‹ Correspondance de Soufflot avec les directeurs des bâtiments concernant la manufacture des Gobelins, 1756-1780Chapitre 131 sur 224 · Marigny a Soufflot · texte numérisé non relu

Marigny a Soufflot

Du 26 mai 1766.

Monsieur, vous me marquez que M. le duc de Choiseul a demandé pour le dépôt des Affaires Etrangères la tenture à'Esiher dont le prix, y compris le rabais du tiers et celui de l'aunage, est de 29.667 1. J'ai signé l'ordre de la délivrer, et il doit vous être parvenu (1).

A l'égard du tapis delà Savonnerie aussi demandé par M. le

(1) Cette septième tenture d'Esther fut livrée au comte de Starhem- Jberg, ambassadeur de l'empereur d'Autriche, le 5 janvier 1767.

duc de Choiseul, et sur lequel vous me proposez le rabais d'un tiers, je vous observerai qu'il n'a jamais été question que d'un quart de diminution sur les ouvrages de celte manufacture. Cependant, attendu l'urgence du cas, c'est-à-dire la proximité du départ de l'ambassadeur de l'Empereur pour qui il était destiné, je vous ai envoyé l'ordre de le faire délivrer ; mais dans l'état que vous formerez de ces fournitures, vous ne porterez que le quart en diminution, conformément au mémoire de M. le duc de Clioiseul le... 1763, dont vous vous appuierez; il sera temps de discuter cet objet avec les Affaires Etrangères si elles élèvent quelque difficulté sur ce prix.

J'approuve tout à fait les soins que s'est donné M. Neilson pour rendre les quatre pièces de Y Ancien Testament à un tiersde rabais à cause de leur ancienneté (1) ; vous avez dû recevoir aussi l'ordre pour les faire délivrer. La totalité du prix et de la gratification accordée aux entrepreneurs pour la rentrayure, et autres frais et peines, sera remise au trésorier des Bâtiments, et je ferai délivrer cette gratification sur un ordre particulier.

Je vois que M. Cozette a trouvé des acquéreurs pour les deux pièces de la tenture ancienne appelée la galerie de Saitit- Cloud (2) qui, ayant coûté dans le temps au Roi la somme de 8.6H 1. 12 s. 9 d., pourrait se donner en rabattant le tiers pour 5.741 1. 1 s. 9 d. ; à quoi il faut ajouter 410 1. pour frais de rentrayure et peines des entrepreneurs ; j'approuve ces conditions, et l'ordre de la délivrer sera expédié sitôt que

(1) Quatre pièces de la tenture en huit pièces de l'Ancien Testament d'après Antoine et Charles Coypel. Vendues moyennant 10.92i 1. 11 s. 8 d. L'acquéreur était mylord comte de Fife ; les pièces étaient : Tobie. La reconnaissance de Joseph. La chaste Suzanne. Le Jugement de Salomon. (Sur cette tenture, voir Feuaille, op. cit., vol. II, p. 91 et 92).

(2) Cette tenture reproduisait les six panneaux de la galerie décorée par Mignard dans le château de Saint-Cloud pour le duc d'Orléans. M. de Mazade en achetait deux pièces : le Parnasse et Lalone (Voir Fenaille, op. cit. y vol. I, p. 415 ; vol. III, p. 153).

le marché sera conclu. A l'égard de la tenture des Scènes d'opéra et de celle appelée de Dresde (1), M. Cozetle a eu raison de répondre qu'elles n'étaient point dans le cas de la diminution du tiers ; je ne suis pas même dans l'intention d'en faire aucune, attendu que ce sont des pièces neuves, et, comme je vous l'ai déjà dit, condescendre à baisser le prix de tentures neuves pour tous autres acquéreurs que les Affaires Etrangères entraînerait la ruine de la manufacture. Au reste je ne m'oppose point à ce que M. Cozette traite pour les fauteuils et canapés que quelques particuliers veulent faire exécuter, et qu'il les entreprenne pour son compte ; c'est un moyen d'occuper ses ouvriers sans que ce soit aux frais du Roi.

Votre troisième lettre m'annonce que M. de Mazade a choisi quatre pièces de haute lisse et deux de la basse, le tout montant, y compris la gratification, à 19.457 1. 1 s. ; l'ordre de les délivrer vous a été envoyé ; M. Cozette aura soin d'en tirer le prix et de le déposer chez le trésorier des Bâtiments. J'ai maintenant quelques observations générales à faire.

1° Les états que vous m'avez envoyés ne sont signés ni de l'inspecteur de la manufacture, ni du garde-magasin, ni enfin de qui que ce soit. Qu'est-ce qui me constate que les pièces y énoncées sont de telles dimensions et ce qu'elles ont coûté?

(1) Au moment du mariage du Dauphin avec Marie-Josèphe de Saxe en 1747, une série de quatre modèles de tapisserie avait été commandée à Charles Coypel pour la décoration du cabinet de la reine de Pologne à Dresde. Cette tenture, dite tenture de Dresde, avait été livrée en 1752; les modèles représentaient: 1° Psyché abandonnée par l'Amour, [Psyché de Molière). — 2° Rodogune, (de Corneille). — 3° Roxane et Atalide, (Bajazet de Racine). — 4° Alceste ramenée des enfers par Hercule, (de Quinault). Les mêmes modèles, joints à ceux de la tenture dite des Fragments d'Opéra, — (Renaud endormi, par C. Belle, d'après Ch. Coypel ; l'Evanouissement d'Armide, d'après Ch. Coypel ; Psyché considérant V Amour Endormi, d'après C. Belle ; Roland ou la noce d'Angélique, d'après Ch. Coypel ; Athalie interrogeant Joas, par C. Bel'e, d'après Ch. Coypel), — formaient la tenture dite des Scènes d'Opéra et de Tragédie ou des Scènes de Théâtre. (Voir Fenaille, op. cit., vol. III, p. 139-153).

