C0RAK8P. VII
310 CORRESPONIUNCE
Eu bit, 1^ yole de Paris a été imfrobûtif de VEmpire; aucune déclapiatioa 4éa^gQgiq[ue ne peut «jouter à la force de ce vote ; ou^ewf. ç^^ çnt pr^ le serment ramaindrironi par la^r^ pairlei^ent ou JûeUy
pour se couvrir^ ils foulei^ont aux, pieds leur serment, ot qui astpife, et que la 4^mocra.lie dq^t repousser én^r-^ .giquement. ^ ,, .;; .
î)ai^ la circonstance fictuellei, ^le vote silencieux npu^ est d'autant plus commandé que r^lmpire ne peut plus aller avec sa ^Constitution ; qu'il cherche à devenir c^ qu'on «i>I>elW constitufionnet^ ou (li; «loin^ fait sembkni dele voujôir; et que silçi République aejecommonde par quelque chose, c'est par ^probité.
Ah I clier ami, ne sortons jamais de là : la VROBixii en toute chose. Que je voudrais le redire à votre cher Gustave, en lui mon|.raDt pipir le détail tout oe que^ je vois... Politique, litt^i^ature, philosophie, Économia politique, créait jmblic (je ne vous parle ni de Sourse, ni de la forêt de3ondy), tout est livré à Timpiobité* C'est au poiot que, je m^ tftte ^ms le^ jours et ^e <lemande : Es-tu tien sûr àe n'avoir pas fait ce joij^- (Vhui quelque vilaine petite çictip^i?..» La yie m'ennuie, tant j*y trouve de difficulté à ^trô honnête homme ! .
Ces demoiselles (la mère et les ûUes) ont déjà flairé votre lettre et le bonjour de M"« Sachet.
On a eu rindiscr^tipn impardonnable de me demander si M"»' Suchet envoyait des figues. A quoi j'ai répondu : Yous ne le saurez pas. Là-dessus on s'est mis ^ me chanter le refrain .:
îte le jaiffti < {M* -gnarre» . / Je )e saurai par t€rre« Ou par trahison !
Adieu, chers amis, je vous embrasse à la façon d'Henri IV, à tort et à travers.
Votre
P.-J. Proudhon.
P.» S. Mon gros livre n'est pas fini : le troisième volume à peine sous presse ; je comptais vous l'envoyer pour étreuMS^ vous ne l'aurez pas avipt carnaval.
312 CORBESPQNDANGE
Paris, !2 décembre 1857.
A M. CHARLES EDMOND
Mon cher Edmond, le malheur arrivé à la Presse n'affecte personne plus vivement que moi, et pour toutes sortes de raisons : pour vous, pour les cent cinquante ou deux cents personnes attachées au journal, pour Peyrat lui-même, que je plains encore plus que je ne le blâme.
A Toccasion de ce sinistre, j'aurais besoin de quelques éclaircissements pour ma gouverne :
L'article de Peyrat avait-il été lu en comité de rédaction?...
Pensez-vous que la mesure administrative qui a suspendu le journal ait eu en vue Millaud ou le comité de rédaction, ou seulement Peyrat, c'est-à-dire l'article en lui-même, purement ^t simplement.
A mes yeux, il plane sur tout cela un certain louche que toute ma pénétration ne parvient pas à percer. Si on n'en voulait qu'à l'article, comment n'a-t-on pas dit, dans le considérant, ^u'en poussant l'oppositiou démocratique à mépriser le serment, la Pi*esse attentait à la morale publique? Je sais iien.que le gouvernement
est gâteux sous ce rapport; mais c'était pour lui le plus beau côté et le plus défendable devant le jury.
Un mot d'explication, s. v. p.
Autre chose. A qui en a maintenant Girardin, avec ses provocations dans le Courrier de Paris? Jamais je ne l'ai vu plus absurde. Est-ce un ballon d'essai ? Le gouvernement impérial se proposerait-il, comme d'aucuns prétendent, de rétablir le statu quo parlementaire et de publier son acte additionnel? Que se mltonne-t-il par là-haut?... On parle d'un coup de théâtre qui, en rendant au pays quelques-unes de ses chères libertés^ irait porter l'émotion par toute l'Europe, en déclarant la guerre à l'Angleterre, proclamant l'Italie indépen*^ dan te, etc., etc., etc. I...
La crise sévit et n'est pas une chimère ni une panique, quoiqu'on ait dit ? Va-t-on essayer de la conjurer par de nouvelles fantasias politiques et belliqueuses? éreinter le dernier dada démocratique et jacobin : \qs nationalités?,.. Quid?
Je suis un peu intrigué, et l'esprit perplexe. Je vois bien la suite générale des choses; mais il y a un dessous de cartes que pour le quart d'heure je ne devine point. Peut-être n'y a-t-il rien, je veux dire rien dans les tètes; et la destinée, la force des choses restent-elles seules chargées do l'avenir ! Votre opinion ?
J'ai rencontré Rogé, qui m'a paru bien reconnaissant de vos démarches ; mais fort effrayé de l'idée qu'on a eue d'en référer, pour mieux faire, à M. Halévy. Que diable M. Halévy peut-il avoir contre la société de Beethoven? Je ne comprends rien à ces divisions d'artistes; mais, puisque la société craint ce monsieur, il sera bon, si faire se peut, de détourner cette influence.
Qu'allez-vous faire maintenant de la Presse? C'est le
4u CAmMmiMii^A^aù
cas pour Millaud et Rouy de s'entendre, et pour la rédaction de s'organiser et d'arrêter une marche à suivre. Vous avez deux mois devant vous; laissera-t-on tomber en quenouille et périr un si bel instrument?
Voilà bien des questions et j*en aurais encore d'autres à vous faire. MaîB c'est trop déjà pour une fois. Donnezmoi de vos nouvelles en attendant que j'aille tomber sur vous pendant la petite suspension que je vais me donner à moi-mtoie. Epuisé par le travail et craignant de succomber à la peine, j'ai cru devoir repr^idre haleine pendant huit ou dix jours avant de terminer mon troisième volume.
A vous de cœur.
Ï*.-J. P^OT^nnoN.
