‹ Correspondance de Renouvier et SecrétanChapitre 61 sur 96 · C. Renouvier · texte numérisé non relu

C. Renouvier

Mon adresse la plus sûre à la Verdette.

« L'accord, me dites-vous, a été constaté entre nous il y a plusieurs années quand vous avez accepté la formule suivante ou à peu près : la bienveillance comme force motrice, impulsion de la volonté morale, la justice comme forme règle et limite de la bienveillance'. Cette concession si c'était une concession ' ne devait coûter qu'à vos habitudes d'esprit, elle était commandée par vos déclarations antérieures. N'avez-vous pas accordé dans votre Science de la Morale que la bienveillance est nécessaire pour pratiquer la justice? (C'est là le point, le fond, le tout*.)

N'avez-vous pas fait du dévouement, du renoncement à son droit strict pour le bien d'autrui, une vertu supérieure, un mérite^ donc un bien? mais qu'est-ce je vous prie qu'un bien meilleur que le hien^'i Mieux que le bien serait le mal tout simplement*. Vous expli-

1. Non, ce n'était pas une concession et cette idée m'était familière. Je n'ai jamais approuvé Kant d'avoir admis un jeu possible de la raison sans le sentiment, sans la passion.

2. Le tout? Mais non. Le fond mais qu'est-ce? Dans la machine à vapeur le feu, le mouvement calorilique est impulsion, force locomotrice (le tout et le fond, diriez-vous), mais les organes de la machine sont forme, règle et limite Sans le feu pas de soulèvement du piston, mais il faut aussi pour le jeu utile de la force un corps de pompe, des robinets et des articulations.

3. C'est simplement un mieux. Et il y a des conditions à remplir dans ce bien avant de viser à ce mieux.

4. Oui, si les conditions du bien ne sont pas d'abord remplies.

quez ce bien méritoire, surérogatoire comme la perfection (= accomplissement) du devoir envers soi-même. C'est parfait... devoir envers soi-même, non envers tel ou tel, nul n'a le droit de m'imposer la charité, mais comment celle-ci peut-elle être devoir envers moi-même si elle n'est pas impliquée dans la réalisation de mon idéal, si mon idéal n'est pas la charité* ? Donc tout mon système est impliqué dans la Science de la Morale. Le thème de ma conférence était simplement celui-ci : L'État ne peut procéder que par la contrainte (vous avez dit la même chose des milliers de fois) donc l'État n'est pas un but, mais un moyen qui suppose un but ^. Donc l'État n'est pas la sphère supérieure de l'activité morale ^ Plus précisément : le bien positif de l'humanité ne peut être cherché par l'État, par les voies législatives ou de contrainte, qu'en supprimant la liberté des individus *. Donc accorder à l'État la première place, c'est anéantir la liberté ^ Autrement on s'intéresse à l'État comme moyen, ou comme but. Si c'est comme moyen, c'est alors qu'on possède un but, et nécessairement il faut quelque accord sur le but (qq. accord, l'accord complet n'est point nécessaire) autrement on ne saurait s'entendre sur le moyen; si c'est comme but, la liberté de l'individu est impossible® . Loin de répugner comme vous le dites à mettre « mon unique et absolue vérité » que le développement normal de l'individu implique son rapport normal au tout, la constitution de l'unité morale, et que celle-ci implique un objet commun {= Dieu), loin de répugner à la mettre « dans un certain ex sequo logique et pratique avec les vérités crues par les autres », ce serait toute mon ambition d'en montrer l'équivalence et la réductibilité réciproque (si j'entends bien qui sont les autres''). Si Vintolérance

i. Idéal, sans doute, idéal ultérieur, dernier, au delà du règne des formes, règles et limites du règne des lois.

2. Distinguo : En tant qu'il use de contrainte l'État est non but, mais en tant qu'il vise au règne de la loi juste volontairement obéie il est but en son propre but : il est le but temporel de l'homme social.

3. Il est la sphère supérieure sociale, rationnelle et universelle, de sa nature et la seule de celte espèce (savoir en tant que but).

4. Limiter n'est pas supprimer, surtout quand les limitations étant mutuelles à l'égard des individus, ne nient que pour affirmer.

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