A M. FLEURIT
Moa4)hâr anûy je profite de roccasicm de M°^® YiUar» pour TOUS ïépondve atù^vird'hui même. Dirons tout par ^dre et commençons par la fin.
Mon projet, :si bien cotnçupar Thonorable M.Bergier, d'entrer aux archives de la préfecture est À vai^rmu, «omme tous dites ; le résultat de toutes les soUicitatioKis, parmi desquelles celle de M. Mauricea été la plus considérable, «est un refus pérenqptoire du préfet. J*alsu oela 9)ar ;7oie indirecte, et comme, depuis plus de trois siemaines, MM. Micaud et ÎBergier ne m'ont reparlé de jôâAj'eniai conclu que le chagrin demadéconfitiu*^ était laxcause de leur silence , et qu'il fallait attribuer mon ônsuccès à mes (mtécédmts. Depuis, un adjoint de ia anupicipalité, M. Conyars, s'est avisé de me proposer h M. Micaud, le maire, comme secrétaire ou autre chose; M. le maire a répondu qu'il reconnaissait toute jna loapaoité, mais qu'il craignait que je ne fisse d'eux eomme des Académiciens, savoir des instrumexUs ou des niais.
Ce qui me fait plaisir en tout cela, c'est qu'il ^e vient à l'esprit did pe^ionne de supposer un seul instant que
wém'chersmi, Tepougaé ^par da pr^&oimxeu ff^onfigé piff k mnmcipalilé) peu lecommandabld auolffligéu soBpeot àJba:inagis&ratttre, ndouté par la iMmsgaoiaiQ, ^.nm Baoïtàifeireici. ilonimpBimarîB<60t vendue (j'ten auis pour 7,000 francs d'élrivièree, dont j'aurai ià piéleTar lea iittéiélB^ûbsaque année-eur mon Ira^rail) ; je julai pas oinqdMXQS.à gagner à Sesançon^ et toutes les «gwpattùeB^que j^inapirefsèiréduisent à cinq au^peraosmes* Au â^ mai. Je tous ^ambiasserai.
J'ai lu les deux «volumes i&VMistùkeàe LouiaBlanQ, et j^ensuis mécontent. L'auteur ;m!a prouiFé ce que je saivais'déjà» qu'une intrigue dynastique avait escamoté la iréyolution de Juillet à la bèliae républicaine; mais il m'a fait voir aussi, sans s'en douter, que les -viSpuhUoains d'aujourd'hui n'étaient pas plus avancés que ceux d'aloBS, pukque ces douze années de règne ne signifiaient pas autre chose pour eux^que douze années de duperies. Eh ! laissez donc là Louis-Bhilippey et Dupont, et Lafûtte, et Mûlé, et Thieis, et Guizoty et tous aes pantins '. regardez donc, si vous avez des yeux pour voir, d'un côté, cet immense '{M^a^Mr tracé sur les idées bonapartistes , légitimistes , théoGratiques,.nobiHaiies., militaires, grecques ou renouvelées des Grecs; et, tde Tautre, un droit nouveau S'élaborant insensiblement dans ^esprit du peuple et des savants, au milieu des petites jongleries et corruptions de tous les partis. Le làgne ide Louis^PhiUppe , comme préparation à ^im ordre mouveau, est J'un des plus remarquables de rhistoire; qu'importe que Louis-iPhilippe et ses ministiBS>nlen sachent ni le pourquoi ni le icomonent ?
Je tvais faîte venir la brodiuie de M* Ortolan ; j'ai un chapitre eà ^faire dont le >si^jet est ^précisément Je sien^ et
7f CXHMOSSMNIMklVCB
qaBlle que soil la eonclnsfoii du profesteur, cQe me servira indmbitâbliBment. J'ai entendu faire peu d'eetime de M. Ortolan ; cependant, j'ai tu de lui quelque eliose qui promettait ; n'auraitHll fait qu'une amplification, sur une spécialité de faits, d'une idée connue àYaut lui ? Cest ce qu'il faut sayoir .
