‹ Correspondance de P.-J. Proudhon (volume 4)Chapitre 5 sur 27 · A M. ANTOINE GAUTHIER · texte numérisé non relu

A M. ANTOINE GAUTHIER

Mon cher Gauthier, je l'adresse par la poste, en môme temps que la présente, un exemplaire d'un pamphlet sur les élections, dont je suis éditeur responsable, et dont tu devineras l'auteur, si tu peux. Cet écrit fait allusion à beaucoup de petites circonstances locales, que tu connais en partie. Nous sommes menacés d'avoir un conseiller ou avocat général pour député; autant un Laubardemont. Si ton père est électeur, écris-lui donc de voter de la bonne façon : il ne faut pas laisser revenir l'ancien régime sur l'eau.

Je travaille autant que j'ai d'haleine, et ne vais ni si vite, ni aussi bien que je voudrais; j'éprouve ces alternatives d'enthousiasme et de découragement qui ne manquent jamais de saisir tout homme qui poursuit une vérité et qui connaît la lâcheté des autres. Je suis sûr de produire une œuvre profonde et qui sera le commencement de l'extermination de tous les préjugés, un livre qui fera frémir de joie les cœurs honnêtes, et pourtant je n'en attends guère d'effets d'abord. Mon travail exige trop d'attention de la part du lecteur pour qu'il devienne populaire, et ceux qui pourraient l'en-

54 GOnyDBVONDANGE

tendre à demi sont aux trois quarts égoïstes ou fanatiques. Je m'aperçois tous les jours qu'il y a bien peu de liberté d'esprit et de courage dans le monde. J*ai écrit et publié sans e£bit mes précédents Mémoires; aujourd'hui il me semble que j'ai été téméraire.

Il y a un mois qu'une société d'émulation pour les sciences et les lettres me demande un article pour sa collection ; je le Caia^ et je choisis mon sujet dans la Bible, sur laquelle mes études d'hébreu m'ont permis d'amasser de curieux matériaux. J'ayoue que ce morceau aurait consterné et mis en furie tous les tonsurés; cependant, il ne contenait pas autre chose qu'une analyse^txaotOv plaine de grec et d^hébreu^ de cleu:^ ou. trois Psaumes; mais enfin c'était de la science philologique pure, et malgré k bonne volonté de MM. G***, C*** et L***, etc», mon article a été rejeté. Entre quarante ils ont moins de hardiesse que je n'en aurais à moi seuL Car tu doîs^ panser que cet article recevra de moi tôt ou tard sa. destination; je ne ferais pas grâce au public d'une vérité, pour être pendu.

Je sens de pltas en plus que je suis mal ici pour étudier et pour écrire. J'ai été acquitté par grâce, et, certes, mon absolution n'est pas un triomphe. On ne me manquerait pas une seconde fois. Un tas de libertins, qui ne croient ni à Dieu ni au diable, me feraient brûler par zèle de religion. Il faut que je gsigne le large et que je mette la guerre sur un pied tel qu'on puisse écraser cette clique sans qu'ils aient droit de réclamer. Â cette un, je réserve ma critique pour les petites chose»; hors de là, je ne serai plus à l'avenir qu'un savant etun métaphysicien t louant tout, aân d'avoir le droit de montrer, au moyen de quelques réserves, le vice de tout. Cett^ allure ne me va guère; mais il h faut.

DE P.'k PROUDHON. 55

Mon imprimerie est pour mot une cau^e d'ei^nui et de ruiné. J'offre a tout le monde, et la chose est publique^ delà vendre ai^ prix de vieux bois, vieux plqmb, vieux fer« Qn n*'enTeutpafiàceprix; on s'imagine que c'esl un guet-apens. Je me croirais^heureux si j'en ^ais débar^ ra^sé avec 6,000 fr. de perte, ce qui ine ferait lOÔ éous de rente à payer toute ma ^e, et à înes héritiers, si, j'en laisse! une succession quelconque. Je ne peux mèm^ jouir de ce boi^iieiiir d'être proléûeure à &,000 francs au<^ designs de zéro.

