‹ Correspondance de P.-J. Proudhon (volume 5)Chapitre 27 sur 28 · A M. LE DOCTEUR DUPAS · texte numérisé non relu

A M. LE DOCTEUR DUPAS

Cher docteur, vous avez donc voulu contrfbtiefr, de Totfe cave, k ma guërison, et seeller avec moi, sous rétreinitedtt choléra, un pacte d^amîtié! car vraiment je ne pais attribuer à autre cause votre tant doux et tant joli cadeau. Merci donc, et à toujours amitré.

Vraiment, je suis un malade à «ivier. Un homéopathe me soigne comme une mère soigne son enfant; — un JRaspaUlier se charge de me refmre le cœur et d'abreuver ma convalescence; — un vieil ami, médecin de campagne, de TÉcole académique et allopathique, m'appelle à grands cris dans les champs de la Beauce. Jamais homme n'eut tant à se louer des médecins, vraiment. Mais avouez qu'entre ces trois maîtresses, il m'est bien difficile de faire im choix et de ne pas rester ce que j'ai toujours été en matière médicale : éclectique, poupr ne pas dire un peu sceptique....

N'en déplaise à mon ami, le docteur Crétin m'a sauvé du choléra avec ses infinitésimaux; mais j'aurais grand besoin, à cette heure, qu'on me délivrât de la convalescence, qui se prolonge de façon à me désespérer. Et cest précisément là que je vois échouer les

systèmes. Depuis douze jours que le mal m'a quilté, je n'avance guère; mes jambes refusent le service et mon estomac proteste. Hier encore, il m'a fallu passer la journée sans manger. On m'a fait avaler dans les commencements, par cuillerées étendues de dix fois leur volume d'eau, une bouteille ou deux de celles que vous m'avez envoyées; je crois que cela m'a fait du bien , mais je ne saurais dire encore quel est le goût du liquide, mon palais ne s'y prêtant pas du tout !

Tant y a, cher docteur, que je n'ai pas encore pu boire à votre santé, et que c'est à peine si j'ai la tète assez libre aujourd'hui pour vous écrire ce long remerciement.

Au fait, il y a longtemps que je chargeais cette mine, et maintenant qu'elle a éclaté, je ne m'étonne point de cette étrange faiblesse. Résignons-nous. Je m'accorde six semaines.

Mes hommages bien sincères à votre excellente femme, et mes caresses à ses enfants.

A vous, bonjour cordial.

P.-J. Proudhon.

DE P.-l. I^Oin^flW. 310

Paris, i5 juin 1857.

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