J'ai remercié dans mon cœur Pierre Leroux de la bonne œuvre qu'il a faite en tympanisant M. Cousin; mais je lui sais mauvais gré d'avoir dit que M. Jouffroy était sceptique, ce qui» selon moi, n'est pas exaet. M. Jouffroy avouait que la philosophie n'avait résolu encore aucun des problèmes posés par la religion, mais il croyait qu'elle était destinée à les résoudre ; et il pen^ sait, en conséquence, que son rôle à lui, et celui de noire génération, était de préparer cette solution. Voilà le caractère du savant qui plonge dans l'avenir de la science et ne se permet aucune hypothèse prématurée 1 Mais il y a loin de là au scepticisme. Dire qu'on ne sait pas encore et dire qu'on ne saura jamais, diffèrent autaiit que la lumière des ténèbres (Bossuet).
Du reste, même après avoir lu les rectifications de Pierre Leroux, j-ai trouvé que les attaques de M. Jouffroy n'étaient que relatives, qu'elles portaient sur l'état présent de la philosophie beaucoup plus que sur l'incapacité de M. Cousin. Il a fallu dans celui-ci un orgueil bien sot, bien bouffi, pour ne pouvoir supporter Vin-* ventaire que Jotiffk'Oy faisait de Téclectisme, et n'oser braver les conséquences très-peu justes, selon moi, que la malignité pouvait en tirer contre lui. Peut-être û'ave^-vous pas lu le livre de Jouffroy, car, à coup sûr, les phrases retranchées perdraient beaucoup pour vous de leur vivacité et dé leur emertume. Ce qm est odieux et méprisable en M. Couidn, c'est sa conduite, son
<goIiùÉ6ei4MmoiipieH; mêië^èttmsLp aàr, la eritiqae de Jouffroy li'aTail m rinteatioa. ni le sens qu'^n a dEût sortir Pievre Leroux.
J'atoaire Totre honhomie > me doBUoidér mon opi* nion sur des choses où ce setait à vous de me formnier ma croyance. Je tous Tai déjà dit : je connsis asses impar&itement Thistoire de noire Révolution, etil m'est difficile de tous formuler, sans faire jnes réserres, une qnnion sur ce qui pourait être ou n'être pas, comme sur la Taleur et les intentions présumabks de oertains personnages.
CepMidant, tous m'interrogez si directement cjne Je m'en Tais tous répondre comme un écolier au catéchisme, et en tous laissant toute la responsatbilité de mes paroles. Peut-être, au lieu de. demander si les réformes opérées par la Révolution pouTaient s'acc<mi* plir sans Uanarchie et le despotisme républicain^ doTrait-on poser ainsi la question : Le mouTement de 89 commencé, l'anarchie ot le despQtisme|iouTaiQnt^ ils ne pas s'ensuiTre ? Quoi qu'il en scHt de cette dis* tinction, Toici, en tout cas, ma peusée :
Cette demande parait fondée sur cette maxime, uil peu à la façon d&Marat, que, pour obtenir le moins, il £iut demander le^plus. C'est aussi im aphorinne de la morale évangélique, que nous devons tendre à la perfècr tion, bien que nous soyons tovyours pécheurs dsTant Dieu. — Je n'aime pas» je l'aTOue, les maximes générales. Ici, par exemple, l'aphorisme maratiste est démenti par cet autre que, ime fois un principe admis, t6t.ou tard il développera ses conséquences. £h bleu I la nation Toulait inTinciblamènt, et k tout le moins, oe que fwda la Constituante, sauf correction et progrès ultérieur ; or^ ce qu'étaUit la Constituante, o'çst« en résuma» le