1)15 P.lj. WWllWfON. 315
Barris, 16 décembre iSS**
A M. CHARLES Et)MOND
Merci, cher ami, de ¥Oii« oMigeonce à irie tépôûdre. J'a¥Qis i»eu* Ji^ tsi choôe; on a Voulu nudielèr une âttuHilH» équîToque par là: Téhém«u^ du kaigage^ ci Ton a UMnl.perdu. Ain» font les maladioits* BnuLHiDls d*explioaiion en: tèle du jottimal pouvaient tout pprérenir^ metire à Taise tout le Boende : c'était trop simple pour qu'on y peiKsâ* i C'est ainsi que j'ai parié à toot le biob4^ de ra&îre, et que je vousimql ai parlé à Tousmême. ' ■ j
Je vois, comme vous, l'existence '<le la Prmm me— nacée. Millaud, échaudé, prendra des mesures costro la furia r(puilicane* U disait l'autre jour, à propos des articles Girardin, au propriétaire du Cowriery, Prost, qui me l'a redit : Voilà justemmt ce qiie nous devions faire! Pauvre homme ! C'est justement ce qu^l ne fallaft pas faire, pas plus que Tarticle Peyrat, dewnu décidément dynastique ; la Presse n'a plus de raison d'être, surtout en l'absence de Girardin, dont la personnalité, à tort ou à' raison, faisait une piartie de son intéiiêt.
316 GOamîSPONDANGB
Je sens aussi bien que vous, du reste, ce que nous aurions à gagner tous si, dans deux mois, nous pouvions mettre la main sur la barre de ce gouvernail ; et mon livre fini, peut-être, si Toccasion s*offrait n'y répugnerais-je pas. Mais, d'abord, il faut voir l'effet de mon livre. Si le succès répond à mes espérances, un journal qui représente la philosophie nouvelle devient indispensable ; et je chercherai cet organe n'importe chez qui, certain dy devenir forcément le maître (je parle au point de vue des idées) ; si le succès fait défaut, je n'ai plus rien à prétendre; il ne me reste qu'à chercher un emploi à Tancien commis de MM. Cfautkier /rires.
Voilà po\ir ce qui me concerne.
Mais reste Millaud, MiUaud écbaudé, comme je disais tout à l'heure, et dont la tète, à l'heure qu'il est, bat la campagne. Faites donc croire à cet homme que sa propriété, dépréciée de 60 ^/o, ne peut être sauvée qu'en passant aux mains d'un expMtani d'une couleur bien autrement tranchée que MM. Girardin, NefTtzer et Peyrat ! à qui l'on peut reprocher d'avoir eu Quatre journaux tués sous lui, trente ou quarante années d'emprisonnemeni, etc., etc.
Millaud est-il de force à faire comme Alexandre, attaqué de fluxion de poitrine : boire la médecine et fermer les yeux ?
La vieille démocratie se dissout ; Je parti des gens à expédients, sceptiques, misanthropes, sous un vernis de tolérance, le parti de Girardiii, en un mot, s'évanouit également. Place aux idées jeunes : c'est votre conclusion. Mais faites croire cela à Millaud, à Mirés, à Havin, à M. Guizot, à Delamarre ! On n'abdique pas.
DE P.-J. PROCMOM. 317
Je crois à un interrègne de Topinion, dont la fin sera le signal de la déchéance impériale.
Prenons le monde comme il va, et contentons-nous de souffler le feu.
Je vous serre la main.
3^6 OWMBfWMNGi;
Paris, 24 dèosnÉbre 1857.
A M. ET M»no **^
Votre lettre nous a fait un grand plaisir, et, en mon particulier, j'ai été très heureux des petits renseignements qu'elle contient. Je remercie M. J*** d'avoir ainsi pensé à moi, et ne puis que l'encourager dans ses obsenrations philosophiques. Le temps viendra, je l'espère, où on laissera le spectacle aux enfants : le théâtre politique et social est bien autrement instructif.
Puisqu'il s'imprime des journaux français à Jersey, il doit y avoir dans le nombre au moins un journal républicain, et ce journal doit s'appeler l'Homme.
Si je ne me trompe encore, le rédacteur de ce journal est M. Ribeyrolles, proscrit à la suite du 13 juin, ancien rédacteur en chef de la Réforme^ dont je crois avoir conservé l'estime et l'amitié. Ne pourriez -vous le voir et me donner des nouvelles de sa santé ?
Un autre de mes amis, compagnon de ma captivité à la Conciergerie, est M. Gallot, ami, comme moi, de Ribeyrolles, et gérant de la Réforme. M. Gallot fait à Jersey un conunerce de vins ; il s'est retiré dans l'Ile, volontairement, pour ses^ aflfaires. Voyez-le encore, s'il
\x>tts «si possible, et si œs rektîous aTec des démocrsies plus oa Biôiiis désttgféskiies aa gouverneoient frsttçais ne vous contrt rient point.
Veus deTQS «Bfcoro avoir à Jenwy la fttmiUe Hugo, que je connais foit peu^ et i laquelle je m me pennettrais pas de vous adresser. Mais qm devient le poète ? Que diiH>& de lui è Tétfanger ? Comment a«-tH(m pris et S8S CMtimmis et son NapMm k PdU (oe qui sufiiose que Vicior Hugo admire Napolém è$ Grrmd) «i irà deux volumesde C m dimp latwms ?
Ici tout continue de sedémolir et de se dissoudre^Jious ^fNios eu k seandale du vieux Dupin, rentvé au service de rBmpefeur aprts avoir vtgU ks alMves de la «MKKm d -Orléans; la iKjninaiicm de Chaîx<Hd'B9t- ▲lEige «u grade de pracuieur général; puis k publkcitten des demiènes chansons et des Mémoires de Béranger, qui ont fait grand tort à leur aulcur, et 8inguli^:>emettt «fiaiUi Testinate des démoerates. Puis voilà les cinq «éhis de Paiis qui n'ont pas brillé fion {dus, soit en jurant, soit en ne jurant pas; le seul homme qui se soit bisntemi est le géc^ral Cav a ip io c, et peut-être te doi^-^il à la mort !
3}aBâis que la Fr€$9$ se frât sottem^i suspendre, .SoB«acîeix direoteur, Girardin, pMse i TËmpire, «^un peu \xùç tard pcmr que oela lui ceoDi^le, <— et s'efforce d'entorainer à sa suâte, ou de ccanpromeUre les démocrates. C'est du maqtûgnoniiage, dans lequel il est seccaidé par le déredleur du Sièok^ Havin: signes «du temps.
