‹ Correspondance de Rubens et documents épistolaires concernant sa vie et ses œuvresChapitre 53 sur 104 · JOACHIMI AUX ÉTATS GÉNÉRAUX DES PROVINCES-UNIES · texte numérisé non relu

JOACHIMI AUX ÉTATS GÉNÉRAUX DES PROVINCES-UNIES

Hauts et puissants Seigneurs^

Mes Seigneurs, une raison inattendue fournit le sujet de ma présente lettre.

Le peintre Gerbier est venu cette après-midi à mon logis et m'a dit que Monsieur Rubens, qui était également dans le village, désirait me saluer avant son départ et me recommander certaine chose. Il a déjà, depuis quelques jours, pris congé du roi et de la reine et se propose de partir demain. Rubens étant venu avec Gerbier, me dit qu'un navire de Dunkerque ayant échoué sur les côtes d'Angleterre, l'équipage en avait été livré par les Anglais aux navires de guerre de Vos Seigneuries et conduit à Rotterdam au nombre de trente personnes. Ils y avaient été fort maltraités, comme ils l'avaient fait savoir à don Carlos Coloma. Rubens me pria d'écrire aux membres du Collège de l'amirauté à Rotterdam, afin que lesdits marins de Duynkerque, pour autant qu'ils soient encore en vie, (car quelques-uns, dit-on, sont morts de tout ce

5 mars i63o. qu'on leur a fait endurer) soient mis en liberté, même avant la conclusion de l'accord sur la délivrance des prisonniers des deux côtés dont on traite. Il ne m'a point spécifié où, quand et sur quel vaisseau les Dunkerquois avaient échoué, ni par qui et à qui ils ont été livrés.

Là-dessus, je lui ai répondu que je n'ai pas appris cette nouvelle, quoique je croie avoir connaissance de tous les navires que, depuis un an, les nôtres ont forcés de s'échouer sur les côtes de l'Angleterre et que je ne crois pas davantage que les prisonniers du parti ennemi aient lieu de se plaindre du mauvais traitement qu'ils auraient à subir dans les prisons de la Hollande. Cependant, comme les prisonniers sont comptés parmi les malheureux et que par là leur sort est digne de pitié, je promis d'en écrire aux membres du Collège de Rotterdam. Il m'en remercia et me promit que dans une circonstance pareille il ferait la même chose pour moi.

Ensuite il a parlé de choses différentes, telles que de la dévastation du plat pays du Brabant, de ses relations avec le duc de Buckingham, de la bonté bonté de l'Infante, des bonnes qualités du roi d'Espagne, du voyage de ce roi à Sarragosse avec sa sœur, de la mission de Pecquius au sujet de la fin de la trêve, ainsi que de l'expédition du cardinal de Richelieu ; il mêlait à tous ces propos et discours l'affirmation que les Espagnols sont sûrs de la paix avec l'Angleterre s'ils la veulent, puisqu'il a vu que Cottington, dans ses instructions a reçu mission de la conclure ; il y ajouta que l'Angleterre demandait un armistice et que le dernier courrier avait apporté la nouvelle qu'il y avait espoir d'y réussir et, comme à Vos Seigneuries il n'a pas été fait communication, d'après ce qu'il dit, des instructions de Cottington, il aimait à croire que Vos Seigneuries ne manqueraient pas de continuer à traiter avec le roi d'Espagne, sans se soucier du roi d'Angleterre. J'ai laissé sans réponse et sans discussion ce qu'il m'a dit de la certitude de la paix entre l'Espagne et l'Angleterre, et sur le reste je lui ai répondu par la question s'il croit que dans le cas où l'Angleterre aurait fait quoique ce soit en dehors du traité, vos Seigneuries auraient été déliés de ce traité. Là-dessus une légère discussion s'est élevée et nous en sommes restés là.

A la fin, après qu'il eut beaucoup raconté des bonnes qualités du prince d'Orange, et dit qu'il avait l'honneur d'être connu de Son Excellence, il m'a prié, quand j'écrirais au prince, de l'informer de l'offre de ses services volontaires et affectionnés, autant que le comporte l'honneur et le serment juré. Je présume que le premier point traité par lui est une invention, dont on peut connaître la vérité par Messieurs les Conseillers de l'amirauté à Rotterdam, et Vos Seigneuries comprendront bien dans leur sagesse où il voulait en venir avec le reste de ses propos et discours.

En me recommandant humblement à Vos Hautes Seigneuries, je prie Dieu qu'il veuille bénir votre gouvernement.

Chelsea, le 5 mars i63o.

De vos Hautes Seigneuries le serviteur le plus obéissant.

Alb. Joachimi,

La lettre de Joachim nous fait connaître que Rubens, qui prit congé du roi Charles I le 3 mars, partit de Londres le 6 du même mois. Son passeport avait été signé le lo février précédent (i). Ce passeport renfermait la clause particulière que les Etats des Provinces-Unies étaient priés de ne Tinquiéter en aucune façon, si son navire était rencontré par un vaisseau hollandais (2).

On verra par les lettres qui vont suivre que sa sortie du royaume fut encore retardée.

5 mars i63o.

DCLXIV DON CARLOS COLOMA AU SECRÉTAIRE COKE. iimaisi63o.

Monsieur.

Aiant entendu qu'une damoiselle de cette ville, laquelle sen alloit vers le Pais Bas en compagnie de mon gendre le S. Don Jean Vasquaz et le Se^'*" Rubens a dessein de se marier par delà avec un cavalier.... principal seroit arrestée avec une vieille servante et deux gentilshommes quy Taccompagnoient, par ordre du Conseil de sa

(i) Dans le Council Register Caroliis I, vol. V» p. 633, on lit : Januari 3i, 1629-1630. A Pass for Pielro Faille Rubens, one of the Coiincell of the King of Spaine, his Secretarie in hîs Previe Councell of Flanders, and one of the Gent. of the Houshold to the Archduchesse, to retourne back to the Low Countries, and to take with him his gent., servants, tnmcks of apparrell, and other things that he hath to carrie with him with out Search. Signed by the Lord Président and twelve of the privy Council. (NoKL Sainsbury, op. cit. p. 147.)

(2) Rubens ha ottenuto un passaporto del re con clausula particolare con la quale vengono pregati li signori stati di non inferirli alcuna molestia in ogni caso che li loro vascelli lo incontrassero nel viaggio. ^Dépêche de Soranzo au Doge de Venise du 25 janvier i63o. Gaciiard, op. cit. p. 188.)

Ti mars i63o. Majcsté suF la présuppositioii du Lieut* de Douvre disant qu'il y avoit

douze damoiselles qui vouloient passer la mer et comme je me tiens

du tout asseuré de vre bienveuillance et faveur je vous prie très

affectueusement d'interposer vre authorité afin que la dite damoiselle

soit non seulem* mise en liberté mais qu'elle puisse suivre son voyage

ce sera une œuvre digne de vre courtoisie quy m'obligera à la reconoître

en toutes sortes d'occasions auxquelles il vous plaira m'emploier soubz

asseurance que je me porteray en vre service avec autant d'affection

et vérité que je suis

Monsieur

Vre très afect°* et

humble servitour

De Londres ce ii Mars i63o. Don Carlos Coloma.

Monsieur le Secrétaire Cooke

Indorsed by Sec. Sir John Coke

1629 March 4 Don Carlos Colonna.

Ambassador for Spaine.

Manuscrits de Coke à Melbourne Hall, Derb5^ Communiqué par M. Noël Sainsbury.

DCLXV

12 mars i63o.

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