‹ Correspondance de P.-J. Proudhon (volume 5)Chapitre 2 sur 28 · LIBRAIRIE INTERNATIONALE A. LACROIX ET C, ÉDITEURS · texte numérisé non relu

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Tout Jn^ <I* IndiKIi» <l d* npnd«lk>n rtienli

Gomment, Samyon a quitté Vesoull II se fixe à Paris ! Est-ce qu'il compte déjà trente ans de services ? Je crois, en eflfet, me rappeler que c'est en 1829 qu'il a subi ses examens de baccalauréat et qu'il est entré au

collège de Yesoul. Il me semble que c'était bierl

Hélas ! j'avais vingt ans alors, et j'en ai cinquante I...

P***, souscripteur pour cent actions de 1 ,000 francs ! ïl n'a pas 100,000 sous liquides. Le pauvre malheureux a • laissé passer toutes les bonnes occasions et il se raccroche à l'assurance rurale. Puisse-t-il n'y pas trouver la ruine et la honte, comme tant d'autres les ont trouvées dans des commandites bien autrement appétissantes 1

Vous voyez bien que l'Empire n'aura bientôt plus rien à concéder, rien à donner, qu'il est à bout de subvention et qu'il faut qu'il fasse la guerre 1 Pauvre empereur! si du moins il savait tout ce qu'il fait, s'il se' comprenait lui-même, il lui resterait du moins la gloire d'avoir été un tyran de génie. Mais, abstraction faite de sa conscience que je ne juge pas, c'est bien, pour l'intelligence, la bête au bon Dieu.

Ma femme a si bien oublié déjà ses griefs, et elle est si peu ingrate, qu'à la lecture du dernier paragraphe de votre lettre elle s'est écriée : Pauvre M. Gouvernet I Que ne siiis-je là, je lui trouverais une chambre I...

Quant à moi, j'ai la tète bien grosse, ma cervelle me semble plus forte, j'ai le pas plus assuré, la moelle plus ferme; mais ce sont des congestions qui me tourmentent. Je n'ai réellement besoin que de repos; donnez-moi trois mois de calme après ma prochaine publication, et je suis guéri.

Dans huit jours, la presse belge annoncera, en guise de réplique à la Cour impériale, la brochure suivante :

OB P.-J. PROUDHOlf 7

Gomment les affaires vont en France, et pourquoi NOUS AURONS LA GUERRE?

Que dites-vous de ce titre? Il me semble de nature à piquer la curiosité. N'en dites encore rien. Je n*en parle ni à Tami Ghaùdey, ni à personne. Si les Anglais, les Autrichiens, ne me reconnaissent que pour \m utopiste, la démocratie elle aussi ne veut rien de moi ; il est écrit que je serai une prophètesse Cassandre.

Toutefois, ma brochure paraîtra en allemand prèsqu'aussitôt qu'en français, et je vais écrire à Londres pour avoir un traducteur.

Je vous serre la main.

P.-J. Proudhon.

a tXffitESPONBANGB

Bmxellet» 37 JfniTi«r IfifO.

A M. CHARLES BESLâY

Mon cher ami, votre dernière est du 15 janvier. En même temps que vous m'écriviez, je vous écrivais de mon côté : nos deux lettres se sont croisées en route. J'attendais en conséquence réponse de vous, surtout hier, et ce matin, pensant que vous auriez à me parler de Taudience du 25 ; je ne vois rien venir.

Ma lettre contenait un pli pour Duchêne, lequel en contenait un autre pour le Champenois, Je n'ai avis de rien. Chaudey, qui m'a écrit, ne me parle pas de vous, Gouvernet pas davantage. N'auriez-vous donc pas reçu ma lettre; elle était adressée rue Saint-Sébastien, 53, à M. Charles Beslay.

Je suis sous presse ; dans huit jours mon opuscule sera tiré. Ce sera intéressant, et si les Anglais, les Allemands^, les Autrichiens, les Belges, ont de l'intelligence, cela fera son trou. A Paris, on en eût vendu cinquante mille. Mais il n'y faut pas songer. L'Empire ne peut plus se défendre que par le silence et les ténèbres. Après ma brochure, il en viendrait d'autres où

Ton ferait remonter à l*eiiiper0ur la vesponsaiittiié de tous les vols qui se commettent; il n'y aurait pas moyen d'y tenir.

