A M. JOSEPH FERRARI
MoQ cher Ferrari, j'ai bien reçu dans le temps vos deux lettres sans date, et que j'ai oublié à mon tour de coter, ce qui prouve qu'économiste et historien nous sommes aussi oublieux du temps l'un que l'autre.
Que me dites-vous de vos correspondances italiennes et de mes citations? Moi! j'aurais contribué à vous faire connaître en me plaçant sous l'autorité de votre parole! Quelle bonne plaisanterie!... C'est moi qui vous dois des remerciements, cher ami, pour m'avoir fourni la plus belle citation de mon Mémovre. Que disje ? Je vous dois des excuses pour vous avoir rendu, autant qu'il était en moi, complice du délit qui m'a valu trois ans de prison.
Mais je vais faire bien pis : je vais vous citer encore et me prévaloir de vos enseignements dans une brochure actuellement sous presse, qui paraîtra dans huit ou dix jours, et dans laquelle je combats à outrance le projet impérialiste d'une guerre contre l'Autriche à propos ou sous prétexte de l'Italie.
Quelle sera cette fois votre opinion, mon cher Ferrari ?
16 GMUSPONUANUi:
Je tremble de conlrisler, bien malgré moi, votre cœur patriote; mais vous sentez bien que ce qui m'a fait agir n'est point un manque de sympathie pour votre nation; vous comprenez que je suis patriote, moi aussi, et que s'il vous est naturel de désirer, à tout prix, Texpulsion des Autrichiens, il peut bien m'ôtre permis, à moi Français républicain et exilé, de ne voir dans celle prétendue campagne d'affranchissement qu'une intrigue dynastique et contre-révolutionnaire, donl l'unique résultat, selon moi, sera, après avoir fait changer l'Italie de patrons, d'appliquer une double cuirasse sur le cœur et le génie de la France.
En quelques ligoes vous avez ma thèse ; je vous fais grâce, quant à présent, des motifs, considérants, arguments, pièces, etc., à l'appui. Vous verrez cela» je Teapèrc.
Ainsi, uon-seulemcut je voua afilige comme citoyen de l'Italie, mais, je vous comproinels comme écrivain Jibéral ; que voulez-vous ?
La division entre nous n'est pas dans le but à atteindre ni dans les principes, elle est toute dans l'opportunité et le moyeu. C'est une consolation. Mais à aucun prix je no peux laisser passer cette atroce mysti- ^cation de ï indépendance italienne par une armée botiapartisie) et je me sens parfois de la colère contre ceux de vos compatriotes qui, obéissant à leur impatience j;dus qu'à la raison, peu soucieux de la liberté et du droit des gens pourvu qu'on serve leur fantaisie, demandent a grand cri la descente des Français, dût-il en coûter à la France dix ans de prolongation de cet ignoble régime.
Voilà^ mon cher Ferrari, les idées qui en ce moment me travaillent. J'espère que la réplique à la brochure
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de mons La Guéronnière sera rude; elle n^entrera pas en France, mais elle n'en produira pas moins son effet, je vous en réponds.
Au reste, je vous cite avec discrétion : une fois, à propos d'autre chose que la guerre, une autre fois sans vous nommer; je ne veux pas que vos compatriotes vous accusent de trahison, ni que vous m'accusiez de manquer à Tamitié. En remplissant ce que je considère pour moi comme un devoir civique, j'ai fait de mon mieux pour vous dégager du débat.
Que vous dirais-je à présent ?
Je lis depuis quelques jours les numéros parus d'une Revue nouvelle, le Magasin de la Librairie, par MM. Gérusez, Saint-Marc Girardin, Em. Saisset, etc.; la Sorbonne, Université toute pure. C'est bien faible, c'est somnambulique. Ces messieurs, on le voit de reste, continuent le sauvetage de la rue de Poitiers, combattant pour les saines doctrines, la Religion, la Providence, l'Évangile, la royauté constitutionnelle et la bourgeoisie exploitante, contre les athées, panthéistes, fatalistes, rationalistes, socialistes, révolutionnaires, in omni gendre, numéro et casu.
Cela fait pendant à l'avalanche des rapsodies sur l'Arnour et la Femme^ en opposition aux tentatives féroces de cet homme qui, après avoir dit : Dieu c'est le mal, la propriété c'est le vol, le n^eilleur des gouvernements c'est l'anarchie, s'avisa de soutenir que la grandeur de la femme était dans la beauté, et sa liberté dans Tobéissance. Concluons : la femme dans la famille est 49 ®/o, près de moitié; dans la cité, rien. — Les suppôts de sacristie sont d'accord pour fonder sur d'autres bases la société expirante et la préserver du despotisme. Quels héroïques soutiens !...