‹ Correspondance de P.-J. Proudhon (volume 5)Chapitre 28 sur 28 · A M. DUPAS · texte numérisé non relu

A M. DUPAS

Mon cher Dupas, la nation est en train de mourir de ce qu'on appelle la politique. Elle va ailleurs,...

L'Empire, seul, à moitié usé, ayant besoin de se rafraîchir le sang, avait besoin de prendre un bain électoral.

Il appartenait à notre vieille démocratie, rouge et modérée, de n'apercevoir ni l'un ni l'autre.

Je ne donne mon approbation ni ma désapprobation à aucune candidature. J'ai résolu de me tenir a l'écart, et j'ai remercié très-décidément tous ceux qui parlaient de me faire candidat.

Si, pour mon malheur, j'avais eu un journal, j'aurais soutenu les propositions qui précèdent, et l'on aurait dit que j'étais payé par la police.

Si je m'étais porté candidat pour la démocratie sociale, on aurait dit que ye/frayais^ et, de plus, divisais.

Je rends grâce au ciel que les circonstances et ma santé ne m'aient pas permis de rien dire.

Je ne sais pas ce qu'a écrit Darimon le 12 janvier. De quoi me parlez-vous là ?

J'accepte votre poignée de main comme une absolu-

tion de mes torts envers vous. Depuis dix-huit mois, je ne sors quasi plus, retenu par l'épuisement de mes forces et de ma cervelle. Mes sentiments à M""® Dupas. Bofijoiit.

P.-J. Proudhon.

£ P.^. FUBHKIN. atï

BnixeHes.«îrjàiïîetl8».

A M. GUSTAVE CHAUBBY

Mon cher ami, le soin que vous prenez de mos intérêts me montre yotre amitié. Puissiez-^vous troiiver, malgré mes brusqiaeTies et mes oublis, que j'y correspond à votre gré ! Elle durera longtemps et il pourra en sortir quelques boimes clioses.

J*aî reçu vob lettres; la preniière, destinée ii orner mon Mémoire, est parfait^. J'j ai reitrouvé les signjes de Tesprit franc-^omtois autant que de la logique du, juriaeoBSulte. Ue pardounevez^vous si je vous dis, ait risque de froisser votre amour-*propre, que> je vous trouve bien supérieur comme éerirain à ce que vous êtes comme avoeat? Il est vrai que, hors de nos oonversaUons» je ne vo'us ai entendu qu'une ibis; mais osxùn vous allez au style, vous avez la formule, et votre logique, profondément dissisaulé^ sous la période, est irréprochable.

Il en est tout au cosxtraire de m&u ancien collègue Grémieux. J'ai quelques letlre3 de lui; ce supeii)e artiste d'âoquence s*entortllle quand il écrit, au point qu'il ne sait pas, en commençant ime phrase, comment

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il la finira. S'il fallait le juger sur sa correspoadance, il perdrait beaucoup.

Puisque je vous parle de M. Crémieux, vous avez appris, par mon ami Beslay, que je Tai chargé de remettre une lettre au président; vous avez dû lire la copie de cette lettre ; ainsi, je n'ai plus rien à vous apprendre. Les choses vont comme vous l'avez désiré, et ne craignez rien. Si M. Perrot de Chézelles me donne congé jusqu'au mois d'octobre, cela ne prouvera nullement que M. Delangle laisse pénétrer mon Mémoire. En sorte que je suis gardé à carreau. El si le Mémoire entre, je leur en verserai une cargaison telle qu'ils finiront par crier holà I et qu'alors je les enverrai l'aire lanlaire.

Je les tiens par les cornes, et vous pouvez m'en croire, je suis disposé à tirer sur le palais à boulcls rouges.

A ce propos, parlons un peu affaires.

Mon Mémoire sera ma dénonciation de guerre à;Vos magistrats. Les corrections que vous m'avez indiquées, quelques additions importantes, un certain nerf que j'y vais mettre; le tout animé par une pensée générale terrible, qui est que nos juges ne savent pas la justice, parce qu'ils sont tous ou bigots ou tartuffes; tout cela réuni formera im manifeste superbe. Maintenant, à vous et aux amis de la bonne cause, vos confrères, de me colliger de petits faits, bien élucidés, bien authentiques (tout doit venir du palais), à l'aide desquels je vous bâtirai le Mantiel de Perrin Dandin, pour faire pendant au Manuel de M. Schylock.

Il faut attaquer Y Infâme par la morale, vous dis-je; faire de la vertu une machine de guerre, et le mot du guet de la Révolution. C'est par là que nous ferons

crouler cette hideuse boutique, qu'il ne me serait pas plus possible, à l'étranger, d'attaquer en la personne du gérant, qu'il ne me Tétait, il y a six mois, à Paris.

Il vous faudra faire connaissance d'Hippolyte Duboy, qui ne demande pas mieux que de marcher. Je le ferai pousser par Marc Dufraisse.

Cultivez M. Faustin Hélie et tout ce que vous rencontrerez d'honnêtes gens parmi les légistes, et ramassez des matériaux.

Méfiez-vous des gens qui plaident toutes les causes ; ces gens-là, je vous en préviens, passeront tous par mon étaraine, et vous ne voudriez pas me donner le chagrin de penser que mon ami Ghaudey, mon avocat, mon complice, mon confrère en exil, ne vaut pas mieux que les autres. Choisissez vos affaires et mar- * chons à la conquête de l'avenir.

Je compte que mon Mémoire pourra être mis sous presse cette semaine. Ce que je remue là-dedans d'idées est énorme; puis il faut soigner la clarté, la justesse du raisonnement, le style, et me renfermer toujours dans mon sujet. C'est écrasant.

Ma santé est médiocre ; je paie le tribut d'un si brusque changement d'habitudes par un peu de mélancolie, de relâchement d'estomac, etc. Mais la volonté prend le dessus ; je me couche de bonne heure, je travaille tant que je puis, et pendant les promenades je pense aux miens, à vous, à tous nos amis.

Ma permission de séjourner en Belgique a été décidée au Conseil des ministres, sur la demande que j'ai adressée au Ministre de la justice et la promesse que j'ai faite de ne rien faire qui pût troubler les relations internationales du pays. L'Empire est exécré par ici,

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mais la Belgique est £aible; il faut passer sous les IcMM'ehes caudines.

Je ne crois pas encore que je fixe ici ma résidcnoe , mais j'y ferai des courses; c'est un pays bon à cultiver.

Au reste, tous saures toujours où je serai.

Écrivez-moi, soit sous le nom de Duforty sok par l'entremise de ma femme^ et quand vous aurei: des choses sérieuses, prévenez-m'en à l'avance, je tous donnerai d'autres adresses.

: Mes respects à M"^ Ghaudey» mes amitiés à votre l>eau-frère Barbier et à toute la famille, et un baiser à mon fillot.

Je vous serre la main.

P.-J. Proudhqn.

FIN DU TOME NECJVitMK.

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