{HOÉiape le. Ik amimiiuMlé iB|iiéifHinliweiy Ifégtiiltf idhiraiit kr toi, la iibwté dff eanscinBB' efc edife db ii presse. Qui oserait dire qae ces pcioeii^ nfonatentpa fwegdittpg leutt » l é wa J ialg sana Ja ealaaizoplie dsi 2Ëi jan- TOTv dôrM mai, ato., etD«9
. MaîBtBUwt, poairquai.la nation, mt pntrdle aei tenir anxiaBlâtiilioti»deS9v èl comment expliquar las éfér tiamiwteîqmswirant? Caat, à mon a^^ que dès. S9^ Étesi mémo tempar qtie sfafftandnasait la-' lumi^gamaîa^ aaifaaaitJa yMàfen dtt piol^atriat, cpsLdation qaipoaa> yait être résolue comme conséquence de k^ réfinai^ de 8S^, tams qpae lia peuple, ameutéxMnr qudquea démagogues^ Bliabitaa à^conaidérer comme la damiar taaenB Cune sikîe qui n'était péiDit achevée, aa^r : iBot^ Clier§éyNMt9»r Mimrgmlisie^ Bwfie. Ot, en yajrant lia TésartaneedeiBeflly et de LafaTatte, de Mirabeaii. ltâ<»> mdme,^ etphiatard des Ginmdhis, lapaaple a'entèla. à aéfiBfevaaa intérêts da ceoK de la bourgeoisia ; plua S nmtomlraâ^obalacfes, pluasea eka&crièpantàlaconlr»> Téfohitîon, plus k^violaiieas^accrutda e6té da mov^n^ ment, tant qu'à :laL fin la nutHstnde l'emporta aor ka faHniàraa ai le ^to^« fao du parti conaerratènr. Mais, eoBcii3ieresq)ériiuice manqpiait aux tribuns, comme ca Bi'eat pas avec des discours et .des septimanis qu^on organisa une soeiéié, la République ne put vivre ; las inatltiitiaiia bourgaoiaea^demauTèient,. les tendaaBces^dia pvdétariat aboulîrrat au^ néant,, ai tout foi, tout cat ancaraà tacommaneav.
D'après cela , Je puis foimular humi opinîan av SoAaapierFB. MeUlnit à patt lea^ qvalittfs- iHooMa at manvaûMs da aei beoima, aa médîaaiMy aa pbéli»rtque,^ta., > csnÂa ifue, oaumaxia» DantotL et aaiteay il n^ avait an^ lui que daa aspuratianS' et des ieniiaiieflis
mais point d'idâes originales, point de doctrines formulées. Robespierre, s'il eût été tout-puissant, nous aurait fait vivre comme les Pythagoriciens ou comme des èitojq»! dé la^: lépiiblique de Platon; c'est-à-dire que sa volonté eût tout fait comme dans les établissements d*Owen, mais que rien n'eût pu subsister en vertu d'une énergie propre et selon des lois absolues. Robespierre voulait ^se la pèse abbé, prieur et sacrificateur du couvent Français ; H aimait les processions et les parades ; la République eût été fortunée et la prospérité toujours croissante chaque fois que, poudré, ennÂané, il aurait fait au Champ-de-Mars une invo-
- Tbâib mm, clMi aiii, Ismtt «iqidcBM irôfti yoiùÈ ii WkGùïeût^ sur vôtre qaeêtbki f^ eal&n'esi pas fort ésnaUt ni profond ** pour cela mÈmsi, cala pouàrra&i èt^e ttaî;; • !
Il me'iai^MtMt 'fu!^ tous da-vVOusTraioindia^;. .^ imis fatigtiéj ekdldé. J^»U^rn à Paiis ivee deSfJMAév riaux toujoùfs irato.»' Je «tds^déokléià. tîvrr da^ttia taié^er dlmprlsnràt et du proâi:irt dè« quélqtieai fittblièaifèns) sans i4eà! séQicit^ davanti^f xda. me.senU» j^trtôfc fait et plus honorable.
- ^ Je voui^ ëmbf asto^deMtovt cofimr ist vous piîe de ps64 Wntermersahitationsànosàmis. • \r ^
eoMiMKMMaia»
B€i«iç^ i féffter iai3.
