‹ Correspondance de Soufflot avec les directeurs des bâtiments concernant la manufacture des Gobelins, 1756-1780Chapitre 11 sur 224 · SûUFFLOT A MARIGNY · texte numérisé non relu

SûUFFLOT A MARIGNY

Paris, le 20 octobre 1756.

Monsieur, je passai hier la journée aux Gobelins ; j'y fis les recherches nécessaires pour vous rendre raison de ce que vous m'avez fait l'honneur de me demander au sujet des tapisseries dont M. le Chancelier vous a parlé. Il est vrai, Monsieur, que le Roi en a donné à MM. ses prédécesseurs et à MM. les Gardes des Sceaux. J'ai extrait du registre du concierge (1) l'état que j'ai l'honneur de vous envoyer pour vous mettre au fait de cet objet ; mais je dois vous prévenir que les tableaux qui avaient été faits exprès pour ces tentures sont absolument hors d'état de servir ; on les appelait tentures de la chancellerie (2), parce qu'elles étaient composées d'objets qui y étaient relatifs, soit en figures soit en ornements. Le fond en

vonnerie et du Levant, travaillaient des ouvriers des Gobelins embauchés pour l'étranger. Pourtant le droit du roi de France était certain : comme l'affirmait une lettre du contrôleur d'isle du 26 juillet 1752, « ayant été élevés la plupart dans leur métier, et travaillant pour « le Roi,dont ils sont sujets, ils ne doivent pas porter en pays étranger le « talent dans lequel ils se sont formés en France, du moins sans la « permission du directeur des Bâtiments ». — En 1748 plusieurs ouvriers des Gobelins : Farcy, Rançon, « bon ouvrier, officier de tête », La Tour, etc., séduits par l'appât du gain et l'espoir de faire fortune, es- , sayent de sortir de France munis de passeports portugais. Mais Duchesne, prévôt des bâtiments, les fait transférer au Fort-1'Evêque. — En juillet 1752, Marigny fait « moucher » et suivre Rançon père et fils par Buhot, inspecteur de police, et fait arrêter par le prévôt des bâtiments et conduire dans les prisons du Fort-PEvêque le nommé Dufresne, ouvrier de'la Savonnerie. Rondet, un des meilleurs ouvriers de haute lisse de l'entrepreneur Audran, paraît commencer à entrer dans le complot. Marigny fait enfermer Rondet fils à Bicêtre, puis' le fait « passer aux îles », dans les troupes de la marine. — En 1766, il sera encore question d'embauchage d'ouvriers de haute et basse lisse pour l'Angleterre.

(1) Le concierge des Gobelins tenait registre de toutes les tapisseries.

(2) Sur les tentures de la Chancellerie, voir Fenaille, op. cit., vol. I, p. 421 ; vol. II, p. 133-151.

était bleu et semé de fleurs de lis, ce qui faisait qu'elles ne revenaient qu'à 460 livres l'aune carrée. Si vous souhaitez, Monsieur, qu'on remonte de ces tentures, il faudra faire de nouveaux tableaux. Pour y parvenir, je ferai rassembler les morceaux qui ont été coupés pour la basse-lisse, parce qu'on n'avait pas alors un M. Neilson qui a su la faire travailler sans cela (1); et d'après ces morceaux étendus on fera une esquisse par laquelle vous verrez ce que c'était, et une de la manière dont je penserais qu'on pourrait faire les nouveaux tableaux, pour éviter la dépense dans les tentures. On croit aux Gobelins que l'on doit faire à Beauvais une tenture pour M. le Garde des Sceaux, au lieu de celle qui lui reviendrait des dits Gobelins ; j'ai peine à le croire, parce qu'il me paraît que l'objet de celles-ci était d'avoir dans une famille un monument de la dignité dans laquelle elle avait été. C'est par cette raison, Monsieur, que je pense qu'il conviendrait d'en refaire des tableaux, afin que ce service ne passe pas dans une autre manufacture et reste à celle des Gobelins qui est sous vos

ordres.

Archives Nationales, O1 2044.

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