Cette petite formalité serait nécessaire pour mettre l'opération -en règle.

2° Je suis étonné que la vente faite à M. de Mazade se soit traitée et conclue sans que j'aie reçu de sa part la moindre marque d'honnêteté ; une autre fois, lorsque vous aurez occasion de traiter avec des acquéreurs, vous voudrez bien, après m'avoir fait part de leurs propositions, les inviter à s'adresser à moi pour terminer.

3° 11 n'y a dans mes bureaux aucun état général des ouvrages des Gobelins ou de la Savonnerie existant en magasin ; il serait cependant dans Tordre qu'un pareil état y fût déposé ; en conséquence vous aurez agréable d'en faire dresser un, lequel sera signé du garde-magasin et de l'inspecteur, et dans lequel vous comprendrez les dimensions de chaque tenture, son prix, l'année où elle aura été fabriquée, son état de vétusté ou de fraîcheur, enfin tout ce qui peut servir à donner des renseignements et à guider pour le prix qu'il convient d'y mettre.

Paris, le 18 juillet 1766.

Monsieur, j'ai remis à M. de Montucla (1) dans le temps l'état des tapisseries qui se trouvent au magasin des Gobelins, ainsi que vous l'aviez ordonné par une lettre à la fin du mois de mai ; je joins ici celui de la Savonnerie, et j'ai noté en marges les objets délivrés ou à délivrer jusqu'à ce jour. Il y avait pour la règle de ces magasins un établissement délivres,

(1) Premier commis du bureau de la Direction générale, auteur d'une Histoire générale des mathématiques.

l'un chez M. Cozetle, concierge, l'autre dans mon bureau, et le troisième dans celui de Versailles ; j'y envoyais des états sur lesquels on marquait dans le livre ce qui était entré et sorti. Ceux d'ici sont en règle jusqu'à ce jour ; mais j'ai été à Versailles dans le bureau où était le troisième, et l'on m'a dit que M. Pillot, de son temps, l'avait laissé en arrière, ne l'ayant pas regardé comme bien nécessaire. Si vous pensez différemment, Monsieur, il ne serait pas bien difficile de les mettre en ordre d'après ceux d'ici, ou d'après des copies des états des différentes années que j'ai ici ; ou bien, si vous l'ordonnez, on pourrait faire de nouveaux inventaires des magasins d'après lesquels on partirait, c'est-à-dire des vérifications des états de la présente année ou du commencement de la prochaine ; mais je crois que tout ici est bien en règle, et j'y ai des doubles d'état d'année en année remis par les concierges des deux manufactures, et de plus le livre appelé Vert des Gobelins qui en fait le contrôle, et sur lequel on peut voir, comme on le verrait sur celui de Versailles s'il eût été continué, la grandeur des pièces à mesure qu'on les délivre, sauf la diminution qui s'opère par la retraite des chaînes, ainsi que j'ai eu l'honneur de vous le marquer plusieurs fois et que vous le verrez encore sur un état ci-joint de quatre pièces dont M. Neilson a la commission pour M. le duc de Richemond (l)à Londres, et d'un tapis de la Savonnerie. Comme les entrepreneurs ont toujours travaillé depuis le dernier argent reçu, et qu'ils étaient en avance de sommes considérables, leurs embarras vont renaître, si vous n'avez la bonté de les soulager. Cette vente en donnerait le moyen, si vous agréez qu'on la fasse ; le rabais sur l'aune n'est pas du tiers et celui du tapis n'est qu'au quart, ainsi que vous l'avez ordonné.

(1) Quatre pièces de Don Quichotte (Voir Fenaille, op. cit., vol. II,. p. 213-215). Le duc de Richemond était ambassadeur à Paris en 1765. — Le duc de Richemond actuel possédait encore ces pièces en 1900, à. Goodwood (Chicbester).

Vous étiez malade, Monsieur, dans le temps de la vente faite à M. de Mazade ; c'est peut-être ce qui fit qu'il ne pût pas vous voir, mais ce n'a été que d'après vos ordres réitérés que j'ai terminé avec lui, sans lui faire la moindre diminution, pas même de la retraite sur les quatre pièces, toutes neuves à la vérité, qu'il a prises de la tenture des Scènes d'Opéra appelées de Saxe. Vous m'avez ordonné pour l'avenir de dire aux acquéreurs de s'adresser à vous pour terminer ; je ne le peux pas, Monsieur, pour ce qui concerne M. le duc de Richemond, parce qu'il est à Londres, mais je me conformerai à vos ordres pour les personnes d'ici qui voudraient acheter des tentures, et je m'y suis déjà conformé à l'égard de M. le duc de Choiseul qui en a demandé pour une somme assez considérable, qu'il destine, je, crois, à des pièces du château de Chanteloup, et sur lesquelles il demande la diminution que vous avez -accordée sur les tentures qui se prennent pour les Affaires Etrangères.

Archives Nationales, O1 1554.

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