A. M. BERGMANN
Mon cher Bergmaxm. je i'écnft«9jausd'bui iHizis mo^ IS dilutUité pressant, iiiaispiur. te faijre eopnattre où i%a 4Buis. J'ai t ^tfendu mon étubUsaeBaueAt, ei me ¥oîlè libre. Iloui est réglée arrangé ; :jo ^Ita a^ 1^'. mara prqcliaia; js« rembousse une parjUo 4e n^es 4e4tes, et je rès4»evac 7,0ft0riranû8idQ défteiÛ (iteftt j'^i i ft^vw tes intérêts (^0 francs) sur mon tra?ail à y^r. - L'aftîre de lapréfeoture n'apts féu^ ; l^ptéfet n'a consenti à m'accoorder. rien;. j*ea igpoiore les véritablef motifs. Comme mes amis. et reco{ttlB9I^de^rs gardent tons nh sSience profond sur la d^conûture de leurs espérances à mon égard, je prâsuQie qi^ les causes d^ ma répulsion viennent de mon passé et du peu d*espoir qu'on a de voir cbanger mes sentiments. Ce qui me Gonfirmedans cette opinion, c'est que, un adjoint de notre mumioipatité ayant proposé au maire de s'emparer de moi, celui-ci, après être convenu de tout ce dont j'étais, capable, surtout daas ks i^rmax de mairie, répcmdit qu'il craignait que |o ne fisse dîeux comme de& acadé* miciensy dès nidff ou des ftt«iniwir»^.
Ainsi, mon cher, tes excellents conseils ne peuvenl
en ce moment recevoir d'application; repoussé de la préfecture et de la mairie, suspect au parquet» hostile au clergé, redouté de la bourgeoisie, sans profession, sans avoir et sans crédit, voilà où je suis arrivé à trentequatre ans. Je n'ai plus rien à faire à Besançon; j'ai dans mon métier de compositeur une ressource honnête et avouée; le bec de ma plume me fournira un petit supplément; avec cela, je vais attendre les événements, et je renonce au rôle de solliciteur.
Mon livre paraîtra en avril; j'ai revu et corrigé la dédicace que je t'ai adressée; j'y ai inséré une phrase, au sujet de la religion, pour que l'on ne te mit pas en communauté d'opinions avec moi sur une matière aussi dangereuse. Tu me comprendras fort bien, toi; mais les sots, les envieux et les cafards ne cherchent que plaies et bosses, et ils sont en majorité. J'ai cru devoir prendre cette précaution, qui, sans rien préjuger de tes sentiments, t'enlève toute complicité et par conséquent tonte responsabilité. Voici, au surplus, cette phrase :
< J'ai donc répudié la philosophie ; mais que diras-tu, « ami, en apprenant que du même coup j'ai nié aussi la € religion? Toi dont l'âme aimante et pure, dont l'esprit « toujours élevé à Dieu, convertit en un culte sublime € tout sentiment, toute action, toute pensée, ne crainte dras-tu pas pour la société les suites de cette néga« « tion effrayante, etc. »
Tu vois qu'un évoque pourrait accepter cette dédicace.
Je compte être à Paris après PAques, et présider molmtafte au débit de mon livre. Un libraire m'offre d4(]à d'en prendre cinq cests à 3 francs. Je désire quil eu prenne ttiillle.
coansp. II. 8
Adieu, mon cher Bergmann; mon livre sera la première nouvelle que tu recevras de moi, et Je te ferai part de mes démarches ultérieures.
Tout à toi.
P.-J. Proudhon.
BMançon, li avril 1843.
A M, ACKERMANN FRÈRE
Monsieur, J'ai eu l'honneur de rfyondre ou de fiaire répondre une fois déjà à M. Paul Ackermann, Yotre frère et mon amii que la cassette et les papiers qu'il réclame, étaientdemeurés à Paris, chez M. Eugène Haag, rue de Savoie, n^ 1, et que je n'avais à Besançon, de tous les efiFets qu'il m'avait confiés à son départ, qu'un Voltaire, édition Beuchot, et im certain nombre d'ouvrages de littérature et de philologie, de divers formats.