Les affaires souffrent, 4out languit, on maugvée, on bavarde, on dit que cela m pmi entrer; le gouvernement vit dans la transe, et cela va toujours ; et je ne vois pas, les hommes restant ce quïls sont, pourquoi
310 OOMBIPOWAlfCK
cela n'irait plus. Sans doute, il n*est pas aussi commode d'aller à reculons que d'&ller en avant; mais enfin Ton va. Rome, depuis la bataille de Pharsale jusqu'à la déposition de Romulus Augustulus, a bien reculé pendant cinq cent vingt ans !
Ce qui console le philosophe est de voir l'Europe s'emparer peu a peu de la caute que la France déserte si honteusement. Tout tend à la liberté en Europe; tout respire la révolution : le Piémont, la Belgique, la Suisse, TAUemagne, le Danemarck, la Suède, jusqu'au tsar.
A quel homme sera-t-il arrivé, dites-moi, d'émanciper d'un seul coup 40 millions de seris? Alexandre II est autant aimé de la noblesse que de ses paysans. Tandis que nos grandes compagnies multiplient chez nous le salariat, les Busses abolissent le servage I Comme cela nous hausse I
Mon malheureux livre n'est pas terminé ; j*en ai pour jusqu'à carnaval. J'ai essayé d'appliquer à mon pays et à mes contemporains ce que porte dans les plis de son drapeau la Bévolution française, et dont nous ne savons pas même le premier mot. Je m'attends à rencontrer pour adversaires : républicains, orléanistes, légitimistes, l'Église, la Magistrature, l'Université, la Littérature et les deux tiers du Socialisme. Tout mon espoir est que le gpuvernement, me voyant en butte à tant de contradictions, juge inutile de se faire le vengeur de la réprobation imiverselle et m'abandonne à mon malheureux sort.
Ma petite famille va bien, etc., etc.
Bonjour, monsieur et madame.
P.-J. Proudhon.
DE Pt-J;' PBOUMeN. 82f
Paris, 29 décembre 18S7.
Mon eher docteur, nous avons deux enrhumées, ma femme et Catberhie;' ulie coqueluchée, St^hanié; et moi qui ai un peu mal à la gorge, m§in$i
Rien absolument de grave à tout cela ; envoyez-nous seulement une ordonnance pour etiaouik, et }*irûi cher^ eher les potions.! ...
— Avez^TOOs des nouvelles dé Besançon ?
— Avez-vous lu les d^its du procès M*** et R***. Que dites-vous de cette petite lettre do D^*- à R***, par laquelle il vient fournir des armes contre M***, à qui il devait un traitement de 6,000 francs. Décidément ce petit homme tourne à la folie.
Je travaille, et si je vous demande un médicament pour mon commencement d*angine, c'est afin de ne pas quitter le travail et de pouvoir aller, un des premiers soirs de janvier, souhaiter la bonne année à votre père.
Tout vôtre.
P.-J. Proudhon.
Paris, il Janvier 1858.
JL M. MAUBICB
Mon dher Xmric», : j« nt vtw pat aUenâv^ d'avoir fait les Qomminfàonm ikai tom. m*«?fi^ chargé pour vous écrire, et Ywia préaeolar» afaiâ qa*à voira «iioelr< lente fenune, M*»* Maurice, et à M^^<^ LaMcet, noa aouhaita de nou\«l ao. Ma fesiuna n'oubliara janaia Tac^ €ueil qu'elle a reçu de vous dans son voyage à Basançcm» et tout son regvei efl( de a^étra pas à nèma de vous prouver plus souvent sa sympathie.
Quant à mai, mon cher Mauriea, je crma que nous n'avons vraiment plus rien à nous dire. J'ai I^habitudav tiQSMd jèveutx eitorun par&it honnête homme et un bon ami, de citer votre nom; qurad je vaux montrer une famitta parfiaitanent unie, d'ittdiquar la vôtre.
Je savais» par une lettre de mon frère, dont le fils vous est allé voir, que M*« Maunriee était toujours souf* frante; mais j'espère, et je vous prie da lui lire au moins ce passage de ma lettre, la retrouver mmx au printemps prochain, lorsque viendront les Aaurs et les fraise». Si ma publication se passe bien, — j'entends par là si je n'ai pas de tracasserie de la part de Tautorité, — le succès sera assez grand pour que je puisse
me permettre, avec ma femme et mes enfants, d'aller prendre au pays im peu de vacances dont j'ai grand besoin. Avec quel plaisir, alors, nous accepterions de W^ Msuiice ime invitation à ce pavillon que je n'ai pas revu depuis qu*elle était demoiselle I... C'est là que je voudrais me revoir avec elle et vous, mon cher Maurice; nous nous trouverions un peu vieux, mais nos filles sont jeunes.
Je m'occuperai, entre mes séances de travail, de vos commissions, et vous manderai le résultat.
Je vous serre la main.
P.-J. PROXJDHON.
a24 OORBESPONOANGi;
Paris, M janvier i8S8.
A M. SUCHET
Mon cher Suchei, un mot seulement pour aujourd'hui, en réponse à votre dernière.
La caisse de bonbons est arrivée extérieurement eu bon état : ce qui a fait que je n'ai poyit hésité à signer sur->le-champ le reçu. — Mais après ouverture, il y avait un notable manquant sur les fruits glacés: ce qui prouve Tinfidélité soit des agents de Toctroi, soit des hommes de la Compagnie.
Au reste, ces faits paraissent désormais constituer une espèce de péage pour les Compagnies et octrois : un panier d'huîtres, que nous a envoyé de Cancale un ami, était pareillement en déficit; et j'ai signalé quelque part la Compagnie d'Orléans, qui, dans une seule année, eut pour 1,200,000 francs de litiges.
Je ne sais si j*ai mal dit ou si vous avez mal lu : mais il est bien évident que c*est mon ouvrage entier que j'entends vous envoyer, quand le troisième volume, qui est sous presse, sera uni.
Rien autre à vous mander. Vous connaissez le dernier attentat, Ôrsîni, Pieri et consorts. Nous leur devrons de nouvelles lois répressives : ainsi vont les
choses. Depuis trois mille ans la politique n*est pas autre. Les gouvemements conspirent, les passions éclatent ; plus elles éclatent, plus le gouvernement conspire, et vicâvm'ia..
N'y aura-t-il donc pas un moyen de sortir de cet imbroglio ?... Nous sommes bien malheureux.
Ma femme et mes filles embrassent !!*"• Suchet sur les deux joues, d'abord parce qu'elles Taiment ; puis, il faut dire la vérité , un peu aussi pour ses bonbons. Je vous serre la main.
