SOUFFLOT A MARIGNY
Paris, le 16 août 1764.
Monsieur, j'ai remis à M. Belle l'ordonnance des gratifications que vous m'aviez fait l'honneur de m'adresser, et l'état de répartition qui y était joint, pour être émargé de la signature de chacun de ceux qui avaient à recevoir ; il me l'a rendu tel que vous avez ordonné qu'il soit, et j'ai l'honneur de vous l'envoyer, avec les mémoires des entrepreneurs et fournisseurs des Gobelins, et le compte général de ce qui leur est dû ainsi qu'à M. Duvivier de la Savonnerie jusques à la fin de juin dernier, montant à 186.375 1. 17 s. 11 d., suivant ce que j'ai reconnu des ouvrages faits pendant les six premiers mois de la présente année ; sur quoi il ne peut pas y avoir de différence considérable en plus ou en moins. Vous voyez, Monsieur, les embarras dans lesquels nous serons nécessairement si vous n'avez pas la bonté d'obtenir des secours efficaces pour ces deux manufactures, et combien il aurait été difficile, pour ne pas dire impossible, qu'elles se fussent soutenues sans les ventes faites pour les Affaires Etrangères, et pour Paris et l'Angleterre.
Ce n'est pas la faute des entrepreneurs si je n'ai pas envoyé plus tôt les mémoires ; j'eus l'honneur de vous en parler il y a quelque temps et de vous dire que l'année dernière M. Mollet (1) avait trouvé à redire à ce que je les arrêtais et
(1) Louis Mollet, l'un des trois Contrôleurs généraux des Bâtiments chargés de « dresser les devis et marchés, apprécier le prix des maté- « riaux en tout genre, recevoir les enchères, faire les adjudications des « ouvrages et marchés, les vérifier pendant leur année d'exercice, juger « de leur bonté et solidité, et en arrêter les mémoires de dépenses. » A la mort de Jean-Charles Garnier d'Isle, autre Contrôleur général, Marigny avait obtenu du Roi pour Soufflot l'agrément de sa charge, le 3 novembre 1763.
les réglais, comme cependant je l'avais toujours fait jusqu'alors, et qu'il avait cru devoir rayer ; j'ai en conséquence attendu que je fusse reçu en charge pareille à la sienne, et le voyage de Ménars qui est survenu ensuite (1) m'a empêché de les mettre en ordre jusqu'au retour ; j'ai ensuite cru, Monsieur, qu'il serait bon d'y joindre un compte général, et je les ai gardés quelques jours pour le faire.
A l'égard de ceux de l'année dernière, l'occupation extraordinaire et très considérable que me donnait la salle d'Opéra (2) retarda beaucoup de petits détails et de mémoires, et j'avais parlé de la cause à M. Périer dans le temps ; quant aux autres mémoires du département, je ne cesse de répéter vos ordres aux entrepreneurs pour les donner promptement ; mais je ne parviens pas toujours à leur faire tenir leur promesse, quelque moyen que j'emploie de ceux que je puis mettre en usage.
Archives Nationales, O1 2045.
Du 21 octobre 1764.
Voyez, Monsieur, sans délais, où en est la tenture de tapi sseries des Gobelins que M. le duc de Prasiin désire en échange de celle dont le Roi lui a fait présent ; il serait fort à désirer qu'elle pût lui être livrée au plus tôt et d'une manière
(1) Marigny venait de passer quelques mois dans sa terre de Ménars. qui lui appartenait depuis la mort de Mm« de Pompadour, 'morte le 15 avril 1764.
(2) A la suite de l'incendie de la salle du Palais-Royal où l'Opéra était installé, le 6 avril 1763, Soufflot avait été chargé avec Gabriel d'aménager une salle de théâtre provisoire sur celui des Machines aux Tuileries. La salle de Soufflot fut inaugurée le 24 janvier 1764 parla reprise
de Castor et Pollux de Rameau.
qu'il en fût satisfait ; il en résulterait la rentrée au moment même du prix de cette tenture destiné à soulager d'autant les deux manufactures. Informez-moi du temps où cette tenture pourra lui être délivrée.
Archives Nationales, O1 1112.