Je regrette beaucoup. Monsieur, de n'avoir pu causer avec vous à votre passage à Besançon. Votre frère est un des hommes que j'aime et que j'estime le plus, et qui méritent de Tètre» Je regarde son absence comme une véritable perte pour moi; mais je m'en consolerai si j'apprends qu'il obtient en Prusse les succès et la considération qu'il mérite. Son grand défaut, tant que je l'ai connu, a été d'avoir trop de vertu pour son siècle; j'espère, non qu'il s'en sera corrigé, mais i{ue du moins il aura appris à s'en servir. Nous avons quelquefois parlé de vous; il vous jugeait supérieur à lui sous le plus grand nombre de rapports; jugez. Monsieur, s'il m'a donné l'envie de vous connaître.
Ayez la bonté, Je vous prie, de lui dire que ses dernières lettres m'ont vivement intéressé; que ses Anto^ nymes m'ont paru quelque chose de fort ingénieux, mais que j'aurais voulu, au lieu d'une si grande multiplication d'exemples, quelque chose de théoriq[ue et de savant sur la synonymie et l'antonymie des langues. Il y a là, ce me semble, plus d'une curiosité métaphysique à déterrer. Quant à ce qui me regarde, si votre mémoire n'est point surchargée déjà de tous ces détails, je vous supplierais de lui apprendre que j'ai vendu mon ateher d'imprimerie à 25 p. 100 de perte, et (pie je me trouve aujourd'hui chargé de 7,500 francs cLe dettes ; — que je partirai fin avril pour Lyon, où je dois occuper un emploi dans une maison de commerce et de transport de houilles par le canal du Rh6ne au Rhin, et que j'achève, entre temps, un grand diable de livre sur l'organisation politique, que je compte avoir le plaisir de lui faire parvenir dans quelques semaines.
M. Bergmann, de Strasbourg, que vous verrez peutêtre en passant, et l'im des correspondants de M. votre frère, avait été chargé par moi de lui transmettre ma réponse à la dernière demande qu'il m'avait faite de ses livres; savoir, ainsi que je vous Tai dit plus haut, que je n'étais plus dépositaire de ses papiers ; et 2<> que tous les livres que j'avais ne me semblaient pas mériter les frais de transport; qu'en conséquence il voulût bien me dire lesquels il désirait. J'espérais à cette occasion que M. votre frère m'écrirait; je l'attends encore.
Agréez, Monsieur, l'assurance de toute ma considération.
P.-J. PaoupHON,
DE P^. PROUDHOff . ÎBi
Lyon, 25 mai 1843.
A M. ET M»»« PROUDHON
Mes chers parents, ma chère mère, j*ai appris hier par W^^ Bretet, que vous étiez allés demander de mes nouvelles : vous auriez bien pu remettre en même temps un billet, qui m'aurait appris si mon frère est marié ou non. J'attends de le savoir pour écrire à sa femme. Où en ètes-vous enfin? Je ne fais pas grand'chose, bien que je trotte tout le Jour et que je n'aie pas un moment ; j'ai plus d'appétit que jamais, et j'ai lieu de croire que, si je puis me tenir avec MM. Gauthier, je m'en trouverai bien. Je n'ai qu'un chagrin : c'est [que je ne pense pas plus qu'une marmotte, ce qui n'est guère dans mes habitudes.
J'enverrai lundi prochain, à M. Huguenet, de l'argent pour acquitter un effet de 162 fr. 40 cent, qui sera présentée l'imprimerie ; plus une quarantaine de francs qu'il remettra à M. Gandon.
Dites à celui-ci que depuis trois jours j'ai dû laisser de côté mon ouvrage, pour écrire un grand Mémoire au conseil d'État sur le Canal. Mais je vais me remettre à l'œuvre.
86 OOUliSPONMIiGE
Quand vous aurez quelque chose à me mander, préparez votre lettre, et remettez là à W^^ Bretet ou à M. Gauthier, qui nous écrivent souvent. Bonjour à M«« Rodier.
P.-J. Proudhon.
K P.-J. naomM. n
Lyon, 31 mai 1843.
A M. ET M«»« PROUDHON
Ma chère mère, M. Gandon m'apprend que mon frère a dû se marier le 30, et qa'il sera à Besançon Biec sa femme le 31, aujourd'hui môme. Vous me ferez part, im peu plus tard, de tout ce que vous savez de nouTeau. J'ai envoyé deux fois déjà de la copie à M. Gandon, et dans le billet qu'U m'écrit il ne me dit pas s'il l'a reçue. Il m'importe d'en être assuré. Allez donc lui dire, s'il vous plait, de m'envoyer les feuilles 20 et 21 dont J'ai besoin pour faire mon manuscrit : je connaîtrai à ce signe qu'il a reçu ma copie.