P.-J. Proudhon.
COURKSP. MI. 24
Paris, 8 UmAtt mê.
A M. CHARLES EDMOND
Mon cher Edmond, j'ai passé, il y a quelque temps, rue Saint-Lazare, 54 , pour vous dire bonjour : je n'ai trouvé personne, mais j*ai su que vous alliez bien; ce qui était pour lors Tessentiel.
Actuellement nous tombons dans un tel grabuge que nous n'aurons bientôt plus le temps de songer à nos santés : c'est de nos raisons qu'il faudra nous enquérir. Et tout cela pour quatre bombardeurs qui ont manqué leur coup I...
discours de rentrée de l'empereur : folie !
Rapport du ministre Billault : folie !
Projet de loi des suspects : folie 1
Loi de régence, qui évince, ou à peu près, le prince Napoléon : folie 1
Adresses des autorités civiles, disant que l'empereur tué tout était perdu : folie !
Adresses de la garde nationale et de Tarmée : folie !
Adresse de Morny au nom du Corps Législatif, menaçante pour l'Angleterre : folie !
Suppression de journaux, menaces à la presse : foliel
Besdttilion du ministre de riniérrear : folie !
RemplacemeûC par Es|nn«s8e : folie !
Projet de loi rdatif an refiis de ferment : folie t
i'tik pttMe, et sans doute des meilleures, mais tous pouvez continua la kyrielle^
Et la folie gagne ; j'ai lu le premier numéro de la PfesH^ et Tarticle Bn&mtân signé Guéroult : folie !
Cela ne s'arrêtera pas, et nous finirons par une extermination réeiprbquc. Il y a bienlAl dix ans que j'ai prophétisé le mardi gras révolutionnaire; or, il fatU que les prédietUms s*acâ(mplissmù^ ^Boii Nostradamus. Tâchons, en attendant, de conserver nôtre sang-froid.
Duchéne me rapporte que vous lui avez témoigné de vives appréhensions pour mon livre : je voudrais à cet égard avoir quelques renseignements positifs snr les intentions du Pouvoir à l'égard des écrivains. Je vous avoue que, quant à moi, je suis fort loin d'avoir peur; j'irai même jusqu'à vous dire que si mes devoirs de père de famille ne me faisaient désirer la paix, je souhaiterais presque ime poursuite. Seulement, je désire que mes poursuivants ou persécuteurs jouissent de toute leur raison; je serais plus sûr d'en avoir bientôtla fin ; tandis qull n'y a rien à gagner pour un homme qui raisonne avec des enragés et des fous.
Qu'est-ce que cet Espinasse? Ne craignez-vous pas qu'il prenne fantaisie à ce traîneur de sabre de fourrer, un beau matin, Napoléon III et tout son ménage à Mazas, et de proclamer sans autre forme de procès le comte de Paris ? Je consens volontiers à répondre devant la correctionnelle de mon livre; mais j'aurais regret d'être étranglé dans un cul-de-basse-fosse par la conspiration orléaniste, qui dirait que je me suis vendu. Je n'aime point i'Espinasse, entendez-vous ? J'ai peur
328 GORRESPOMDANGS
de TEspinasse, et si Taimable société des Orsiniens m'en croyait, je recommanderais plutôt à ses attentions TËspinasse. Le ministère de Tintérieur, les préfets, les maires, la gendarmerie, la police, la surstiê générale, tout le tremblement aux mains d'un miUtaire, d'nn monsieur Ëspinassel... Guinard, qui connut autrefois Louis-Napoléon en Angleterre, m'a dit bien des fois qu'il était brave ; mais décidément il faut que la peur l'ait rendu fou, pour qu'il ait échangé son âme damnée de Billault contre ce sournois d'Espinasse.
Je n'ai pas, cher ami, le temps devons aller voir; mais je serais heureux d'avoir un mot de vous. A quand le procès de ces quatre hommes ? A quand le vote de la loi des suspects? Voilà bientôt un mois que le coup a avorté, et l'Empire n'a pas encore pu se remettre en selle. Qu'est-ce donc qu'il y a? Pourquoi punit-on ces pauvres Welches de la maladresse d'un Orsini? Ne me refusez pas ce que vous savez : je puis en avoir besoin pour ma gouverne.
Mon livre n'est pas fini : il ne paraîtra pas avant mars prochain. C'est im bon moment; je ne voudrais pas le lancer au milieu du brouhaha de la répression, des condamnations et des guilloiinados; mais le calme rétabli, ce sera le moment; et à nous deux, maintenant, monsieur le Procureur impérial ! Si vous et votre maître vous parvenez à me faire condamner, vous serez bien hardis ; mais je vous déclare morts....
On me dit que vous ne voyez plus D • % est-ce vrai '/
Pour vous, mon cher Edmond, comportez-vous comme vous avez fait jusqu'ici. Soyez fidèle à vos amitiés, sans livrer votre conscience; travaillez en honnête littérateur, sans assumer aucune solidarité avec les faiseurs d'affaires et les intrigants. La Presse y que vous
avez voulu raviver, se noie dans une tinette. Avec des Miilaud, des Jourdan, des Eufantin, etc., il n'y avait rien à faire. Vous en êtes pour vos bonnes intentions. Je vous serre -la main, et vous souhaite mille chances heureuses.
P.-J. Proudhon.
330 COMESPONDANGE
Paris, $S févtler i888.
A M. MAURICE
Mon cher Maurice, je ne puis que vous remercier d'avoir en mon avenir encore assez de confiance pour avancer à mon frère ime somme de 125 francs, dont le malheureux n'a que trop réellement besoin. J'espère toujours, je vous l'ai dit, liquider ses dettes et les miennes par un succès littéraire; mais l'obtiendrai-je, ce succès ? Voilà ce qui vous inquiète et sur quoi vous m'interrogez avec une anxiété visible.
Je compte paraître, sans remise, du 15 au 25 mars prochain; je compte, en outre, que trois semaines suffiront pour éparpiller et faire acheter les 6,000 exemplaires dont se compose ma première édition. Si mon livre est en assez bons termes avec le parquet, la seconde édition passera incessamment sous presse, si !... Pour vous dire la vérité, l'imprimeur et le libraire ne dorment plus de terreur ; ils se voient déjà en correctionnelle, jugés, condamnés, emprisonnés. Tel est l'effet qu'ont produit, depuis un mois, le discours de rentrée de l'empereur, le rapport de Billaut, la dreulaire à*Es-
DE P U. ^RÔUDHOP^.
pinasse, le rapport de Momy et la loi des suspectSj comme on s'obstine à l'appeler.