Je vais avoir un peu de besogne : peut-être cette activité ranimera-t-elle Tespoir des amateurs; je le sou* haite. Mes publications iraient plus vite et seraient miei^x faites.

Je ne publierai cette an^iée qu'un volume de près de 500 pages ; ce volume renfermé la plus gran(}e partie de mes e&pérances, etitre autres ma Méthode. Imagineztoi, pour te faire \me idée de ce que c'est, que l'arithmétique n'existe pas, et qu'au milieu de notre civilisation nous comptons comme faisaient les Romains, avee des jetjons et des mécaniques. Tout d'un coup, ua. homme arrive avec lés dix chiffres et leurs combinaisons, addition, multiplication, division, extraction, proportions, logarithmes; cela serait merveilleux. — Eh bien 1 ma Méthode est le quatrième terme de cette série : Géométrie^ anlhmétique^ algèbre,.»,. miQ espèce de calcul, applicable à toutes les idées et discussions possibles, aussi exact que les mathématiques et plus général encore. Il me faudrait dix-huit mois encore pour élaborer cela ; la nécessité, la crainte de l'avenir, le désir d'être suivi dans une carrière inconnue, dès les premiers pas, me décident à hâter ma publications

Lorsque dans six mois tu auras acquis de nouvelles

preuves que je jouis bien de ma raison, je te raconterai une anecdote dans laquelle j'ai été sot à fouetter. Je ne veux pas que tu me croies meilleur que je ne suis. Je ne fais pas parade de mes bêtises; mais quand j'en ris, mes amis peuvent me le pardonner.

Je finis par où j'aurais dû commencer; peut-être (je dis peut-être, car j'espère bien que la chose ne sera pas), peut-être aurai-je besoin, dans deux mois, de 150 à 200 francs; pourras-tu m'être de quelque utilité, soit comme intermédiaire, soit autrement? Je ta préviens que je te rembourserai tôt ou tard, mais pas à terme, et qu'en ce moment ceux qui connaîtraient l'état de mes affaires ne m'avanceraient rien. Ce n'est ni pour effet protestable, ni pour loyer de maison, ni pour engagement de commerce; je couvre cela peu à peu, avec le produit de ma boutique ; mais ma boutique ne me rapporte pas toujours assez, et comme je me sers le dernier, il peut arriver que j'aie besoin pour vivre. Je voudrais donc finir mon livre, après quoi je m'occuperai plus spécialement à gagner de l'argent. Car il m'ennuie d'être méprisé par les nigauds parce que je n'en ai pas, lorsqu'en réalité je ne suis si pauvre que par obstination d'étude et de liberté.

Réponds-moi à loisir, mais n'oublie pas notre candidat.

Tout à toi, mon cher camarade.

Besançon, 31 juillet i842.

A M. TISSOT

Mon cher Monsieur Tlssot, je ne pensais pa qu'une bluette électorale pût exciter votre concupiscence, d'autant plus que pour la bien entendre il faut être un peu au courant des journaux et cancans du pays. Toutefois, puisqu'ainsi vous plaît, je la confie à la poste, qui vous la remettra en même temps que cette lettre. Il faut que vous sachiez, en passant, que parmi nos électeurs les uns ont trouvé Y avis motivé trop profond, les autres trop modéré et trop courtisan ; Y Impartial a eu le courage d'écrire que cet avis effleurait les questions sans les résoudre; c'est pinsi que le commerce a bistourné la judiciaire des Bisontins. Presque personne n'a vu que je me moquais des députés, des électeurs et du gouvernement. Cependant je dois cette justice à MM. de Sermage, £ourgon> Weiss et quelques autres, qu'ils ne s'y sont pas mépris.

Je vous aurais déjà envoyé mon Bergier si je n'étais dans l'intention de refaire et rééditer prochainement le petit essai grammatical qui le termine. Je regarde cet essai, qui est de ma première façon^ comme apocryphe, et je le désavoue. Permettez-moi de ne vous donner que

58 CORRESFONDANCS

ce que je signe, et que ma maturité recomialt. J'espère au surplus ne vous pas faire attendre longtemps.