S'il n'a rien reçu, qu'il me l'écrive ou qu'il marque d'une croix l'enveldppe.
On doit se présenter aujourd'hui même à l'imprimerie pour mdl billet do 162 fr. 40 c. dont M. Gauthier fera les fonds. Informez-vous près de M. Huguenet si ce billet a été soldé.
Demain, J'enverrai encore du manuscrit à M. Gandon.
Je vous embrasse, ma chère mère, et souhaite que vous ayez été contente du mariage de nos Jeunes gens.
Pour moi, je serai triste jusqu'à ce que mon bouquin ait vu le Jour. En attendant je me porte bien.
P.-J. Proudhon.
Lyon, 4 août 1843.
 M. MAURICE
Mon cher Maurice, en arrivant à Lyon, j'ai cherché à placer tout ou partie de notre édition de Bergier. M. Guyet, ancien voyageur de la maison Gauthier, actuellement libraire place Bellecour, m'avait fait espérer qu'il ferait ce marché. J'ai eu la maladresse de dire qu'il y aurait bien 2,500 exemplaires : ce nombre les a effrayés, et je crois que si Je n'avais parlé que de 1,000 à 1,200 ils se seraient décidés. Toutefois, nous avons conclu à un essai. J*ai fait venir, par le canal de MM. Turbergue, 50 exemplaires de cet ouvrage, et, selon que MM. Guyet et Gérard verraient le public y mordre, ils traiteront avec nous. Je ne les ai pas revus depuis.
Je suis absolument sans nouvelles de mon livre; je l'ai fait si épais, si assommant, si indigeste, que peu de gens auront le courage d'aller jusqu'au bout, et que pour le bien entendre il faudra le lire lentement et deux fois. Ceux qui pourront faire ce sacrifice, il est vrai, ne s'en repentiront pas. Ils auront appris plus de choses qu on n'en a produit (de nouvelles] depuis soixante
DE P.-l. raOUDHON. S9
ans. Yoilà, en attendant le jugement des critiques, ce que j'ose penser moi-même de ma publication.
Si , vos dames apercevaient certains paragraphes de mon ouvrage dans lesquels il est question de la disparition de tous les cultes, dites-leur, je vous prie, qu'il n'est question là-dedans que de spéculations métaphysiques, étrangères aux habitudes du beau sexe; que, bien loin de détruire ce que la religion inspire de sentiments honnêtes, élevés, mystérieux, d'espérances sublimes, il ne s'agit que de donner à ces sentiments et à ces espérances une base scientifique, positive, qui les transforme, les épure et les enlève au domaine des théologiens. Voilà tout ce que je puis dire de plus simple et de plus clair sur ce chapitre, qui ne peut cette fois manquer de me faire passer tout à fait pour l'Antéchrist. Mais vos dames sont formées, dès longtemps, à la tolérance et à la charité ; elles savent qu'un athée même, s'il était parfaitement honnête homme, ne serait pas pour cela repoussé; elles se sont fait une religion agissante, plutôt qu'une foi spéculative. C'est à ces habitudes de cœur et d'esprit que je prendrai la liberté de les lappeler, si jamais elles sont tentées dé blâmer mon dessein et mes opinions.
J'ai fait un bout de factum sur la question des droits de navigation que je vous envoie. M^^®» Bretet et Gauthier, qui étaient chargées de le répandre à Besançon, ayant cru y voir quelque chose de blessant pour les banquiers en général, ont supprimé cette publication , et cela a été cause que ni vous ni bien d'autres n'en avez eu connaissance. Mais la brochure a couru à Lyon, Châlons , Saint- Etienne , Mulhouse, Dijon,. Paris, etc. ; le National s'en est servi pour un article; bref, c'est moi qui ai fait courir le bruit à la Chambre