Publiées dans les Discours laïques
et l'explication de mon point de vue défiguré par certaines attaques récentes que la discussion critique de vos doctrines. Toutes ces divergences proviennent (ce que je n'ai pas pu dire dans un journal religieux où personne ne m'aurait compris) d'un désaccord dans la conception logique : la vôtre consistant à ce qu'il me semble dans la recherche d'un principe tel qu'on puisse en épuiser les conséquences sans être jamais conduit à se contredire, tandis que le mien consiste à saisir au plus haut degré de généralité possible la contradiction inhérente aux phénomènes pour la transformer jusqu'au point de la faire si possible évanouir. Si vous trouvez après examen, qu'il y ait matière à une réplique instructive pour la galerie, j'en serai bien reconnaissant et ne demande point à être épargné. Je préfère tels horions à telles caresses. Mais ce qui me toucherait bien plus vivement encore, c'est que vous voulussiez lire, et, si la chose vous semble en valoir la peine, mentionner, citer, approuver, combattre un autre travail philosophique un peu plus méthodique, un peu plus étendu, les Conditions de la science, essai de Critique positive qui vous arrivera à peu près en même temps que ceci dans la Bibliothèque universelle c'est le premier essai de mon fils dont vous aviez la bonté de me parler avec félicitations sur ses tendances philosophiques.
Les points auxquels mon fils applique son principe de critique (analogue à celui qui dirige Ritter dans le travail dont je vous ai parlé et qui m'a servi de fil conducteur pour mon Cours de Métaphysique : comme votre Science de la Morale pour mon Droit naturel) feront (à l'exception de l'utilitarisme) l'objet de quatre conférences que je dois lire au mois de janvier à Genève. Je pense qu'elles paraîtront aussi dans la Bibliothèque universelle l'année prochaine. 11 y aura bien des points de rapprochement avec Henri. Cependant celui-ci est original en plusieurs choses : non seulement les mots dont quelques-uns me semblent gracieux, d'autres forts, non seulement les formules, mais plusieurs choses tendant à la manière de concevoir l'Évolution, ainsi l'idée que la moralité est fonction de l'espèce, virtuelle dans l'individu, ensemble innée et réclamant l'éducation. C'est bien ma méthode, cherchant toujours la synthèse, au risque de ressembler à l'éclectisme d'autrefois, mais cette application, cette vue, bonne ou mauvaise, est bien à lui. Nos emprunts sont réciproques. D'ailleurs il n'est point engagé religieusement comme son père.
Pour le présent, je n'ai pas d'autre ouvrage que de débiter les
cours préparés et de les écrire. Jusqu'à Tété je n'en désire pas
d'autre. Je lis la Critique à l'instant de son arrivée et j'attends le
réveil de la politique pour m'occuper. Je n'essaye plus de produire,
j'ai senti que la force me manquerait pour me renouveler et l'argent
me manque pour faire imprimer des livres. Cependant je ferai
ma petite partie aussi longtemps que je pourrai tenir ma plume,
contre le matérialisme moderne, dontl'inconlestable succèss'explique
sans doute par sa bêtise même, mais qui reculerait pourtant si ses
paralogismes étaient mis au grand jour. Je voudrais voir s'organiser
contre lui une croisade où Mgr d'Orléans ne soit pour rien.
Adieu, tout à vous.
Cu. Secrétan.