J'ai V Ethique de Kant, adressée par vous à Totre ami ProudJum; si c'est le même ouvrage que la Morale que vous m'offrez du môme, je vous remercie de bien bon cœur. Je suis en retard avec vous, et je vous prie de croire que je tiens trop à vous pour vous oublier jamais.

Le prétexte dont se sert Wolowski pour vous rendre votre article est puéril; si cet article est si long qu'il doive remplir un numéro, qu'il le publie en deux fois. Mais je soupçonne qu'il y a là-dessous quelque complaisaçjce pour le pouvoir ; intimidation^ monopole et séduction, silence et réticence, tout est bon à M- Guiso^ pour empêcher la circulation des idées.

Présentement, je travaille aussi sérieusement que je le puis; je m'efforce, ainsi que vous me l'écriviez autrefois de vous-même, d'amortir en moi l'imagination el la passion, par les fortes études, et je me prépose de redevenir pamphlétaire à quarante ans. Gomme je puis réussir dans ce genre, je n'y veux pas arrive^ aveo un mince bagage,

Yoici quelques nouvelles relatives à moi, et qui, peut-être, vous intéresseront. Quelques jeunes gens S0 sont avisés de former ici une Soeiété d'imukUiondû Doubs. Il y a six semaines, ils me prièrent de leur faire un article pour leur recueil, qui patail deux fois par an. Je leur offris un morceau de philologie qui parut leur faire plaasir; il y avait du grec et de l'hébreu, ce qui charmait inûnin^nt ces braves garçons; mais il y avait aussi autre chose : l'article en question roulait suf l'exégèse biblique en usage dans l'Église, et la conclu-* sion était la négation absolue de l'inteUigencedesÉori-

IMS P.-i. nmmm. ^

iure6 ch^z les théologiens. Je citais, eo, preuve, exk\x» autres passages extraits des propUètes, tfois Psaumes que je traduisais en entter, avec analyse grammaticale^ logique et historique. C'était extrêmement curieux et divertissant, et j^espé rais bien que vous en feriez votre r^al. Mais l'imprimeur, qui se trouve ôtre celui du clergé, et qui est soufflé par le séminaire et MoQseir gneur, cotnmença par déclarer qu'il n'imprimerait ne^ de moi; puis le conseil de la Société d'émulation ayan^ été réuni, on convint que l'on ne ^uvaU. se mettre à dos le clergé, qm aurait de Tiniluence sur le cons^ municipal, lequel alors refuserait les secours qu'on en espérait. On me demanda si je ne pourrais ppint rajusta xaxm article aux convenances cléricales. Je répondis qu^ non ; qu'au surplus la société pourrait décliner la resr ponsabilité, et que je signerais. Cela parut trop périlleux encore ; bref, mon article fut écarté. Je regrette beaucoup cette faiblesse; s'il y avait eu deux ou trois tètes hardies dans la société, elles eussent entraîné et subjugué les autres, et c'en élaii fait, il y avait à Besançon xm drapeau anticafard d'arboré. Après cela» je me suis dit que j'avais plus de courage à moi seul que toute la ville de Besançon , car notez que pas un des sociétaires n'est mieiUeur chrétien que moi.

Mais nous n'y perdrons rien^ je vous jure; et si vous travaillez à écumèr la marmite, moi, je la perce par le fond; Il faut faire la guerre arec acharnement,. car voyez un peu où l'on nous mène I L'Université caresse les prêtres, le pouvoir les favorise, et notre gouvernement bourgeois, d'ori^ne voltairienne, se fait jésuite à robe courte. Ah/ Basile^ mon mignon j si jamais volée de hoisveri!,..

La PMkmge a publié contre moi trois grands articles

/ 60 XORRESPONDANCE

auxquels j'ai répondu par une lettre fort polie, mais dont je n'espérais guère Tinsertion au journal. C'est ce qui est arrivé. Je me suis avisé de me défendre avec les maximes et principes phalanstériens, vous concevez, bonnement, clairement; c'était si simple qu'il était impossible de s'y refuser. Considérant a trouvé que cette lettre était offensante pour lui. Le fait est qu'elle faisait peu d'honneur à l'esprit de l'école et à la clairvoyance, ou, si vous voulez, à la bonne foi scientifique des chefs. Considérant ne s'est pas trompé. Cette nouvelle épreuve me le fait connattre à fond, et je vous certifie qu'il repassera devant ma porte. S'il existait un Paul-Louis Courier, les fouriéristes et les cafards suffiraient à son immortalité ; je veux tâcher de les faire servir, tout au moins, à mes divertissements.

