‹ Correspondance de Renouvier et SecrétanChapitre 49 sur 96 · OCTOBRE · texte numérisé non relu

OCTOBRE

Mes articles sur Fouillée : trois articles : Introduction (vous l'avez lu), Exposition (résumé textuel), Appréciation, étaient prêts dès le milieu de l'été pour la Revue chrétienne (d'Edmond de Pressensé, là où ont paru les articles Sainte-Beuve que vous avez eu la générosité de défendre). Le l*"" Fouillée a paru en septembre. J'ai corrigé ici les épreuves du S*" (28 grandes pages) et c'est ce concours — épreuves Fouillée — nécrologie — Arnold — livre de mon amie — qui m'a mis un peu sur les dents ce matin.

Je n'ai aucune objection à votre article-programme sur le protestantisme* — bien au contraire. — Je suis bien aise que vous ayez peu près retiré l'éloge inexpliqué dans la citation où Renan cherche à parler aux sens en déshabillant les vierges-martyres et je suis parfaitement reconnaissant de l'attention que vous avez accordée à ma petite élucubration irénique.

Je vais prier ce soir même le Chrétien de vous envoyer le n" 5 qui

vous manque, bien qu'il n'y soit nullement question de Fouillée

Ce que je vous en ai lu a paru dans la Hevue chrétienne de septembre.

Vous me parlez du prospectus de Jacques Bonhomme. J'ai manqué cet été la visite du fondateur in spe. Il paraît que pour le moment ce journal ne paraîtra pas, l'autorisation nécessaire en raison de l'état de siège pour le publier à Paris aurait, dit-on, été refusée il y a au moins six semaines. Quand il y aura du nouveau, je vous tiendrai au courant.

Et voilà? Vous ne me parlez pas de politique et quand cette lettre vous parviendra, nous serons peut-être déjà à Henri V. C'est une histoire renouvelée des 221, un groupe d'individus sans mandats disposant du sort d'un grand pays, quitte à répondre aux réclamations par des mitraillades — auxquelles on ajoutera les déportements — M. Albert de B. a tracé le programme de cette campagne en disant qu'il était aux limites de la légalité. On ne frise pas ainsi la corde de propos délibéré sans l'avoir dix fois méritée.

Les 12 départements dont on se refuse à compléter la représentation parce qu'on connaît trop le sentiment du pays au nom duquel on prétend parler, met le comble à cette infamie. Et figurez-

1. Critique philosophique, 1813, t. Il, p. 145-155. Le catholicisme, le protestantisme et le christianisme dans le temps présent.

VOUS que sous le toit protestant où je m'abrite, je trouve des hommes (religieux) pour l'approuver. C'est renversant.

Ici nos gouvernements radicaux se conduisent exactement d'après les mêmes maximes ni plus ni moins. J'ai recommencé mes leçons la semaine dernière. J'en aurai désormais un peu moins à donner que les années précédentes et à des étudiants un peu plus âgés. Il me restera un peu plus de temps pour écrire. C'est plus que je n'osais espérer. Je voudrais pouvoir aller encore cinq ou six ans jusqu'à ce que mon cadet, mon seul garçon, commence à gagner sa vie. Je suis fâché que vous ayez renoncé à la Riviera à cause de la beauté du pays et du placement possible que je crois bon, voyant comme les choses vont là-bas et ici où nous avons aussi des stations d'étrangers pour l'hiver. Du reste Cannes est à certains égards supérieur à la Riviera comme séjour et vous offrirait plus de conversation.

Adieu, pardonnez-moi cet affreux griffonnage, empiré par la nécessité d'écrire sur une table trop basse, avec une plume d'acier, ce que je ne puis souffrir. Nous sommes toujours ensemble, la Critique me tient au courant de vos pensées et je sympathise constamment avec elles. Je n'ai pas réussi encore à lui faire le moindre abonné, mais je ne me relâcherai point. Dites-moi que vous viendrez en Suisse l'année prochaine, nous avons pour la gorge les plus excellentes eaux sulfureuses. Je vous dirai les lieux à choisir. S'il vous est impossible de franchir le seuil de la douce France, dites-moi au moins à temps où vous comptez porter vos pas pendant l'été prochain. Si c'était à Vais par exemple en Auvergne, à Allevard, Uriage, etc., j'essayerais de vous y rejoindre.

Ne vous découragez point de m'écrire, la prochaine fois, Dieu aidant, je serai moins vide, moins exténué, moins découragé. Adieu encore. Adieu à tous.

Votre Cn. Secrétan.

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