XmRBSPOlKDANGE
me irouver. Il y allait de dnq^-ans de prison au moms; amende, eonfiscaiion, eic./Eai même temps je reneontrais de généreuses sympaUiies. Si Ton m'avait api]|[^qaé 10,000 francs d'amende, ils eussent ^té en deux jours €0uvert3 par sous<tription. L'Académie, par son journal (notre Académie s'est faite journaliste], me plaçait sur da môme ligne qu'un assassin et un infanticide ; et, vu won manque de fortune, invoquait pour moi 10 ans de fers et 50 francs d'amende. Rangez cela parmi les«améalités littérmres.
Lorsque Tavocat général eut prononcé son réquisitoire, refProi était au comble. La seule lecture des passages incriminés, faîte d'une voix sonore et éloquente, faisait frémir Tauditoire. A dire vrai, je n'avais encore riea écrit de plus véhément et de mieux travaillé. Puis j'avais eu le tort d'attaquer tout le monde, en sorte que je ne pouvais inspirer d'intérêt d'aucun c6té. — Relativement à moi, l'attente était extrême. Que ya-t-il dire pour sa défense? se rétracter? ce serait se déshonorer, sans proût; le pouvoir ne pardonne pas au repentir; s'expliquer? cela paraîtra louche et de mauvaise foi ; invoquer la liberté des opinions? lieu commun rebattu; insister avec audace? c'est aggraver sa position. — Mon interrogatoire avait produit surtout im effet magique lorsque, interpellé sur un passage de ma brochure, où je menaçais les propriétaires de quelque chose qui n'était ni Vassctësinat^ ni le pillage^ ni rinsurrection, ni le refus de travail j ni l'incendie, m le régicide, etc., mais qui était plus terrible et plus efficace que tout cela, je refusai de répondre. A ce moment on me crut perdu. On s'épuisait en conjectures sur le fatal secret; c'était un beau texte pour faire de moi un génie infernal. Je puis vous dire que j'avais en vue la réorgamsation des
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xoui^ T^bmiques ou ttibunaio; $ècT6is d'Allemagne, <i(mtj'ai fait une tbéotiQ af^copriée à notre tëiâps. . Enfin je parlai pour moi-jiiéine; ma lecture dura 4eux heures. — Figurez-vous l'étonnciaent de tout ces xmrieux, prêtres, ^mmes, aristocrates, etc., quand, au ;lieu d'un républicain à^gilieVrotige, barbe de b(HiC^ vnix sépulcrale^ on vit un petii blcmdin, au teint clair, à la mine simple et pleine de bonhc^inie, à la contenance jiranquiUe, prétendltnt qu*il n'était accusé cfue par une jBoépnse du parquet^ dont au surplus, il louait lé^êle; et affirmant ^e ses idées étaient celles de tout le monde, que loin d'être hostile au gouvernement, elles lui étaient très-favorables; que loin de mériter des reprot^hes de la part de qui que ce fût, elles n'élaieât dignes que,d*éloges; et prouvant cette thèse par ^es dév^ppements sdientrfîques si recherdiés, si pénibles à suivre, et rendus dans un style tantôt d'une clarté «t d'une simplicité extrêmes, plus souvent d'une pioltmdeur métaphysique et technologique telle quJon n'y comprenait plus rien; figurez-vous, dis-je, un homme accusé de conspiration contre l'ordre social, et présentant pour défense un pâté d'éconcnnie politique si difficile à digérer et à saisir que tout le monde avoue n'y avoir rien entendu, et vous aurez à peine l'idée de cette mystification Judiciaire. — Mon avocat commença par déclarer qu'étranger à mes études il ne pouvait ni les rejeter ni les adopter, et il insinua que le jury, en matière scientifique, était incompétent; puis il partit de ce point de vue pour expliquer la vivacité de mes phrases. — Le procureur général reconnut qu'il ne pouvMt répondre à mon plaidoyer, mais que mon livré était là, qui, selon lui, parlait assez haut... C'était s'avouer battu. — Le président, dans son résumé, fit un aveu analogue ; si