C. Con vers disait avant*hier qu'il était charmé de n'avoir pas obtenu la majorité dans les élections. Cette parole est d'un égoïste ou d'un sol. S'imaginerait-il que moi et beaucoup d'autres avons chauffé sa candidature pour ses beaux yeux? Il s'agissait de faire comprendre au préfet qu'il y avait à Besançon un foyer d'opposition respectable et, quel que fût le candidat, que cette opposition pouvait devenir redoutable. La répugnance tout à fait personnelle qu'inspirait C. Convers à plusieurs électeurs, jointe à la conduite singulière qu'il a tenue, a fait seule échouer sa candidature. Voilà ce dont je suis pertinemment instruit et qu'il faut vous dire. Dieu 1 où trouverons- nous donc un homme ?

Je fais un gros livre, un volume de 500 pages, format et caractères de ceux que vous connaissez déjà. Le premier chapitre, sur la religion, et le deuxième, sur la philosophie, vous plairont, si je ne me trompe, au moins dansl'ensemble; j'espère moins du troisième, où j'exa-

mine la valeur des catégories de Eant. Je vous cite en plusieurs endroits comme autorité.

Je sais ce qui se dit de vous dans la boutique universitaire; il m'a paru tout simplement que quelqu'un de haut placé, comme on dit, ayant envie de traduire Kant, commençait à faire place nette en vous éreintant. Votre maître Cousin, quoique vous en disiez, n'a jamais été qu'un Macaire, ayant tout juste assez d'intelligence pour comprendre que la philosophie était matière bonne à exploiter sous un gouvernement bigot, mais dénué de génie, d'instincts généreux et de la plus commune bonne foi. Je ne l'imprimerais pas, mais je ferais une communion d'action de grâce, s'il m'était possible de le lui dire en face et par devant témoins.

Faites de petits livres, je vous en prie , je vous y exhorte ; car, malgré la recrudescence dynastique qui nous étouffe, malgré les larmoiements causés par la mort de Coco Poulot, Tantipathie du peuple est profonde ; le bon sens le plus vulgaire condamne le gouvernement, la science le réprouve et la bonne foi le flétrit.

Dans dix ans vous m'en direz des nouvelles.

La feuille d'impression, format in-12 (24 pages à la feuille], caractère petit romain (conforme en tout à mes imprimés), tirage à 500 exemplaires, reviendrait au maximun à 45 francs. Tout tirage en plus ne coûterait que le papier et l'impression, savoir : 9 francs par rame et 5 francs de tirage^ total 14 francs. Ce serait donc 59 francs pour un mille. La brochure n'est pas comprise. On pourrait accorder quelques réductions, cela dépendrait des circonstances.

Mes très-humbles respects à M""® et W^^ Tissot; mes amitiés à Charles, et affection pour vous, mon cher et vénéré philosophe.

P.-J. Proudhon.

03 CKNMIISMNtANCB

Besançim, ^ septembre 18(2.

A M. BERGMÀIIN.

Mon cTïer Bergmann, je n'assisterai pas aux solennités du congrès. J'avais fait économie d'une petite somme pour me procurer ce plaisir; l'échéance d'une traite de commerce à disposé de mes ressources. Mais le défaut d'argent est le moindre de mes embarras; un atelier que je ne puis quitter un instant, des épreuves \ lire, du manuscrit à fournir, la rapidité du temps qui me surprend à Timproviste, ne me permettent pas de consacrer une huitaine aux plaisir et à l'amitié. Tu peux me plaindre, car je suis désolé de ce contretemps, mais non me hlâmer.

