‹ Correspondance de Soufflot avec les directeurs des bâtiments concernant la manufacture des Gobelins, 1756-1780Chapitre 12 sur 224 · SOUFFLOT A MARIGNY · texte numérisé non relu

SOUFFLOT A MARIGNY

Paris, le 23 octobre 1756.

Monsieur, la lettre que vous avez écrite à M. Cozette et qu'il a communiquée à ses confrères, mettra dans la manufacture l'ordre que vous désirez ; il leur est un peu difficile de

(1) En 1750, Neilson avait fait calquer les traits des tableaux sur des bandes de papier transparent, lesquelles, une fois retournées et placées sous la chaîne, permettaient d'exécuter les copies dans le sens véritable des originaux. Quant aux tableaux, intacts désormais, ils restaient exposés pendant toute la durée du travail à côté de l'artiste, qui pouvaient à loisir les étudier (Albert Gurmer, Notice sur Jacques Neilson, 1878).

s'accoutumera l'existence de l'inspecteur actuel; son prédécesseur n'en avait, pour ainsi dire, que le titre; j'espère que mon zèle, secondé du sien, amèneront toutes choses au point où vous les voulez.

Pendant votre [absence, Monsieur, je m'occupe essentiellement de cette manufacture, et j'espère parvenir, avant la fin de l'année, à achever la combinaison des différents objets que je crois devoir mettre sous vos yeux, pour son bien ; j'irais plus vite si je craignais moins les dangers de l'amour du mieux, et les intérêts particuliers.

En attendant, j'ai l'honneur de vous proposer un arrangement que l'examen me fait regarder comme nécessaire. Vous verrez, Monsieur, par le plan d'un pavillon qui est près de l'entrée de la maison (1) et que je prends la liberté de vous envoyer, qu'il est composé de cinq grandes pièces et deux cabinets; je crois que tout cela était destiné au service de la maison ; on m'a assuré que feu M. Parrocel étant chargé des tableaux qu'il fit lors de l'ambassadeur turc (2), on lui permit de les faire dans la pièce A qu'il garda ensuite comme atelier ; on l'a laissé comme tel à M. L'Enfant (3) qui lui a succédé pour les batailles ; c'est un homme de beaucoup de mérite ; il convient qu'il ait un bon atelier. Celui B où peint M. Belle serait à peu près égal, pour le travail ; mais je pense qu'il convien-

(1) Le percement de l'avenue des Gobelins fit disparaître, en 1867, une partie des bâtiments1 de Louis XIV avec la porte qui s'ouvrait jadis sur la rue Mouffetard, au fond d'une demi-lune, en face de la chapelle, alors placée dans l'axe de la porte principale, à l'extrémité de la grande avenue formée par les deux pavillons parallèles de Louis XIV, dont l'un a été détruit par l'incendie de 1871.

(2) Charles Parrocel (1688-1753), mort aux Gobelins, avait peint deux tableaux à l'occasion de la réception en audience solennelle par Louis XV en 1721 de l'ambassadeur turc Méhémet Effendi : l'Entrée de V ambassadeur turc dans le jardin des Tuileries et la Sortie du cortège après la réception royale ; ils' ne furent exécutés qu'une fois en tapisserie.

(3) Pierre Lenfanl, élève de Charles Parrocel, mort aux Gobelins en

drait mieux qu'il eût celui de M. L'Enfant, pour Tordre que vous voulez établir ; les raisons sont, Monsieur : 1° que sa porte répond immédiatement au vestibule par lequel on entre lorsqu'on veut aller dans la galerie où l'on tend les pièces pour les faire voir aux étrangers, et que par conséquent il serait à portée en travaillant de voir ou d'entendre ceux qui arrivent et de s'informer de ce qu'ils souhaitent.

2° C'est que je pourrais faire placer un grand poêle de fer qui est aux Gobelins dans l'embrasure d'une ancienne fenêtre marquée C : ce poêle échaufferait son atelier où seraient les tableaux tendus de petite grandeur destinés au service, et le magasin D où sont les tableaux roulés qui y souffrent beaucoup de l'humidité dans les hivers.

3° C'est qu'il serait à portée de veiller sur les opérations qui se font dans le vestibule, sans avoir à faire, pour y aller, le tour par la cour ou par les magasins, ainsi qu'il y est obligé actuellement. Et enfin c'est qu'il aurait encore les cabinets et l'entresol pour l'entrepôt des petits tableaux tendus qui seraient sous sa main ; ces tableaux deviendront plus nombreux si vous agréez, Monsieur, un parti que je ne prendrai que sur les ordres dont vous voudrez bien m'honorer.

Nous avons dans la manufacture beaucoup d'anciens tableaux hors de service ; les uns ont été gâtés à force de les rouler et dérouler ; les autres ont été coupés pour l'exécution ; mais il s'y trouve bien des parties assez conservées pour former, en les séparant du mauvais, beaucoup de tableaux plus ou moins grands, que l'on ferait ajuster et tendre sur châssis; ils fourniraient en différents genres d'excellents morceaux d'étude pour les jeunes gens, et d'utilité pour la manufacture et les arts ; ils seraient aussi, Monsieur, une preuve de l'estime que vous avez pour les ouvrages des grands maîtres. J'ai prié M. Boucheras me donner un jour delà semaine prochaine pour les examiner avec soin, afin de pouvoir vous en rendre un meilleur compte que par mon seul jugement.

Nous en avons aussi de M. Jouvenet (1) et d'autres bons maîtres qui ont été faits tant de fois en tapisserie et qui ont si fort changé que je ne crois pas qu'on les exécute davantage ; on pourrait peut-être les remettre dans un état passable, les tendre sur châssis et les placer dans de grandes salles ; en y réfléchissant j'ai pensé qu'il serait possible d'en décorer quelques pièces du Grand Conseil (2), entr'autres celle de la chapelle ; on pourrait les renfermer entre des pilastres, choisis parmi ceux que vous m'avez ordonné d'enlever de la galerie des plans (3) ; je ne trouve pas dans nos menuisiers un grand zèle pour cette acquisition ; l'idée d'en pouvoir faire l'emploi au Louvre m'a fait suspendre cette démolition (4).

Archives Nationales, O1 2044.

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