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bien qu*il s'agissait pour le jury de savoir si véritablement il y avait \m c6té philosophique dans mes doctrines, qui pût rendre raisonnables et innocentes les Croyables imprécations que je m'étais permises contre la Propriété. Le chef du jury dit : « Cet homme est dans une sphère d'idées inaccessible au vulgaire ; nous ne pouvons condamner au hasard, et qui nous répond de sa culpabilité? »
Ce n'est pas tout; accusé d'exciter à la haine et au mépris des pritreSj des œadémiciens^ des journalistes^ à.es philosophes, des magistrats^ des députés, etc., je pris occasion de la partie scientifique et inabordable de ma défense, pour faire une revue critique de ces différentes classes de citoyens. Cette critique, lue avec un grand sérieux, une grande simplicité d'intonation qui contrastait singulièrement avec le sel, la vivacité, l'énergie, la justesse des sarcasmes; toute pleine d'allusions personnelles, dont quelques sujets se trouvaient précisément à l'audience, produisit un effet merveilleux. — Les jurés se regardaient et se pinçaient pour ne pas rire ; les juges baissaient la tète, pour sauver leur gravité, et le public riait. Ce qu'on me reprochait d'avoir écrit n'approchait plus de ce qu'on me laissait dire*, et ma recette homéopathique produisit le résultat que j'en attendais. Je fus acquitté aux applaudissements • du public ; poignées de mains des jurés, et félicitations des juges 111 Le lendemain, il y eut querelle entre les gens du parquet, qui se rejetaient l'un à l'autre la maladresse des poursuites...
Maintenant je suis hors d'atteinte ; ma brochure s'est écoulée, assez lentement cependant. Je n'ai pas l'honneur des sympathies d'aucun parti ; j'ai si horriblement maltraité le National que tout le monde craignait pour
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ma sûreté; j'ai frappé sur Fourier, Smnt-Simon, les Gommunistes, etc. ; si bien que j*ai réussi à éteindre les feux de mes contradicteurs, mais il y a contre moi, comme je Tai dit, conspirtUion du aUmce, J'ai, depuis deux ans, contribué plus que personne à déplacer le terrain des discussions politiques; sous ce rapport j'ai servi indirectement le pouvoir et Tordre. Mais on ne m'aime pas. Blanqui m'écrivait : Le gouvernement rend justice à votre caractèr^^ mais U ddphre votre tendance. £b bienl je veux que ma tendance soit celle du pouvoir; et je vous certiûe que cela arrivera.
. Yoilà, mon cber Ackermann, l'histoire de ma mésaventure; je l'ai échappé belle, et ce n'a pas été sans peine. J'ai eu besoin de toute ma présence d'esprit et de toutes mes ressources; l'effort que j'ai fait pendant deux jours pour produire mon plaidoyer m'a causé une névralgie et des agitations cérébrales pendant huit jours. Ce n'est pas un jeu que d'être traduit en Cours d'assises; et je vous souhaite de ne jamais passer par là.
Actuellement je travaille à un ouvrage sur l'organisation. J'ai trouvé un bailleur de fonds qui m'avance le nécessaire, et je vais tout doucement. — Mon imprimerie ne marche pas , et je vais prendre une résolution héroïque. Je calcule qu'en vendant tout à vil prix, je resterai chargé de S à 6,000 francs de dettes avec rien, soit d'ime rente de 250 à 300 francs. J'accepte cette condition, et ne crois point acheter trop cher ma liberté. Dans trois mois je serai peut-être aussi libre que l'air des sommets du Jura; alors nous reprendrons le fil de nos discussions littéraires. Je viens à vous, et aux livres que votre amitié m'a envoyés.