J'achève de mettre au net ma nouvelle publication. Tu y trouveras, placé sous la protection de ton nom, le morceau que je devais présenter à MM. les savants de Strasbourg : il est intitulé Métaphysique. Que ce mot ne t'inspire aucune déEance. Sous un nom qui jusqu'à ce moment n'exprime rien, j'ai donné la théorie de la loi universelle; en un mot, j'ai ajouté un 4« tome à cette

série : géomitHe^ arithmétique^ algèbre Ce n'est ni

plus ni moins qu'une science nouvelle, de laquelle j'attends une révolution radicale dans ce qu'on appelle la

"M P>l.'MRMtMK)N. $3

fKtosofMe^ comrto mes idées sur It praprUU conAxà&eiii à une réyolution radicale ea jurisprudenee. (Tm -sens que je me place ici, comme je le dois, en dehors de l'application médiate ou immédiate, pour laquelle je n'ai pas mission.)

Dans quelque temps, tu recevras copie de la dédicace que je veux te faire de ce chapitre. J'y conserverai le tutoiement qui existe entre nous ; à moins que tu ne penses que cela soit peu convenable. Tu m'en diras ta pensée.

Il y a une question de philologie proposée dans le prospectus du congrès dont la solution m'intéresse : Ponrgmi im nomplwiel neutre^ en greCy se construit avec nn verbe smifulier. AjpfvenàB^mciiono cela, je t'en supplie.

J^ai reçu, il y a déjà longtemps, une lettre d'Acker-

mann. J'ouUiaiS' que cette lettre m'est arrivée dans

la tienne. Il m'y^ parte efiteetivement de ses amours : la personne est ce qu'il à jamais vu de plus céleste; il sent pour elle un dévonement qui irait jusqu'au martyre. Il parait<p>é notre ami n^avaft connu jusque-là que cha-^ leur du tempérament. — J'ai appris par Magtiet qu'Ackermann commence à se trouver à l'aise; d'après le rapport de Haag, qui vient de faire aussi un riche mariage, Ackermwàu se ferait de 3 à 4,000 francs. Avec cela, je comprends que l'on soit amoureux, et que Tenvie tous presse d^ faire souche.

Je suis résolu d)e me défaire de mon imprimerie à tout pri:t; j*attends l^édièvement de mon livre et des kb^^urs commencés. .. ..

Il esf; encore une foi^ que«tfon de me procurer ici un petit emploi; cela d^nd du préfet ; j'ignore qu«l tour prendra cette affaire, ^ :.. >

Je t'embrasse de tout mon cœur, et te prie de m'en- Toyer quelque chose de ta façon.

Tout à loi,

P.-J. Proudhon.

OR P.^; fUMMOn. aoi

BeMMQonV 2fr déeettibre id43.

A M. BBRGMANN.

Moci cher Bffl^gmami» Timpression: de:fiioQ ou¥?ii^ ne ya pas vite; le trayait d'aleMer m'enlèTe à dunque iaataBt à ma rédaction. Toutelbis^ymcî à {>eu pttoles termes de là diédicacedont je t ai parlé» et que j0 meitrai^ au nel^ après tes i^bseryatiéns. i s t

Mon ouyrage se composa de air ekapitres c la JStfM- ^i09t,la PhilosopMe,VÉcommkpiMéîiimi]iSSÊMr!6^ 1m Foncions sociales.

Le titre général est : 2^^ to Production 4e Tordre dans Vhwmmté. ■■T:-'\ , :- M... /

Selon moit là reJi^iM eir ia j»Ufo^^.aWt dsGF étota particuliers et transifoltefrde la oonacîeliceretidi» H rair son qpx doirent s'jtanoaur dana?ii sckoie^ p^ca. ^ Toutefois, ma négation ne porte pas sur la réalUéolff'ecr iive de la t^i^^ et ieim jUaSàoêOfiàff^^ xtmif . sur; leur firmeiQfécuUstips. C'est^à^re qœj'admelslftlégilMté dès queràons qt^eBas sotttàye&l, iaciâaltté de Tobj^t qu'elles cherchent; mais que je repousse^^up^s^lm^dSi DogniatîqnMnent et sdèntifiqu^Biènt^ da;T^gion' :et> la phibisopiiias6sont:rii&.^^ ' i , ; t * i

J'eà^dspar »i^l«s?4yt^f» la iibéode iti^ couiisp. IL s

lois de la natare et de la pensée. Dans ce chapitre, je prétends faire ce que Eant a déclaré impossible ; savoir, de démontrer apodictiquement les questions morales, poUtJ^ès^ lUkwcqdûqQMv^ à la manière des mathématiciens, je yeux dire par la canitrueUan des concepts (expression kantiste) .