Pour moi, je ne crains rien. Je suis intimement convaincu que mon Hvre est du bien trouvé pour le pouvoir, qu'il se couperait la gorge s'il le laissait poursuivre; en tout cas que, s'il y avait poursuite, le gouvernement impérial, averti par la défense que je me réserve de présent^y n'OBfra jamais passer outre.
Telle est, mon cher ami, la situation. J'en aurais trop long à vous dire : ayez la patience d'attendre encore six semaines.
Et si, malgré . toutes . mes prévisions, j'étais saisi, cônclamné et ce qui s*ehsùit, eh 'bien ! je ii*feh ëèrtas pas plus alarmé : je suis en ce mbnietii comnie le ^ Roùiaili ïa Veille de la bataille; mon testament est fait, j'ai mis ordre à ma conscience et à mes affaires; rien • ne mé peut faire trembler, et vous pouvez compter que je ne faiblirai pas devant mes juçes.
AÎTons, tÀôn cher Maurice^, éoîgnéz votre* sanli potir votte incomparable Laure et pour vos amis. Puièqu'il vous resté quelqu'un que votre femme à aînié,- c'est rhonôrer ef lui plaire que de vivre pour ce qudqti'un, et, à ce mèttie titré, j'bsètài toujours réclamer une petite placé dans votre souvenir. • " ' '*
'^ô vous serré la main. " ' *' » /'
P.-J. Prqudhçu^
33Î CORWEÇPQWANCK
Paiia, â5 févn^^ 1808,
A M. TILLOY
,Moi;i çh^jr monsieur TîUoy, je serai courjt puisque vous voulez Jjien m'en donner le congé et que la tête méfait toujours mal, si mal que je finis par ne m'apercevoir de cette fâcheuse afrection qu'à l'impuissance où je tombe par moments d'écrire, de lire, et môme de marcher.
J'ai lu M. Renan, et j'en suis peu satisfait. Ce mélange d'érudition germanique et de littératurisme ne me va pas. Ce n'est pas ainsi qu'agissaient nos vrais philologues, les Abel Rémusc^t, les Eugène Bumouf et les Letronne. Ils étaient tout à la science et à la vérité.
Je ne connais point l'ouvrage d^ Baur, et je commence même à ne plus faire autant de cas des Allemands, bien que je mette leur consciencieux savoir bien au-dessus du parlage de nos académiciens.
Mais les AUemaiids ont de la peine à arriver à l'idée : ils sont lourds, diffus, confus, et point heureux dans leurs conclusions. Ainsi, il est impossible d'admettre la christologie de Strauss, dont le livre pouvait d'ailleurs se condenser fort bien en 400 pages au lieu de 12 ou 1 ,500; et je ne suis pas davantage partisan de l'athéisme
DR P..4,^ PRQUDHOM. 333
de Fuerbach, bien que ce soit un des plus vigoureux disciples de Hegel. Je crois qu'il n'a point touché le point juste, ainsi qu'il ressortira, j'espère, de mon prochain livi;e.
Je compte paraître enfin du 15 au 20 mars prochain, à moins qu'une malédiction nouvelle ne m'arrête. J'ai deux volumes compactes brochés; le troisième est presque fini ; il ne me reste à fournir que le manuscrit au net de cinquante à soixante pages d'impression.
Vos lettres, mon cher monsieur, me sont infiniment agréables; elles me plairaient encore plus si vous y mettiez moins de choses flatteuses pour mon amourpropre. Surtout abstenez-vous à l'avenir dQ m'euvoyer le remboursement du pçft de mes lettres; ce serait le moyen de m'empècher de vous répondre.
Mes amitiés à jyi. Clerc si vpus avez occasion de lifi écrire, .
,. J^e vous serre la main.
P.-J. Proudhon.
334 GORtlCSlK)^DAl!(CE
Paris^ tO mars ISbS.
A M. CHARLES EDMOND
Moti cher Edmond, je &ê vols rlén danâ'laiVlsijrqlil porte rolre nom. lEst-ce que tous^ ave» qtxHil la rédaction? . '
L*affaire dont vous m'avez parié sre réa&ie-t**elle?
Vous n'êtes pas aimable de laisser ainsi vos amid sans nouvelles de vous. Dans te tempfi où nous somhies cependant, il faut se serrer les uns contre les autres.
J*ai bien encore pour guatre jours de besogne, et je compte paraître enfin vers le 20 courant. J'espère que TEmpire sera encore debout ; mais au train dont marchent les choses, je ne répondrais plus, si Ton osait n^ poursuivre, de voir la fin du procès sous le règne qid l'aurait commencé. .
On parle d'un maréchal de l'Empire tout prêt à servir la cause des princes d'Orléans s'ils se manifestent. Qui peut-ce être?
Excusez-moi de ne pouvoir vous aller faire visite. Je vous serre la main.
P.-J. Proudhon.
DE P.-J. PftOMfiOK. 335
Dimanche, 14 mars 1858.
A M. CHARLES EDMOND
Mon cher Edmond, pourquoi vous donner tant de peine quand un mot de lettre suffirait? J'aime certes encore mieux vous voir, mais je voudrais ménager votre temps. • 1 .
Vendredi, j'étaiis m- épaisé, si eDngêBUônftéi i|tt«yili été forcé de renoncer au travail. Pendant que vous étiez chez moi, je me traînais le lon{^<te$ qtiais, obligé de m* asseoir sur les tas de iftacadam Tjtranâ la iète et les jambes me manquaient. Hier ttômedi, f'fiifsii trois heures de marefae par la i^luie et ht bMdf j*ai gegÀé une bonne diarrhéei, et me *roilà g^éri^
J'ai su raffèire de €h. Blase avecLaiifrey^ et vot^ assistance. Où en est ce duel? AveE*T»us «rraiigé la chose? Je regretterais qu'il y eût combat, parce si je dois appuyer les idées de Lanfrey, celui-ci cependant, m'a-t-on dit, s'est donné le tort d'attaquer rhonorabilité deL. Blanc, et je n'aime pas que mes idées aient tort. Aussi je n'ai pas été fâché, connaissant votre prudence, que vous fussiez pris par M. Ch. Blanc pour intermédiaire. Vous m'entretiendrez de tout cela.
Je vous attendrai demain lundi, vers quatre heures, suivant votre désir.
Bonjour.