Décidément, je dois considérer le public fnraça» comme perdu pour moi. On a permis à V. Hugo, après Napoléon le Petite de vendre en France ses Contemplations ; on ne laissera pas passer de moi-même un abrégé d'Histoire ancienne. Rien, rien ! Que de gens doivent se féliciter de me voir parti I Voilà Micbelet qui s*est mis à venger VAmour de mes rudesses, puis M. Louis Jourdan, puis M"»® Juliette la Messine, puis M. Pelletan ; de tous côtés on jette la pierre au brutal qui a injurié la Femme et VAmour. Grand bien leur fasse, n est trop tard pour moi d'apprendre l'anglais ou l'allemand ; mais assez de gens hors de France lisent le français, et quand il ne me resterait pas la ressource da travailler pour l'avenir, je pourrais encore faire d'assez utiles publications. Je ne renonce pas môme à rentrer dans le journalisme. Peut-ôtre en entendrez-vous bientôt parler.

Si vous voyez Duchône, dites-lui que j'ai reçu sa dernière, que l'envoi dirigé sur Enghien a été contremandé et réexpédié sur Montmorency, à l'adresse de M. T**'^; qu'aujourd'hui j'écris à V***, à Londres, pour la publication en anglais de la brochure sur les chemins de fer.

Mais j'espère peu de l'appui des Anglais et du zèle des Belges. Le socialisme est odieux partout, la raison venant de nous n'est pas une raison ; nos révélations, nos plaintes, nos idées, tout est non avenu. C'est quelque chose d'incroyable.

Si je me trouvais en fonds, j'irai moi-môme voir si on ne peut pas organiser le passage des imprimés. Mais

10 OORUESPOraïAMGE

je ne puis bouger. Je suis de nouTeau à rattache et forcé d'économiser sur tous les instants.

Bonjour et écrivez-moi, car à mon tour je deviens inquiet.

Tout vôtre.

P.-J. Proudhon.

DE P.*i. PHOUMON. i I

Bruxelles, 6 férrier 1859.

A M. CHARLES BESLAY

Mon cher ami, reçu vos deux lettres du 29 et du 3.

Je suid heureux d*abord des détails que vous voulez bien me donner sur vos affaires. J*ai grande confiance en votre activité et votre prudence, mais les temps sont mauvais, les hommes perfides; vous n'êtes plus assez jeune pour affronter certains risques, et vos soixante ans si verts pourraient se flétrir tout à coup sous un sinistre imprévu.

Merci, en second lieu, des détails que vous me four* nissez sur tout ce qui m'intéresse, et notamment de Tabbé Maret. Parlez donc un peu, à Toccasion de cet olibrius, à Massol, à Langlois, à Duchène, à tous ceux qui peuvent perdre une demi-journée pour venir Tentendre. J'aimerais à recevoir, tantôt de l'un, tantôt de Tautre, quelque rapport sur ses leçons.

Ma brochure, je vous l'ai dit, est sous presse : deux cents pages, pas plus, pas moins, grand in-18. J*ai ici deux censeurs officieux qui me tamisent, en vue de la loi belge qui punit l'insulte au gouvernement. Déjà il m'a fallu refaire plusieurs pages; vous voyez ce que c'est que la liberté en Belgique. — Mais nous arrive-

12 OMMSPONDANGE

roiis à nos fins, et plus on me serre, plus j'ai de ressort. Je traite à fond la question de la guerre, ma brochure arrivant huit jours après celle de La Guéronnière servira de réponse.

J'ai pris sur moi d'exprimer l'opinion de la République en cette circonstance et de dire la pensée de la Révolution. II ne fallait pas s'attendre à mettre d'accord dix ou douze réfugiés pour faire une pareille déclaration. Eussent-ils été d'accord sur le fond, ils n'eussent pas consenti à la publication. Ils ne savent pas, disentils, jusqu'à quel point, en se prononçant contre Bonaparte, ils engageaient la politique du parti!... Ils veulent bien qu'on combatte l'Empire, mais ils font tonte réserve -sur la question de natiowcMiés. — Moi, je prouve que cette prétendue question de nationalités, telle qu'ils l'entendent, est un feux principe, une fausse donnée^ un anachronisme, que je nie et mets en pièces. Vous en jugerez, du reste.