Il va sans dire qu'il ne s'agit pas de lignes, de chiffres, de mécanique, ni d'algèbre,, mais de quelque chose d'analogue. Du même coup jè donne de certains problèmes de métaphysique, tels que le critérium absolu de certitude, la réalité des corps, etc., des solutions absolument neuves, et qui montrent les choses sous un point d^ttf^ meiMittdu.^ C^aifc«rdh•pilv•, )a partie iinpMrtliiit#<de mo» écfity que )e ladtstmis ta psoleelicm» ^ VJfffSnêmkfoMiji^ étàmsàBpfti^^ de la lUonè ûtàimmSef liai xoilséqiMnit ûite miârneb àprkri; VBis* toire est Texposé des mêmes Ute^BMitréas ctans lia. aa^ tute même «t^dfAalft i»oiété^ d^aiprèaf kt.]0Î9:id)Mbi3s

. . . ■ « *« ÂnàL

« C'est à toi que j'offre cet écrit; c'est toi dwi leir ééi^ai^^etf l*)«gtém|lv m^iavaittiiceni autnefais que la phibëo^hle;^ iÉus> lai science, eat> Totiibio de la lasiRMi. jltppréHdê §fmitfmcUs9fmt diMda^4à> ekpisiiu fhUo^

• «f^ B6#rftiirt: ceci oviacadaiitiAre/m'aHk^il; j^ iloûé ai hi^r Jè' fie tegmtl^nip pa^^aiiildnid'lmi iilie jeuMi^ tséè^ k 4% «t4f&i3JsiBp4cnDhifiMM,ctl te longÉMiespé^

jïïotéêittm^6ë^^^- ^ " -: -. p .. .•: : .

- iè J*ai nié laiL roligiiB;! ji^M aiérla phaosophid^;; ipÊâ suis-je maintenant pour parler, aai i itaift dar kiwiaicef Il fait ^njeel^9MiÉ€bIeav«^|M(anirfaie^ les

lypittMlEe; teMexF fotiijii£K[iif i(» peus âétmîf», Ifi vmiék' riaux manqpMOl i mon iwnçJMinlJQtt 9#«r édîfiw..û« tout ce que le genre bwiam » déeDipiF^ri^ î» a/ai «itiBvu que les moindres parcelles; chaque ligne de cet écrit témoigaera de Tinsuffisance de son auteur.

a Toutefois, j'ose le dire« la médiocrité même du savoir me servant d'inspiration, des lambeaux ramassés pendant mes courtes études je me suis créé, par une sorte de désespoir, une science à moi seul. Puisses-tu, ami, honorer de ton estime ce fruit de mon indigence I Puisses-tu y recueillir quelqu'une de ces indications précieuses que la sagesse elle-même a souvent dues à un heureux instinct I Peut-être, d'ailleurs, en voyant ce qu'a fait dô si peu un aventurier de la science, d'autres, riches d'érudition et de loisir, nourris de fortes pensées, souriront à mon audace, suppléeront mes manquements, et, convertisêcmû ce setUier m rouk royale, (Kant), achèveront dignement une tâche laborieusement commencée.

« Tu es heureux, mon cher Bergmann; tu interroges en trente idiomes la raison humaine; tu suis, dans les formes merveilleuses du langage, les lois de la pensée; et pour toi la science de la parole n'a point de secrets. Tes nombreux amis te chérissent et t'honorent, et les joies pures de la famille mettent le comble à ta félicité. Savoir, aimer, quel destin pour un mortel 1 C'est le tien, mon cher Bergmann, ce sera un jour celui de tes frères. »

Je suis en marché pour vendre mon imprimerie; d'un autre côté, les personnages les plus influents de

xtotiè lille 8*oceapent de me jdaceir aux arehiTes de la préfeeture, et le préfet parait bien diqposé. Je ne sais ce qoi arrivera. Mon livre doit soulever encore bien des damenrs et jeter la rage dans les sacristies. Je te sonlûdte une bonne année.