P.-J. Proudhon.
Mardi, 8 avril 1858
A M. CHARLES EDMOND
Mon cher Edmond, voilà mon livre fini, j'attends demain la dernière épreuve/ Le moment est venu de songer à ce que vous, savez, si tant est que je doive donner suite au projeL
Que se passe-t-il ? Que dit le thermomètre ? Quelle est la disposition mentale?
Deux mots seulement et ne perdez pas le temps en courses : j'irai moi-^mème, un de ces jours, vous saluer.
Je suis éreinté; et vous, aUez->vous mieux?
Bonjour e^ santé. ,
P.-J. Proudhon.
DE P.-Ji mODOilON. 137
20 avrU 1858.
A M. SUCHET
Mon cher et bon Suchet, nous avons reçu et déjà presque mangé le rameau de Pâques que nous a envoyé M'"° Suchet. Tous les dimanches, on le décroche du plafond où il est suspendu comme un trophée, et Ton cueille quelques-uns des fruits en, grande cérémonie.,
Catherine lit à peine et n'écrit pas mieux ; elle me charge donc de vous faire, ainsi que sa sœur, ses remerciements. Vous les trouverez consignés, ces remerciements, a la page 604 du troi^ème volume de mon nouveau livre, qiu vous parviendra par Tentremise de quelque libraire de votre ville; je ne puis vous dire le nom, MM. Garnier frères se sont chargés de cet envoi.
Je n'ai c^ue le temps de vous écrire ces quelques mots et de vous serrer la main. J'embrasse de tout cœur M™« Suchet et son grand Gustave, si toutefois Gustave veut bien permettre a mes quarante-neuf ans celle familiarité.
Tout à vous, cher ami.
P.-J. Proudhox.
Paris, 21 arril i8îj8.
AU PRINCE NAPOLEON
Prince, j'ai l'honneur de vous adresser un exemplaire de mon nouTel ouvrage : De la Justice dans la Révo'^ ItUion et dans T Église,
Vous ne lirez pas, et vous ferez bien, ces dh:-sept cents pages de philosophie morale, déduite des principes de la Révolution française. Rien déplus ennuyeux, en général, que les moralistes; et comme je n'opère pas de prodiges, je n'ai pas la prétention de faire ici exception à la règle.
Mais vous pouvez vous faire rendre compte de mon fatras ; et si le rapporteur est intelligent, il vous dira, entre autres choses :
Que le principe de légitimité dynastique, perdu ou méconnu depuis Tabolition deTancien régime, se trouve tiré au clair dans mon livre; que ce principe, qui n'était autre, avant 89, que Tincarnation, dans une famille élue, du droit divin ou de la pensée religieuse, qui faisait la base de la société, est aujourd'hui ou peut se définir (je raisonne dans l'hypothèse du maintien de la forme monarchique) Tincarnation dans une famille
iélue, du droU ^mwatii oude la petisée raiioiunlie de la Bévohilicm. i '• ; * » j ; .
Le rafipQrtettr poufr» ajeiiier :
Que |K>tti^ qu'une seHibkble légtâoiatioii eût lieu, il fallait, au préalable^ connaître le fend de là pàtsée révolutionnaire; mais que cette connaissance n^a jamais été ac^se; que mon ouvrage est la première tentative aérieuae quW ut faite pour pénétrer ce m^tère ; que la vraie cause des révolutions politiques qui iimb touriftente depuis soixante^dSbc ans vient de llgnorande où le pi^e est resté de sa propre destinée et du pouvoir de sa missiez, et que ce qui fait aujourd'hui chanceler TEmpôce vieiit encore dé èette ignorance fatale.
QiMUe estdonc cette pensée de la Révolution?
J'ai mis dix«<8ept cents pages à Texpliquer. C'est, en résumé, que comme l'ancienne société de droit divin était (HTgaïKisée au. complet, en politique, Économie poUtiquoi droit moral, i^étaphjsique, esthétique, etc., de même la Révolution, qui se pose contradictoir^ooent à cette société, est ausft organisée au complet dans dbacunede ces catégories.
J'ai essayé de le dtoKmtrér. Tâche énorme pour un seul homme, mais qui ne pèsera rien le jour où, la question étant comprise, la raison publique s'en occupera.
Pard(»OLnez, Prince, à ma vanité d'auteur de le dire : ce sera un honneur pour le règne de Napoléon III que, sous un régime aussi sévère et ^vec un tel délabrement des consciences, il ait pu se produire im pareil ouvrage ou plutôt se poser une question aussi formidable.
Mais ce sera une tache pour ce même règne qu'au moment où paraissait le livre, la scission ait été si profonde entre le pouvoir établi et la conscience révolu-
iionnairequi seule le légîtimef que la pensée du régicide circule partout, et qu'un esprit aussi indépe&dant que le mien, et dont les paroles sont prises au sérieux, ait eu l)est)in de s'entourer vis-*à^Yis du pxiblic de tant de préeauiiond Oratoires pour condamner une idée aussi monstrueuse.
Orsini est devenu une mode parisienne, qui gagne jusqu'aux monarchiques anglais ; en dehors de la presse impérialiste, il n'y a pas un homme, hormis moi, qui osât protester contre cette aberration du sens moral...
Prince, j'en ai eu peur, les jours mauvais approchent pour vous. Vous fûtes jadis mon collègue bienveillant à l'Assemblée constituante ; vous vous êtes montré, pour mes amis malheureux et pour moi-môme, depuis le rérétablissement de r£mpire, plein d'obligeance; tout récemment vous avez créé entre nous, par l'envoi de votre rapport sur l'Exposition universelle, une sorte de confraternité littéraire. Quoi qu'il arrive. Prince, je n'oublie pas les services rendus et les bons procédés ; que cet envoi d'un livre plein d*audace, plus audacieux mille ibis par le fond que par la forme, vous soit un nouveau gage de mes sentiments. .
De Votre Altesse, Prince, le dévoué et obligé serviteur.
;P.-J. Proudhon.
0K P.-I. PROUMON. Siï
Paris, 13 ami i8S8.
A M. MAURICE
Mon cher ami, mon livre a enfin paru hier, jeudi, à Paris. Dans la journée et aujourd'hui, on a expédié pour les départements et Tétranger, distribué à Pàriâ, tant aux i^o^scr^teurs qu*aux libraires, près de 4 ,000 exemplaires sur 6,^00 de tirés. Si la curiosité parvient à s*att^cjiçr à Touvrage, ce qu*on ne peut bi^ sav<^r que dans quelques mois, il y aura lieu de s'occuper d'une seconde é^Utîpn, qui me serait, comme vous pensez, d'im grand seoouni.