1® M. Gros^ dites-vous, trouve ma psychologie misérable; cela ne me surprend pas. Quiconque admet la
dmlité de notre nature, camme YoiA fait Jusqu'ici les spiritualistes et les théolo^ens, ne peut guère s'ac-^ commode de mes spéeulations sur la sociabilité et la justice. Je crois savoir à peu jMrè» tout ce qu'on me reprocbe; la justice, comme Tidée du beau, est, dit-on, une notiod!!,. une forme primitive et essentielle de notre âme; et j'en fais, moi, im attribut physiologique, com-^ mun à l'homme et aux animaux, ne différant ^itreeu^r que du plus au moins et par certaines idées propres à celui-ci, absentes che» ceux-là. Certes, si je n'avais pas lu tout ce qui a été dit avant moi, cette doctrine, ainsi brusquement nrésentée. nrouverait une grande ignorance; mais je n'ai voulu que présenter en peu de naots, et d'une façon presque énigmatique, mes opinions psychologiques ; il faut voir la fin. Je nie purement et simplement toute la psychologie et la métaphysique de Kûnt ; quant à la physiologie, je crains fort que messieurs les Allemands ne prennent ici, comme en tout, leur infatigable érudition pour profondeur scientifique; et quoique non-physiologiste, je ne suis point d'humeur à les accepter pour autorités souveraines en quoi que ce soit. On peut juger tous leurs auteurs par un exemple; croyez-vous que le livre de Strauss , que j'ai lu en entier, serait moins savant s'il était réduit à 200 pages, au lieu de 4 în-8<*? Tels sont les Allemands; tandis que le Français apprend en courant son arithmétique, et se permet à peine quelques applications pratiques pour se délasser des perpétuelles abstractions de la science, l'Allemand s'exerce sur tous les sujets de l'univers; il compte les heures, les minutes et les secondes qui se sont écoulées depuis le déluge; fait autant de rèçlcs^de proportions, de compagnies, etc. , qu*îl y a d'objets de commerce et de combinaisons dans le négoce; et il
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appdle c^9 de la seiencel Je ne me laisse point abuser par la métaphysique et les formules de Hegel; j'appelle un chat un dbait, et ne me crois, pas beanocmp pUis a^aneé pour dire que cet animal est une difMrenciatic»! du grand tout^ efc que Dieu arrive à la siii-*eonseieBce dans mon eerfeaiu. Si Ton serrait un peu cette meta* physique, on arri¥eraîl facilement à cette eonaéquence que rintettigence^ latente dans la matière inorganique, atteint son mamwitm de puissance et d'activité dan^ rhomme; ce qui peut accommoder le panthéisme et li^ matérialisme, indifféreiiunent. Ne voilà^t-i] pas une profonde philosophie : « En abstrayant de la nature toute< difiBérence et toute spécialisation, il reste zéro de forme; cet état est Fidentité pure... » ou bi^ : « Tout être est ime partie diMrencîëe du même , etc^ i> — Retournez cette donnée au moyen de» formules tantologiques et des abstractions verbales de Hegel, et vous produirez ime apparence de système universel qui paraîtra ingénieux et profond, mais qui ne vous a|^rendra absolument rien.
Au sur^us, mon ouvrage sur l'organisation polkiquc sera terminé dans six m(HS« Je ne m'y piquerai pas de cette science de détails dont l'Allemagne est si amoureuse ; éfowa? et deux font quatre^ cela me suffit, et je n'ai pas besoin d'énumérer tous les œufs, les boeufs, les arbres, les champignons dont on peut dire : deux et de^i font quatre. Il en est de même pcmr moi dettout le reste. Or, oserait-on médire que le système de Hegel est autre chose que la formule thise^ ofUtthiie, sfnihèse, prise pour loi de la 4i0remiatian d$ Vvi$oh$^ et successivem^ii appUopiée, avec graâd apparu et grand fraeaS) à foutes les questions de philosophie, d'art^ de droit, etc. ?
Eh bien I cela, pour moi, mon cher, est puérilité; ce n*est pas science.
Je suis surpris que votre hégélien admette la partie négative de ma dialectique, et rejette les conséquences positives. Comment oubÛe-t-il que, par une conversion d'arguments et de Corme, toute cette partie négative va devenir pratique, science positive, affirmation enfin? J'attendais mieux d'un hégélien. Quoi! un philosophe de cette école, où Ton sait si bien remanier ime proposition, une formule, et la faire paraître sous mille faces, n'a pas compris que cette longue critique du droit de propriété allait tout à coup, en un tour de baguette, se traduire en système de jurisprudence! Je vous le répète : messieurs les Allemands, dans leur pédantisme catégorique et subjectif, nous méprisent; mais qu'ils sachent bien qu'aussitôt que leurs systèmes dont ils sont si fiers, et que nous ne connaissons que par les plagiats de M. Cousin et les vanteries de quelques gobe-mouches, auront passé à Tétamine française, il n'en restera rien.