Tout à toi.

P.-J. Proudhon.

m P«-J. PRQUDBON . 09

B6saaç<», 90 décembre 1843.

A M. BERGMANN i

Mon cher Bergmann, je fais compliment à ta paternité^ je fais des vœux au ciel pour que ton fils ressemble à son père; si j'avais l'honneur de connaître ta jeune femme, j'ajouterais : et à sa mère. Il faut que l'amitié soit un sentiment bien profond, ou que je sois peu sensible au bonheur de devenir père à mon tour, mais il me semble que je me retrouve dans les enfants de mes amis, parce que j'y retrouve mes amis euxmêmes. Cette génération suffit à mes dispositions conjugales.

Voici ce que tu manderas à Âckermann :

J'avais d'abord pensé que le port de ses livres coûterait plus qu'ils ne valent, et je ne songeais pas à les lui envoyer. Après avoir pris de nouvelles informations, il se trouvé que le port ne montera pas si haut que je le pensais. Peut-être ne dépassera-t-il pas 40 francs. Je m'occuperai donc de cet envoi, pourvu qu' Ackermann veuille bien m'indiquer les livres qu'il demande; car il serait inutile pour lui, je crois, de lui envoyer le tout. Il y à des classiques latins et grecs, des bouquins bons à envoyer à la cuisine; des vieilleries hébraïques;

le

toutes choses qu'il trouvera dans les bibliothèques de s Berlin. Puis, j'ai laissé chez Haag deux ou trois petites

caisses fermées et pleines de papiers, avec des bouquins encore dout Je .n'«ai pas yWu m'embarrasser à Besançon. Je n'ai guère ici que le Voltaire, avec une petite collection de classiques, français. Qu'il désigne donc ce qu'il veut avoir, et Je me mettrai en mesure. Si j'avais trouvé à les vendre^ J'aurais cru faire plaisir au propriétaire en les échangeant contre de l'argent; j'ai o£Fert plusieurs fois Voltaire pour 100 francs; on n'en a pas voulu.

Je t'ai parlé dans ma dernière de l'état de mes Maires; j'ai apjpiis Mer que Tarchevèque lui-même appuyait ma prés^itation au préiÎBt, en sorte que je ne peux fguère manquer de réussir, Touies ces circanstances feront qu'après la puUicaticm de mon livre ou me regardera comme un mionstre d'ingratitude, parce que J'aurai dit mon avis sur le sacré et le profana. Gep^Bidant je vais faire ma demande; une ifois placé, il me semble que ja x^esterai, parce qu'une destitution serait un scandale, et qu'on aimera mieux accueillir mes explications que de me persécuter encore. U faut que le gouvernement m'accepte; si cela arrive, «la oarrière peut devenir brillante. J'aurai l'avantage d'être tout à la fuis Je réformiste le plus avancé peut-être de répoque, et le proliégé du pouvoir. Â te dire vrai, mes amis de Besançon pensent que je me berce d'illusions. Peu^iètre n'ontrils pas tort Quoi qu'U en soit, il y aura du .nouveau dans ma vie avant Pftques* Je serai destitué pour mon livre, et xela fera de i'édajt ; si je ne le suis )paB, je suis pbis fort que n'importe qui en France* Nous avons «eu l'abbé Ravignan, un parleur, pendant ioutJejauiis de ^déiambre. Tuaaîs que Jes prédicateurs

courent la France et préparent pour la dynastie d'Or* léans la vigne du Seigneur. Tout le beau monde, les oisifis, les magistrats, ont suivi les sermons de cet abbé. Le peuple aaoi, y manquait. J'y ai été cinq ou six fois ; j'ai toujours trouvé un homme au-dessous de son rôle.