Y autft-t-U des poursuites ? De la part du gouvernement» je ne le pense pas. PlUs on lira d'ailleurs, moins ou songera à poursuivre. Il se pourrait cependant que quelques particuliers tnécûnt^ts, tels que l'archevêque de Besançon^ essayassent de cUcaner l'auteur : c'ept ce que j'atlend^.
Avis est donné au libraire Bulle,, qui demeure, J6 crois, rue S^nt- Vincent, de vous, rémettfeunezexn-^ plaire.
Conservez-vous; je compte toujours vou-^ faire vi^tè cQurfintmai; je suis littéralement hai^ssé. '
Avousdecœur. ^^
P.-X pRounsoN,'
COBRKSP. VII. 22
919 COKUSPQKBJUiGE
Paris, 24 avril i84i.
A M. LARRAMAT
Mon cher mbnsieur Larramat^ votre dernière m*a causé un yif déplaisir, en £e sens qu'elle in*a révélé, en regard d^ votre bonn« volonté pour moi, rininidligence.DU le mauvais vouloir da ceux qui agissent en monnoQi, , . , . . •
Il est bien entendu que M. Sauvât ne sert ici que d'entremetteur; les cent exemplaires à lui adressés par petite vitesse sont pour vous et vos amis-; il n'a qu'à les recevoir chez lui ^ puis ^ les remettre aux x)érsûnnes qi4;^9présentex3onti munies d'un hm de vous ou de M-«/Ballande; t^ n'est pas à lui t|ue le prix de ces exeo^Iairesjdoit^m'payéV' et tout ce. qui le concerne, en dehors de son ministère dé boutiquier^ sera de se pi^seutecailrès la veiàle'bu reediëô d^ cent exemplaires en <|^ftfttion,>cbe£:M. B8llaildei,<où il' recevra la commission convenue, 80 ou 90 francs, prix de son entren4s&»i/ -.wu'; . '^ - .'^''-''i '■'■■ . ■ ' ■ ■ .■• ^-'.
Comment done'MbiSàttVât a-t*-il pu vous faire^ déposer 400 francs en nantissement d'un envoi qui ne lui est pas destin^, et dont il n'est que le gardien ! Je compretfdi^ife^créttfe énigme de sa part si les cent exem-
plaires étaient demandés par lui à Garnier, puis remis à vous à ses risques et périls ; mais c'est le contraire qui a lieu, le demandeur c'est vous, et si quelqu'un devait ici fournir caution à Tautre, ce serait à M. Sauvât de la fournir à M. Larramat.
Maintenant que la situation est éclaircie, aussi bien chez Garnier frères, à qui j'ai parlé, que chez M. Sauvât, à qui MM. Garnier ont ôA en écrire, reprenez vos gtiatre ceiUs francs^ et recevez mes sincères excuses pour le déplaisir dont j'ai été pour vous involontairement l'occasion.
Notre ami Ballande, qui me quitte à l'instant, vous dira combien j'ai été mortifié de cette bévue, dont je me suis plaint à qui de droit et comme je devais.
M. Ballande part ce soir et vous serrera la main. C'est avec un plaisir extrême que je l'ai entendu s'exprimer sur vous dans les termes les plus honorables ; à l'âge où je suis, faisant souvent des amis nouveaux (ceux de mon enfance ne sont plus là), je n'ai qu'un moyen de mo garantir à moi-même la vertu et la fidélité des miens, c'est de m'assurer qu'ils s'aiment entr'eux et s'estiment.
Lisez mon livre tout doucement, ne vous effrayez pas trop des longueurs ; laissez- vous aller au flot de la discussion, et vous me direz quand vous aurez fini ce qui se passe dans votre cerveau. Être lu, pour un auteur, c'est beaucoup; être entendu, c'est encore davantage. Lisez-moi, comprenez-moi, puis interpellez-moi, secouez-moi, si vous voulez que je parle encore ; car je ne fais rien si l'on ne m'excite, si l'on ne me fait violence.
Adieu, cher ami, et à bientôt.
P.-J. Proudhon,
344 GORRESPOMDANCB
Paris. S5 arrU 1858.
A M. BERGMANN
Mon cher Bergmann, j'ai reçu, il y a quelques semaines, tes Chanàs de sol,que je lis, comme tout ce que tu fais, avec grand profit et grand plaisir. Je t'en remercie.
Comme Lien tu penses, je serai fort heureux et trèsfier de ta dédicace, à ce moment surtout où je fais un suprême efi'ort pour dégager radicalement r Éthique et, par suite, toute la philosophie sociale de la pensée religieuse qui si longtemps fut prise pour elle, tandis que par la constitution de Tesprit humain elle en était seulement une symbolique. On vient de mettre en vente à Paris trois gros volumes de moi, sous ce titre un. peu belliqueux : De la Justice dans la Révolution et dans rÉglise, etc. Mon éditeur Garnier a été chargé de te faire remettre, par Son correspondant de Strasbourg, un exemplaire sur lequel j'apposerai plus tard ma griffe, à moins que tu ne préfères y attacher cette lelirc.
Je dis donc qu'en ce moment un sem"blable témoignage de ta part me sera on ne peut plus précieux, je dirai même trop précieux peut-être en raison de ta po-
sîtion officielle. Parlons franchement, et puisque tu m'honores de ton amitié, il convient que je n'use pas avec toi de surprise.
Plus que jamais, si je ne me fais illusion, je vais porter le drajyeau de ce qu'on appelle sans le comprendre la Révolution y et qui n'est autre que celui de la philosophie morale construite en dehors de tout élément mystiqtie et théosophique ; dans cette situation, cor.vient-il à un professeur de l'Université de donner à ce coryphée des hardiesses et des espérances révolutioDnaires un témoignage d'honneur et de sympathie comme celui dont tu me parles? Le peux-tu sans danger pour toi ? Parcours mon livre et décide toi-même; car, je te le répète, en publiant ainsi notre vieille amitié, tu cours risque d'assumer, aux yeux de certaines gens, une sorte de responsabilité morale de beaucoup de choses que tu repousserais, et de te faire un mauvais parti avec tes supérieurs hiérarchiques et avec le gouvernement. Enfin, sache bien ce que tu fais, à qui tu t'adresses et dans quelles circonstances ; songe que je préfère ton repos à tous les témoignages, et si, après avoir réfléchi sur mes observations, tu juges que le moment n'est pa? venu pour toi de proclamer la communion de nos Sentiments et dans une certaine mesure de nos idées, sois perîsuadé toi-même que je le trouverai fort bon et que j'applaudirai à -ce que tu feras comme s'il était dicté par la sagesse même.