Aussitôt que j'aurai des feuilles, je mettrai deux exemplaires en un seul paquet, chargé, avec les cinq oachetsd'ordonnance; je vous les adresserai affranchis, et dès que vous les aurez reçus, vous m'en informei^ez courrier par courrier.

L'un des deux exemplaires sera pour vous, l'autre pour Duchéne.

Si qxLeiqu'un ensuite désire en avoir, voici œ que vous ferez : vous prierez la pearsonne de vous remeUare 2 franca, avec son adresse ; vous garderez l'argent et m'enverrez l'adresse, ^ je ferai pour le demandem* comme ja vais faire pour vous, c'est-à-dire que j'expé-^ dieral sous envelopipe cacfaeiée et cbarfféô\ seuleno^nt la personne paèera le port.

Cela pourca refenir à 6 ou 7 francs l'exemplaife.

Dans le cas &\i je devrais a&aochir (pomr raison d'ordre ou d'économie) , irous vous feriez payer le port el le prix. Nous coatiniaerons ainsi jusqu'à ee que bous soyons découverts, ce qui implique encoce qu'à diaque arrivage voas devrez foire connaître le résultat. C'est en prévision de la saisie que jie voudrais laisser le port à la charge du destinataire.

J'ai écrit à V***; le malheureux, après quatre mois de maladie, s'est trouvé ruiné ; il s'est refait ouvrier. Cependant, il a fait diéjà quelques démarches ; je lui adresserai des épreuves. S'il y a possibilité d'obtenir une traduction, on la fera; dans le cas contraire, on enverra des exemplaires de l'édition originale.

On souhaite fort ici que je prenne la parole sur cette question de la guerre; on sent combien, avec nos traditions chauviniques, nos scrupules patriotiques, etc., la chose est difficile. Mais, sur le terrain du droit révolutionnaire et des principes économiques où je me place, toute difficulté s'évanouit, et j'espère qu'après avoir reconnu que mes raisons sont sans réplique, vous ne regretterez pas que j'aie rien sacrifié du sentiment français.

Nous avons ici des nouvelles du mariage de Son Altesse Impériale. Le malheureux prince ne parait pas avoir gagné en popularité ; les ouvriers et les soldats (je parle de la France) font à ce sujet les plus bêtes calembours : on l'appelle, lui, la muMarde [l'amant sarde), et son épouse, la fleur des poissardes [flev/r des pois sardes)^ en sorte que M. la Mansarde aurait épousé la Fleur des poissardes!... C'est la correspondance secrète du journal le Nord^ journal bonapartiste, qui raconte cela. J'en ai eu connaissance par R***. On ajoute que l'accueil fait aux époux par la population parisieune,

14 GOURëSPONDANGE

Tarmée et les Tuileries, a été glacial. — De la part des Tuileries, cela ne me surprend pas : la princesse Glotilde est fiUe légitime de roi, tandis qu'Eugénie appartient à une autre catégorie. L'empereur se fait vieux et ne gouverne plus, c'est le cousin qui mène ; tout cela, TOUS comprenez, doit donner fort à réfléchir à Leurs Majestés Impériales.

Je vous suis bien obligé de la complaisance que vous avez eue pour Duchône. Puisque vous n'avez pas cru devoir lancer la traite que j'attendais, il va arriver que je me trouverai désargenté de ces 1 00 francs, et que vous ne pourrez tirer sur moi qu'après m'avoir prévenu au moins une quinzaine à l'avance.

Je vous serre la main.

P.-J. Proudhon.

P.'-S. Ma protestation au président de la Cour d'appel a paru jeudi dernier dans Y Étoile belge. L'effet a été assez bon. Il y avait une petite lettre au rédacteur ussez significative.

l)K P>J. PROtJDHOlf. 15

Bruxelles, 6 février 1850.

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