On nous promet pour le carême l'abbé Lacordaire; si notre archevêque s'avise de le faire venir» je ferai voir aux Bisontins yn spectacle nouveau. Je me propose de publier toutes les semaines, avec le compte rendu des sesmons, l^l^ «lili^iiie M^mmr^ ^ péremptoîre de tout le système chrétien, et Ton verra qui restera sur le carreau, du sermonaire ou du raisonneur. J'ai d'excellents matériaux piôts, et sans o£Eenser la religion ni la caste, j'espère faire des pamphlets délicieux. Je dérire de tout mon cœur, je 4e l'avoue, que ce plan puisse être mis à «ii5oatio&'; ma place ne m'arrftietidtpas.

Je «ms en marché poufr mon imprimerie^ J'rai tienâ quHte pour 4 ou 5,000 francs d'étrivitoes.

Je te salue de tout mon cœur. J'attends ta réponse à «ta dédicace ; puisqi» c'est un service que tu me rends, ta n -as pas besoin d'affranchir.

Dis à Ackermann de m^écrire; dis lui que Je mï'occupe de lui , que j'espère qu'il me trouvera im traduc-* ieur et un éditeur pour mon prochain ouvrage. Tout à td.

P.-J. Proudhon.

7» .omsmui^tvefk

IMS on 1844.

■ A M. ACKERMANN fZ^ 0omi9}tfMd0f9i^^ ^e^ fe^(9r a été déchiré,)

Le titre de ma dernière publication vous a mécon* tenté; you3 me connaissez trop bien pour supposer que Je devinsse jamais un Hegel, un Eant , un Newton peut-être, m métaphysique. J*espàre qu'à cet ^pard la lecture de mon livre vous remettra. Le sans-façon avec lequel je parle de moi-même et de mes devanciers ne vous semblera plus que l'expression de ce sentiment d'égalité qui est en moi, égalité à laquelle je crois de toute mon âme, et qui, selon mon opinion, doit a'ét^dre un jour jusqu'aux personnalités intellectuelles. Je crois volontiers que je ne serai jamais un Kant, ni un Leibnitz; trop de choses me manquent pour qela« non de la part de la nature, mais du côté de la fortune. Mais je vous avoue que depuis deux ou trois années l'étude m'a appris à considérer sans frayeur tous ces grands génies qu'à si juste titre le vulgaire admire, et que je trouve beaucoup plus près de nous qu'il ne nous semble. Suivant toujours la même psychologie, je suis venu à croire, sans en être enorgueilli le moins du

monde, que je pouvais (comme tout homme bien constituéy du reste) acquérir, par le travail et par une bonne méthode ou instrumentation, la même puissance intellectuelle que oes hoiaimes auxquels vous me comparez ironiquement; j'ajoute que la faiblesse d'esprit, Timbécillité, l'ignorance, Télroitesse de conception, étant des perturbations, des anomalies, que le progrès social doit faire disparaître, un jour viendra où l'immense majorité des humains, sans être identiques, seront équivalents de capacités, comme ils seront égaux par le salaire.

Toutes ces croyances peuvent être des billevesées; mais elles détruisent jusqu'au soupçon d'orgueil, jusqu'à la possibilité d'exorbitance d'amour-^propre.

Au surplus, lisez-moi si vous en avez le loisir; tâches^ de m'entendre; puis, au lieu de m'ftdministrer dés férules, j'espère que vous daignerez me faire de bonnes et solides objections.

Je vais à Paris où je compte passer au moins six semaines. Je ne négligerai rien pendant ce temps pour m'y procurer des moyens d'existence plus en harmonie avec mes vues réformistes ; j'espère être enfin accepté pcir le monde politique et littéraire. Je vous manderai ce qui arrivera de moi; et, puisqu'il faut parler sincèrement, je me flatte toujours que vous reviendrez à Paris, où vous êtes mieux placé qu'en Allemagne. Je m'occuperai même, si vous m'y autorisez, de arous préparer la voie, autant du. moins que mes propres relations me le permettront.

Donnez-moi bientôt de vos nouvelles, et, malgré tout, croyez que je conserve, à toute épreuve, un cœur chaud et un esprit sain.

Votre ami.

> P.-J. Proudhon.

U CliMïïiTHirHOiFnri

^^wPWi'^^l"> i«8^|J^Ww^W" iR^Pw^*

Page 1