‹ Correspondance de Rubens et documents épistolaires concernant sa vie et ses œuvresChapitre 69 sur 104 · ET RÉSIDENT EN ANGLETERRE · texte numérisé non relu

ET RÉSIDENT EN ANGLETERRE

Monsieur.

Le secrétaire André de Rocas, par ordre du comte-duc, a dit dans le conseil que V. M. ordonne de lui proposer des personnes pour l'ambassade ordinaire en Angleterre et, comme don Carlos Coloma devra passer bientôt en Flandre et qu'il est possible que l'ambassadeur à nommer par V. M. ne pourra, pas partir de sitôt, le comte-duc a donné à entendre que V. M. aurait trouvé agréable que, dans l'intervalle, il soit envoyé un résident en Angleterre et il indiqua pour cette fonction le secrétaire Juan de Necolalde, Pierre-Paul

ai décembre t63o. Rubens et Jean-Baptiste van Maie, pour que le conseil dise à V. M. lequel de ces trois il préfère aux autres et après délibération on propose à V. M. les personnes suivantes sans désigner expressément aucune d'elles :

Le comte d'Oftate proposa comme ambassadeur Don Christobal de Benavente, don Manuel Pimentel, le marquis de Oropesa, et il préférerait que celui que V. M. nommera partit de suite, sans qu'il soit nécessaire de nommer un résident, mais dans le cas où l'ambassadeur ne pourrait pas partir à aussi bref délai et qu'il plût à V. M. que dans l'intervalle un résident soit envoyé» il propose Juan de Necolalde et Jean-Baptiste van Maie et trouverait comme très recommandable la personne de Pierre-Paul Rubens, à cause des relations qu'il s'est créées dans cette cour et pour les connaissances qu'il s'y est faites, mais que, comme c'est un homme de métier qui travaille de ses mains pour de l'argent, il lui paraît, selon sa manière de voir, que S. M. pourrait lui accorder assez difficilement le titre de son Ministre.

Le marquis de Gelbes propose comme ambassadeur : Don Fernando de Tolède, seigneur de Igares et D. Christobal de Benavente, Comte de Ofiate et Villamediana. Et comme résident : Le secrétaire Jean de Necolalde, Pierre-Paul Rubens, Jean-Baptiste van Maie.

Le Père confesseur propose pour l'ambassade : le marquis de Oropesa, le marquis de Mansera, le comte de Ofiate et Villamediana, et comme résident : le secrétaire Jean de Necolalde, Pierre-Paul Rubens et Jean-Baptiste van Maie.

Le marquis de Flores propose pour l'ambassade : le comte de Oftate et Villamediana, D. Manuel Pimentel, D. Christobal de Benavente, et comme résident : le secrétaire Jean de Necolalde et le secrétaire de l'ambassade qui aujourd'hui est le secrétaire de D. Carlos Coloma.

Le comte de Castrillo propose : Don Christobal de Benavente, le marquis d'Oropesa et le marquis de Castafieda. Quoique ce dernier soit nommé pour l'ambassade de France, on le voit ici inoccupé et sans grand profit et il lui semble que, dans l'état présent, il pourrait y avoir de l'inconvénient à retirer de ce poste, le marquis de Mirabel, vu que sa présence là-bas sera nécessaire pendant plusieurs jours, tandis que le marquis de Castafieda assisterait passivement à ce qui se passe. Il lui paraît qu'on pourrait se passer d'envoyer un résident en Angleterre; D. Carlos Coloma pourrait laisser gérer cette affaire par son secrétaire en attendant qu'on envoie un ambassadeur qui devrait y aller. Le secrétaire resterait à Londres avec toutes les relations qu'il a dans cette Cour et avec les meilleures introductions auprès de celle-ci et ainsi on évitera l'augmentation de traitement et les secours d'argent qu'il y aura à donner à celui qui devra y aller, dans le cas où on nommerait un ministre de plus à une fonction qu'il semble ne pas devoir remplir longtemps. Sans

compter que, en laissant ici le secrétaire de Cottington, on agit de la même 21 décembre i63o. manière en laissant là celui de don Carlos Coloma, sans augmenter le nombre des fonctions ni le montant des traitements.

Le père confesseur se rallie sur la question du résident à l'avis du comte de Castrillo.

Le comte de Castrillo en levant la séance dit : que si, en nommant le marquis de Castafteda ambassadeur en France, on n'innovait en rien, il proposerait à sa place le comte de Umanes.

Votre Majesté ordonnera ce qui lui plaira le mieux. A Madrid, ce -21 décembre i63o. Il y a cinq paraphes.

(Décret.) Le marquis de Castafteda occupe une ambassade égale à celle de l'Angleterre et a fort bien réussi dans celle de Gènes et on lui avait fait tort en le retirant de cette ambassade, comme si on lui faisait quitter celle de Gênes pour plaire à la république. Il semble aussi que, pendant que de Mirabel se trouverait en France, il gérera bien l'ambassade d'Angleterre et bien qu'on ne doive pas publier qu'on la lui donne ad intérim, vous, le secrétaire Rocas, sans en donner lecture au Conseil, vous le lui direz en secret, et aussi que j'ai confiance qu'il me servira là aussi bien qu'il l'a fait auprès du roi de France et de ses ministres compétents, qu'il se rendra digne de grandes récompenses et pourra être nommé à des postes plus élevés : et comme résident je nomme Juan de Necolalde et je veux que D. Luis Felipe parte absolument et sans faute pendant ces jours de fêtes et je m'étonne beaucoup que ce Conseil lui-même m'ayant conseillé comme très nécessaire de préparer des Espagnols aux dignités militaires et ayant désigné à cet effet D. Manuel Pimentel et l'ayant, pour cette raison nommé au commandement de la citadelle d'Anvers et ayant ordonné qu'il aille en Flandre, le même conseil change complètement d'avis en le recommandant comme ambassadeur pour l'Angleterre et il sera bon que le Conseil me dise s'il connaît quelque raison pour laquelle Don Manuel ne convient pas à suivre la carrière militaire.