2^ Je viens à votre brochure. J'en suis plus content que de tout ce que je connais de vous, et je vous en fais mon compliment. Cette fois, vous êtes penseur, toujours un peu subtil ; mais enfin, il y a des observations, des choses et des idées en vous. Sauf quelques réserves, j'aime votre ouvrage. J'y ai trouvé de l'intérêt, de FinstrucUon, de la vie, du style. Je regrette que vous ayez pris si vite la couleur germanique ; mais cela prouve, selon moi, que vous profitez de votre séjour, et que si jamais, bien saturé de la forme et de la pensée allemandes, vous revenez en France, vous serez tm écrivain original et i^irituel tout à la fois. Cela môme tne semble votre spécialité : bien choisir
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dans la masse des lieux communs littéraires, tant rebattus depuis Quintilien , Denis d'Halicamasse et Aristote, ceux qui conviennent à votre tour d'esprit, les traiter d'une manière neuve et piquante, vous en faire un texte afin de répandre quelques vues intéressantes, quelques critiques pleines de goût, quelques paradoxes émoustillants ; cela, dis-je, est plus difûcile qu'on ne croit, demande plus d'art que de force de conception, plus de talent que de génie, et il me parait que vous y réussirez. Je vous ai dit que j'avais à faire quelques réserves ; j e vais suivre l'ordre de vos pages.
1, 2. Je trouve que vous avez outré la i)ensée de Boileau, pour avoir le plaisir facile de le réfuter. — Il fallait, avec un peu de bienveillance pour lui , vous borner à l'interpréter dans votre sens ; cela suffisait à votre but, et votre livre n'y perdait rien. Nous avons tous le sentiment inné de la poésie et un commencement de talent poétique. Boileau le pensait, n'en doutez pas, tout comme Goethe ; mais il n'admettait pas que ce germe, dans sa moyenne proportionnelle, pût devenir par le travail ce qu'on le voit dans Homère. Cela suffisait à sa thèse, et je trouve qu'il avait raison. Nous sommes tous appréciateurs, parce que tous nous avons le germe ; nous ne sommes pas tous faiseurs, parce que . nous ne recevons pas tous la fécondation.
P. 2. Je ne puis accepter votre définition de la poésie, et c'est la plus grande tache que je trouve à votre ouvrage. Votre définition convient tout au plus au sentiment poétique; mais la poésie est le taUnt éPeX' frimer ce smtimerU ou de r^roduire k spectacle d'une émotùm, si vous voulez que j'emploie votre style. Il me semble que vous tombez ici dans la non-diférenciation : défaut allemand.
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P. 6, Jfe Urouve fort de mon goût votre id^ de poète possiUei;€[aQàd choses possibles je suis aussi, moi I...
P. 10. (7(wwéHfra»^. .. Ce paragraphe me plaît par la pensée et l'expression. Mais je ne puis souffrir votre oHhographe de ^gseur.YoûÈ qpi aimez les sens pleins et fermes, et qui visez à la logique en tout, pourquoi ne pas écrire /àis&iêr de fîiirèy et non /ère? Et puis, estce que faisewr ne sonne pas mieux que fesewr ? — Autre chicane : je vous passerai àoner^ persond, etc., mais non pias conaître. Il y a ici un n qui ne se peut perdre, et que le latin reproduisait idJis cog-nosco {tv/m,nosco ou cum-gnoseo, de ytvwaxw). Le cas n'est pas le •même que dans doner, de dotuire.
Enfin eus y ceî^, heur eus sont trèà^^logiques; mais ils font une étrange figure.
P. 12, 13, 14. Tout Cela est plein d'excellentes remarques et bien rendues. Mais cela prouvé contre vous, que les hommes non-poètes sont des gens en qui le sentiment ne passe point à Vidée, ni de Vidée à Veâ^pression. En sorte que ma remarque, p. 2, subsiste.
P. 17. Ze sentir simple du grand poète, etc. Très-bien.
P. 18. Les yeux proéminants des Français. — Physiologie mal employée et de mauvais goût. Vous vous regardiez au miroir.
P. 22. L'exemple donné par vous de Molière et de Voltaire ne s'accorde pas avec votre théorie : Molière a peint les travers de l'esprit, et Voltaire ceux du cœur; réfléchissez-*y encore.
P. ^1 . Affinités poétiques. ^*- Ce diapitre est curîeTix, et le sujet en est virai. — Mais il devrait être plus approfondi.