SOUFFLOT A MaRIGNT
20 février 1768.
Monsieur, j'ai eu l'honneur de vous informer, lorsqu'elles ont eu lieu, des évasions des ouvriers des Gobelins, et même des soupçons que je pouvais en avoir; j'ai eu aussi celui de vous rendre compte des soins que M. de Sartines a bien voulu prendre et des ordres qu'il a donnés avec fruit dans différentes circonstances : il a chargé de cette partie M. Buot, inspecteur de police, qui y a toujours mis le plus grand zèle et la plus grande activité, comme il le fait pour la manufacture de Sèvres dont il m'a dit qu'il recevait 400 1. de gratification annuelle. Je crois que nos ouvriers lui ont donné au moins autant de peines que ceux de Sèvres et j'ai l'honneur, Monsieur, de vous en rendre compte, afin que dans l'occasion vous vouliez bien lui procurer quelque dédommagement des peines très réelles qu'il a prises pour le bien de nos manufactures.
Il y a déjà quelque temps que l'on m'a parlé pour le retour du nommé Sentigny, mais j'ai fait le difficile, parce que je crois qu'il a grande envie de revenir, et que je sais qu'il s'en est allé sans raison et après même lui avoir accordé de passer
chez M. Cozette, comme il le désirait, à la suite d'une tracasserie qu'il avait eue avec M. Audran à qui il avait manqué. C'est un bon ouvrier, mais il le sait et s'est quelquefois conduit en conséquence ; il serait d'un très mauvais exemple de lui donner, pour l'engager à revenir, une pension à la connaissance des autres ouvriers : ce serait en quelque façon induire les bons à s'éloigner pour composer, comme lui, sur leur retour. Sa femme désire fort qu'il [revienne, et quoi qu'on lui fasse où il est d'assez gros avantages, pour peu qu'il fut parvenu à une pension son sort serait presque égal, car M. Cozette m'a assuré qu'il est fort de la main, et qu'en travaillant assidûment il pourrait gagner aux Gobelins 1.800 et peut-être 2.000 livres par an. Il serait bien aise de l'avoir dans son atelier, mais si vous voulez, Monsieur, lui accorder 200 1. par an pour qu'il revienne, il faudrait que cette somme fut censée lui être donnée en gratification par M. Cozette, qui la passerait dans ses mémoires de dépense et que vous auriez la bonté d'en rembourser ; de cette manière il aura ce qu'il demande, mais il ne pourra pas dire que ce soit le prix de son retour. Je joins ici dés certificats que vous ^n'avez demandés.
Archives Nationales, O1 1554.