COMMENTAIRE

La paix entre l'Angleterre et l'Espagne ayant été signée le i5 novembre i63o, la Cour d'Espagne voulut faire rentrer le plus tôt possible don Carlos de Coloma en Flandre, où il devait reprendre son commandement dans l'armée. Il s'agissait donc de désigner son remplaçant. A cet effet, le Conseil d'État fut convoqué à Madrid le 21 décembre i63o. Comme on prévoyait que le futur ambassadeur ne pourrait se rendre immédiatement à son poste, on voulut en même temps désigner un résident qui le remplacerait provisoirement.

31 décembre i63o. Pour ce dernier emploi le Conte-duc proposa trois candidats : Jean de Necolalde, secrétaire du roi qui se trouvait eii ce moment aux Pays-Bas ; Pierre-Paul Rubens et Jean-Baptiste van Maie, conseiller au Conseil des Finances, laissant le choix au Conseil d'État. Jean de Necolalde fut le candidat préféré et ce fut lui que Philippe IV nomma comme résident. Le comte de Oftate avait trouvé très recommandable la candidature de Rubens à cause des relations qu'il s'était créées à la Cour d'Angletere, mais il lui semblait que le roi ne pouvait décemment accorder le titre d'ambassadeur à un homme de métier qui travaillait de ses mains. A Londres, on avait cru à un certain nioment qu'il avait chance d'y revenir. Le 8 mars ï63o, l'ambassadeur vénitien Giovanni Soranzo écrivit au doge à propos de Rubens : « On croit que ce peintre peut encore revenir ici en qualité d'ambassadeur ordinaire. » (i) Le marquis de Castafieda fut nommé ambassadeur.

Le 7 janvier i63i, Philippe IV ordonna à l'Infante Isabelle d'envoyer Jean de Necolalde à Londres, mais la Gouvernante, ayant besoin de lui pour des affaires de comptabilité, le retint à Bruxelles et envoya à sa place Henry Taylor, un Anglais depuis longtemps fixé à Bruxelles. Philippe IV en exprima son mécontentement à sa tante par sa lettre du 6 avril i63i, dans laquelle il lui donna l'ordre d'envoyer immédiatement Rubens à Londres, ce qui ne se fit pas, comme nous verrons plus loin.

DCXCVI

3 février i63i. BALTHASAR MQRETUS A STEENHUYZE.

Also gecocht hebbe aile de resterende exemplaria van de

Opéra Huberti Goltzij, midtsgaeders vierhondert en vier copere platen daer toe dienende, de welcke Jacobus de Bie saliger heeft doen drucken met privilégie aen hem eertydts verleent, soo ist dat ick desgelyckx van

de voors. Opéra Huberti Goltzij Octroij versoecke

Vuyt Antwerpen den 3^"^ february i63i.

Archives du Musée Plantin-Moretus. Copie de lettres i625-i635, p. 171.

(i) Si crede che questo pittore possa ancora venir per ambasciator ordinario. (Archives de Venise ;-eg. 35 IngMterra t63o, pièce 34. Cité par Gachard, op. cit. p. 197.)

TRADUCTION. 3 février i63i.

. BALTHASAR MORETUS A STEENHUYZE.

Comme j'ai acheté tous les exemplaires restants des œuvres

de Hubert Goltzius ainsi que quatre cent et quatre gravures sur cuivre y appartenant que feu Jacques De Bie a fait imprimer avec le privilège qui lui avait été accordé autrefois à cet effet, je sollicite également Toctroi des

dits Opéra Huberti Goltzii

D'Anvers, le 3 février i63i.

COMMENTAIRE

Par cette lettre adressée à Steenhuyze, le secrétaire du Conseil de Brabant, Balthasar Moretus, sollicite de ce corps le privilège pour une édition nouvelle des Œuvres de Hubert Goltzius. Il avait acheté de Rubens ce qui restait de la seconde édition de cet important ouvrage archéologique. La première édition avait été publiée à Bruges de i563 à iSyô par Hubert Goltzius lui-même en quatre volumes in-folio, auxquels il faut joindre ses Images des empereurs romains publiées à Anvers, en cinq langues différentes, de iSSy à iSSg, et le Thésaurus rei antiquxiriœ^ in-40, imprimé chez Plantin en 1579.

La seconde édition des Œuvres fut publiée à Anvers, de 1617 à 1620, en quatre volumes, in-folio, par Jacques De Bie (Biaeus) et imprimée par Gérard Wolschaten. Elle ne comprenait ni les Images des empereurs romains ni le Thésaurus rei antiquariœ.

Goltzius grava lui-même les nombreuses planches que renferme la première édition de ses œuvres. Ces planches servirent dans l'édition de De Bie, à l'exception des frontispices dont deux furent copiés et deux furent remplacés par d'autres compositions pour la seconde édition.

A la mort de Jacques De Bie, un grand nombre d'exemplaires de son édition étaient invendus. Avec les cuivres des planches, ils devinrent la propriété d'un certain Jacques Loemans dont Rubens les acquit. Cette vente comprenait aussi 24 exemplaires imparfaits des Empereurs romains de la première édition.

Le document suivant non daté que nous avons trouvé dans les papiers de la maison plantinienne nous apprend en quoi consistait cet achat et comment Rubens céda à Balthasar Moretus les volumes acquis et complétés.

DCXCVII

3févrieri63i. COMPTE DE RUBENS CONCERNANT

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