OCTOBRE
me contenter de passer deux mois sur le bord de la mer, au Grau d'Aigues-Mortes. Et en vérité, je me suis trouvé admirablement bien des bains de mer, outre le plaisir presque d'enfant que j'y ai pris. Et vous, qu'avez-vous fait ces vacances dernières, et comment vous trouvez-vous de santé?
C'est au Grau que j'ai lu votre belle étude sur Sainte-Beuve ^ Je n'en ai pas seulement été charmé, comme question de goût, de littérature et de critique — car charmante elle est réellement — mais le fond m'en a paru plutôt juste que rancuneux, et je l'ai défendu de mon mieux contre les reproches d'un intelligent et éloquent Nimois, votre coreligionnaire. Tout ce que j'ai pu accorder aux fureurs de ce libre-penseur contre les tendances ecclésiastiques et sectaires, c'est que Sainte-Beuve, encore qu'incapable, cela je le crois, de trouver et de soutenir une bonne raison pour n'être pas chrétien, ayant d'ailleurs été touché du genre de sentiments que nous lui voyons dans une partie de sa carrière — Sainte-Beuve nul en philosophie, esprit un peu petit et rationaliste incapable, a pu et dû se laisser loyalement informer par un milieu général de conscience philosophique ou scientifique dans lequel il a vécu et auquel il a attribué finalement plus d'autorité qu'à tels cénacles de son temps ou des temps passés. Au demeurant, je ne nie pas que, psychologiquement parlant, ses passions n'aient été la raison suffisante — 'peut-être — de sa non conversion, à des moments où tout semblait préparé pour que l'auteur de Port-Royal et de Volupté se mît, comme tels autres, à passer les jours dans les mauvais lieux, et les nuits à genoux sur le carreau de sa chambre. Je crois, c'est un autre doute que je voudrais vous suggérer, que Sainte-Beuve se serait plutôt converti à la monacaille qu'à votre église. Voilà mes réserves, mais j'admets qu'un chrétien ait le droit de porter le jugement moral, et comme de confesseur de consciences, que vous avez porté.
J'ai reçu les n"' 4 et 6 du Chrétien évangélique^ mais le 5 ne m'est point parvenu. Je regrette bien de n'avoir pas le premier de vos deux articles : la Conscience, où j'aurais trouvé sans doute votre examen du livre de M. Fouillée. Je le regrette d'autant plus que votre lecture m'a traversé beaucoup trop rapidement.
Adieu, cher ami, croyez à mes sentiments bien affectueux.