‹ Correspondance de Renouvier et SecrétanChapitre 46 sur 96 · XXXVII. — M. Renouvier à M. Secrétan · texte numérisé non relu

XXXVII. — M. Renouvier à M. Secrétan

La Verdette, 14/10, 73.

Cher ami,

Si je ne prends pas le parti de vous écrire une leltre plus courte que je ne la voudrais, Dieu sait combien de temps je vais continuer désirer de vous en écrire une longue! En vérité la Critique me donne pas mal d'occupation et me constitue une excuse passable. Je me contente donc pour cette fois de tâcher de mériter une de vos lettres si aimables et si pleines — fût-elle moins pleine que de coutume par droit de justice commutative — et de vous demander si vous avez été satisfait de la reproduction de votre article Gazette de Lausanne, et de mes réflexions, et si mon dernier grand article sur le protestantisme ne vous a choqué par aucun point trop grave : car c'est tout ce que je peux espérer. Avez-vous remarqué mon article sur Fouillée? Trouvez-vous, toutes réflexions faites, que ma sévérité soit motivée par la fibre lâche de son analyse des faits de détermination et de liberté? Avez-vous lu aussi mes observations sur le mémoire de M. Naville et sur son travail de la Revue Suisse? Mon objection au sujet de la conservation des mouvements dans le monde ne lui a pas déplu à lui-même : il a bien voulu me l'écrire; mais je crains qu'il en soit autrement de ma réfutation de l'idée du P. Gratry.

Vous trouverez dans un de mes prochains numéros un article sur l'Antéchrist, qui diminuera peut-être un peu le grief que vous avez contre nous pour notre indulgente reproduction des imaginations vilaines de M. Renan.

J'ai reçu il y a quelque temps le programme du Jacques Bonhomme. J'en ai trouvé le ton honnête et les intentions parfaites. Je doute, d'après ce style, qu'on ait mis la main sur un vrai moyen d'action populaire. J'attendrais plutôt un honnête journal pour les gens instruits. Nous n'en avons pas trop. Je n'ai pas répondu au désir témoigné par les signataires de recevoir des observations et avis en réponse à la communication confidentielle. C'est qu'il y aurait eu trop à faire, à écrire, à interroger aussi.... puisque vous vous intéressez à cette tentative, je compterai sur vous pour me tenir au courant?

Imaginez, cher ami, que tous mes projets et spéculations sur la Riviera di ponente, dont je vous ai même ennuyé, s'en sont allés en fumée. J'ai fini, soit diflicultés rencontrées, soit simple paresse, par

Page 1