SOUFFLOT A MARIGNY
Paris, ce 5 novembre 1769.
Mousieur, autant que je le peux je cherche à vous éviter l'ennui des tracasseries et des manques de subordination dont
« que quand on lui paiera son mémoire de 1768 ; si M. le Directeur « général veut bien y consentir, ces tableaux appartiendront tout de m suite à la manufacture ; il est supplié de donner ses ordres à cet « égard ». Marigny donne son agrément le 17. — Sur les pièces de Venus sur les Eaux, la Pêche et la Diseuse de Bonne Aventure, exécutées d'après Boucher' par Neilson, voir Fenaille, op. cit,, vol. III, p. 236-238, 273, 346.
(1) Sentigny. — Voir plus haut la lettre du 11 août 1765.
(2) Le prix d'ensemble du portrait du Roi, exécuté en tapisserie par Cozette d'après le grand portrait en pied de Louis XV par Louis Michel Van Loo, revint à 8.055 livres au lieu de 7.252 livres, prix de la première exécution par Audran (Fenaille, op. cit., vol. III, p. 308).
je m'aperçois aiîx Gobelins. La situation de cette manufacturedepuis plusieurs années, suite de la disette des fonds, m'a fait plusieurs fois préférer l'indulgence à la rigueur ; mais il serait fort à désirer que la plupart de nos ouvriers se passassent de vin : il y aurait moins de cabales parmi eux, nous n'aurions pas de ces scènes désagréables, il y aurait dans la manufacture une subordination qui commence à n'y plus exister et qui cependant y est nécessaire ; l'établissement des gardes que vous y avez mis aurait dû y contribuer, mais depuis qu'ils y sont l'esprit d'indépendance semble s'y être de plus en plus établi (1). Je vous supplie de m'informer de vos intentions sur cette affaire, et de me donner les ordres que vous jugerez con* venables pour arrêter les cabales et leurs effets.
Archives Nationales. O1 204b\
i94. SoÛFFLOT A MARIGN^
Paris, 21 novembre 1769.
Monsieur, nous avons aux Gobelins une ancienne Tenturedes Indes d'autant plus passée qu'elle a été prêtée en plusieurs circonstances depuis environ 1 720 qu'elle a été faite ; elle est, de plus, d'une hauteur si considérable qu'elle ne peut pas convenir ici à des particuliers (2) ; Tjar ces raisons elle est portée
(1) Cf. à la même époque, les mutineries à la machine de Marly, donl les ouvriers s'agitent en février 1770. En octobre 1771, « comme il « est dû à ces ouvriers un an et demi de leur subsistance, et que le « boulanger leur refuse du pain », le contrôleur de la machine « craint leur révolte ». (Lettre du contrôleur du 2 octobre). En juillet 1772, « les ouvriers s'attroupent pour présenter des placets ». — Cf. aussi une lettre de Lécuyer, contrôleur du château de Versailles, du 21 juin 1773 : une émeute éclate parmi les ouvriers de l'aile nord de la cour royale, « n'étant pas payés de trois quinzaines. »
(2) 11 s'agit ici de la Tenture des Indes en huit pièces dont le modèle
sur l'état de vente que vous avez approuvé pour 16.050 1. au lieu de 28.470 1. qu'elle a coûté à faire dans son temps ; c'est à raison de 150 1. l'aune carrée, à quoi ajoutant la pistole par aune que vous avez accordée aux inspecteurs et entrepreneurs pour leurs démarches, peines et frais et pour les rentraitures occasionnées par ces ventes, le prix monte à 160 1. l'aune, et le produit total à 17.120 1. Ce prix a paru trop fort à plusieurs personnes ; il s'en présente aujourd'hui une qui paierait tout de suite en argent comptant ; si vous vouliez, Monsieur, qu'on la délivrât pour 16.000, y compris la pistole, dans ce cas il pourrait en revenir au Roi 15.000 et 1.000 aux entrepreneurs, qui n'auraient pas tout à fait la pistole par aune pour cette lois, mais qui trouveraient dans cette vente un secours dont ils ont grand besoin, si vous aviez la bonté de leur donner cette somme à compte de ce qui leur est dû. L'acheteur est un négociant qui est tantôt à Paris, tantôt aux Indes et à la Chine. 11 a su dans son dernier voyage que l'empereur de la Chine a été enchanté d'une tenture, probablement de Beauvais, que M. Bertin(l) envoya il y a quelques années pour voir si ces ouvrages pourraient plaire à la Chine et procurer des échanges, au lieu de les faire par argent ; l'empereur en a été si satisfait que, n'ayant que des palais dont les appartements sont peu élevés, il en a fait faire un pour placer sa tenture (2).
original avait été offert à Louis XIV par le prince Maurice de Nassau, et dont la première reproduction avait occupé les tapissiers pendant toute la seconde moitié du règne.
(1) Contrôleur général des finances en 1759, protecteur des lettres et des arts, fit publier les Mémoires sur les Chinois du P. Amiot.
(2) Sans doute la Tenture chinoise en six panneaux d'après Fonlenay, Vemsmsal et Dumont. — De plus, en 1767, l'empereur de la Chine, Kien Long, avait chargé ses mandarins d'envoyer à Paris quatre dessins de ses Conquêtes exécutés par les jésuites attachés à sa cour, pour qu'ils y fussent gravés par les quatre plus célèbres artistes ; les gravures, exécutées sous la direction deCochin,ne furent envoyées en Chine qu'après la démission de Marigny.
En conséquence notre négociant a fait une spéculatio n sur notre tenture, et, quoique passée, il la préfère à d'autres : i<> parce qu'il risque moins, vu qu'elle est à bon marché ; 2° parce qu'il n'y a presque point de figures, dont il croit qu'ils se soucient le moins, et qu'il y a des animaux des Indes de toute espèce dont la représentation pourra les étonner et leur plaire. Si sa spéculation réussit, il prendra peut-être successivement plusieurs tentures sans craindre comme à présent de trop risquer pour le -prix ; mais comme il va partir sur le Pondichèry dans le mois prochain, il désirerait, Monsieur, avoir promptenient cette tenture, afin de l'envoyer tout de suite à Lorient. Je vous supplie de vouloir bien donner vos ordres pour que je la lui fasse délivrer, sitôt que je les aurai reçus.
Archives Nationales, Ol 1554.
Du 26 décembre 1769.
J'approuve, Monsieur, que vous ayiez saisi l'occasion de débarrasser la manufacture de la vieille tenture des Indes au prix de 16.000 livres, quoique, au lieu d'argent comptant, il ne soit plus question que de lettres de change. Vous aurez soin de me prévenir lorsqu'elles auront été délivrées, afin que j'en informe le trésorier.
Archives Nationales, O1 1120 (1).
(1) Ainsi cette vieille tenture des Indes fut envoyée en Chine et non donnée à M. Bouret, comme le dit M. Fenaille. Au fermier général on donna six pièces delà tenture des Nouvelles Indes. — Cf. A. N. Ox 1120, deux ordres de délivrance. — D'après le premier, du 28 juillet 1769