Marigny a Soufflot
A Fontainebleau, le 17 novembre 1768.
J'ai peine à croire, Monsieur, que la nouvelle que vous me -donnez d'une seconde visite de la manufacture des Gobelins, projetée par le Roi de Danemark pour demain lundi vers midi à son retour de Fontainebleau, ait quelque réalité ; car
Déjà, en 1739, Louis XV avait fait présent à la reine de Danemark de glaces et de tapisseries de la Savonnerie. En octobre 1759, un «grand tapis de la Savonnerie, composé de neuf pièces encadrées dans une seule bordure », était encore destiné pour le Danemark (Lettre de Marigny à Soufflot du 4 octobre 1759, A. N. 0* 1158).
(1) Sur le cadeau fait par Louis XV en 1768 au roi de Danemark, voir Fenaille, op. cit., vol. III, p. 25-26, 59-60, 307-308. — Les services de Sèvres oflerts au roi de Danemark en 1768 et au roi de Suède en 1770, valaient 41.664 livres. Le cadeau fait au roi de Danemark comprenait deux plaques de porcelaine-tableaux, l'un d'après le Sacrifice à Pan xle Pierre, l'autre d'après des Amours de Van Loo (Lechevallier-Chevignard. La manufacture de porcelaine de Sèvres, 1908, p. 59).
— Sur le voyage de Christian VII en France, voy. Journal du duc de Croy, publié par le vicomte de Grouchy et Paul Gottin, t. II, p. 356 et s. « Le roi de Danemark ne se fait appeler que Son Altesse Sérénissime. « Il parle bien toutes les langues, et fort bien la nôtre. II paraît avoir « grand désir de plaire par le bon ton français qu'il allait étudier à Pa- « ris, ce qui paraît être le principal but de son voyage, le ton français « étant le modèle qu'on veut copier dans le Nord... etc. » Arrivé à Paris Je 21 octobre, le roi de Danemark part le 9 décembre.
lorsque j'ai fait ma cour à Sa Majesté Danoise il n'en a été nullement question, non plus qu'avec M. de Bemstorff, mais seulement d'aller voir l'Académie (1) et la Savonnerie mardi prochain ; à tout événement néanmoins vous ferez bien de vous rendre demain de bonne heure aux Gobelins afin de faire tout préparer pour la réception de ce monarque. Je pars de très grand matin pour Paris, et je serai vers les dix heures à la manufacture où je m'arrêterai pour savoir plus positivement ce qu'il y a de réel dans la nouvelle que vous m'annoncez, et, en cas de besoin, me mettre en état d'y recevoir ce prince (2).
Archives Nationales, O1 2046.