Ces réserves faites toutes de prévoyance et de sécurité pour toi, je te répète que je uie tiendrai . pour trèshonoré de ta dédicace, ety puisque tu veux bien m'en demander mon avis, j'ajouterai que, si la chose ne répugnait point trop aux habitudes de ton esprit, je voudrais y remplacer ie vousj}SiY lo tu, ce qui t'obligerait
346 COfiRESPOia)ANG£
à retrancher les trois quarts au moins des éloges que tu me donnes.
Il se peut qu'en Allemagne, où subsistent peut-être encore les habitudes des anciens savants, une dédicace d'ami à ami avec tutoiement soit quelque chose d'insolite. En France, rien de plus naturel, de meilleur goût et en même temps de plus original. Un autre avantage pour toi serait que, l'amitié couvrant tout, on ne pourrait plus chercher dans ta dédicace autre chose que ce qui y serait) une sorte d'envoi d'un ami à son ami. L'iommofe disparaît; le soupçon de communauté d'idées en matière politique ou religieuse, si aisé à convertir en calomnie, ce soupçon dangereux s'éteint : on n'aperçoit plus que deux camarades cpii s'aiment et s'estiment assez pour se dédier leurs livres sans que cela tire autrement à conséquence, et n'ont pas besoin surtout de se faire des compliments.
Sur le fonds et sur la forme, tu connais mon opinion; décide toi-même, à présent. Ce que tu fera9 sera bien fait.
Il me tarde de voir ton livre. Je t'avouerai que j'ai changé complètement dldée sur ce que l'on appelle la migration des peuples. Je ne nie pas qu'à une époque immémoriale, certaines races se soient promenées du fond de l'Asie jusqu'à la Vistule et au Danube, comme font encore aujourd'hui les nomades, mais je ne crois pas que, réserve faite de ces mouvements, on doive expliquer par des migrations de Caucasiens ou d'Hymalayens le peuplement des Gaules, de l'Espagne, de l'Italie, de la Scandinavie, d'une partie de l'Allemagne, des Iles-Britanniques, pas plus que de l'Atlas ou des Cordillères. Je crois que l'honmie a pu naître sur tou^ les points du globe, de même que les animaux et les
plantes; que, comme les climats se différencient insensiblement selon la latitude du lieu et la condition géologique montagneuse, plane, etc., du sol, de même les racâs se diffélrencient d*une manière insensible et qu'il en est encore ainsi de leurs langues. Supposant la parole simultanément formée des rives de TAtlantique à celles du Gange, je dis que cette parole a dû avoir sur toute cette étendu^ de pays uiifondir commun de racines, de flexions et toutes sortes de ressemblances, sans qu'il soit besoin pour cela d'expliquer ces ressemblances par les dégradations diversifiées d*une laïigue primitive, commxme et identique...
Au reste, je lirai ton ouvrage avec passion, tout disposé à rectifier ce qu'il y a de prime-sautier dans mdB aperçus, lorsque Texpérienoe, ma reine et ma maltresse en toute chose, m'en fait une loi. Parle, prouve, enseigne dans la sérénité de ton savoir, et sois à jamais, mon cher Bergmann, le bien venu des hommes de bonne volonté.
Je te serre la main.
Ton tout dévoué et affectionné.
P.-J. Proudhon.
348 CQUJfiSPONDAKGE
2t ami 18M.
A M. CHARLES EDMOND
. Mon cher Edmond, mon livre eçt saisi. Il serait important que cela fût annoncé ce soir dans la Presse. Ne pourriez^-vQUs vous charger de la commission? A vous.
P.-J. Proudhon
U& P.-J. PlOtJimON. 318
Puns, 80 avrU 1858.
À M. ALFRED DAiUMON
Mon cher Darimon, je vous remercie de votre billet de ce matin; il me prouve que tout espèce de liens entre vous et moi ne sont pas rompus.
Je ne garde pour vous aucun ressentiment. Aucune pensée de mésestime n'est entrée en mon âme, et comme j'espère pouvoir vous rendre toujours bon témoignage, mes bons offices, si dans la position où je me trouve il m'est permis de parler ainsi, ne vous feront jamais défaut.
Malheureusement je crois, pour des raisons toutes particulières de petits sujets de mécontement réciproque en dehors du public, qu'il convient que nous restions désormais séparés. J'ajouterai, pour être franc jusqu'au bout, que si votre ligne politique, appuyée en dernier lieu par d'illustres exemples et par trente ou quarante mille électeurs, n'a rien de personnellement reprochable, si même vous avez pu croire que je vous avais fourni moi-même des raisons plausibles de suivre cette ligne, cependant je suis convaincu qu'on pouvait faire plus et mieux que ce qui a été fait, et qu'à ce point de vue en-
M COEà£SIH)m)ANGB
core, il importe que notre insolidarité soit formellement accusée.
C'est triste : les idées et les sentiments unissent les hommes», les circonstances et la diversité de point de vue qu'elles font naître les désunissent. Il faut en prendre notre parti, puisque sans cela nous ne serions pas libres.
Adieu donc, et faites de votre côté contre Tennemi commun ce que je ferai du mien.
Votre tout dévoué.
P.-J. Proudhon.
DE P.-J. PllOUDHON. 351
Paris, 30 avril 1858.
A M. DtBOY
Monsieur, avez-vous un exemplaire de mon livre saisi?... Du jour de la mise en vente, 22, à la saisie, 28, j'ai eu tant à faire, si peu de force et si peu de temps, qu'il ne m'a pas été possible de voir toutes les personnes à qui je m'étais promis de porter mon hommage.
Si vous êtes déjà muni, je vous prierai de me laisser, attendu la rareté, l'exemplaire que je vous destinais; — sinon, je le tiens à votre disposition.
Maintenant, dites-moi, n'ôtes-vous pas avocat au CoNSBiL d'État? J'ai besoin de quatre minutes d'entrelien avec un homme de cette spécialité, pour ime chose plus grosse encore que mon livre.
Deux mots, s'il vous plait?
Votre tout dévoué et ancien obligé.
P.-J. Proudhon.