‹ Correspondance de Soufflot avec les directeurs des bâtiments concernant la manufacture des Gobelins, 1756-1780Chapitre 172 sur 224 · SOUFFLOT A MAR1GNY · texte numérisé non relu

SOUFFLOT A MAR1GNY

Paris, ce 5 mars 1769.

Monsieur, comme nos entrepreneurs des Gobelins sont toujours fort gênés, vu le peu d'argent qu'ils reçoivent, ils font de leur mieux pour trouver des occasions de vendre des tapisseries du magasin. Ils en ont trouvé une dont l'objet n'est pas fort considérable, mais ce sera toujours un soulagement: elle consiste dans quatre pièces des Eléments (1) qui sont portés sur l'état de vente dont la valeur, y compris lapistoleque vous avez accordée tant pour leurs faux frais que pour ceux de rentraitures, de poste, etc., est de 12.1321. 12 s. 1 d., ainsi que vous le verrez en détail dans l'état que j'ai l'honneur de vous envoyer ci-joint ; je vous supplie, Monsieur, de vouloir bien donner l'ordre de délivrance, afin qu'on puisse les remettre sitôt qu'elles seront en état pour en recevoir le paiement fixé en avril prochain. J'ai l'honneur de vous envoyer aussi trois certificats pour parvenir à différentes maîtrises^ l'un pour le sieur Vançon, peintre, le deuxième pour le sieur Archambaud, orfèvre, et le troisième pour le sieur Vautier,. teinturier dont nous sommes fort contents à la teinturerie de» Gobelins qu'il m'a promis de ne pas quitter, ne désirant parvenir à la maîtrise que pour l'avantage qu'elle procurerait à sa femme et à ses enfants dans le cas de son décès, ainsi qu'il l'a expliqué dans la demande qu'il a pris la liberté de vous en faire, et à nos entrepreneurs qui craignaient qu'il n'eût envie de s'établir dans la ville.

J'ai remis au sieur Cosette la gratification que vous avez

(1) Cette tenture des Eléments, en quatre pièces d'après Le Brun : l'Air, la Terre, VEàu, le Feu, avait été exécutée en 1707. Après avoir servi longtemps chez le duc d'Àntin, elle avait été déposée au magasin des Gobelins ; par ordre du 5 mars 1769, elle est vendue au cardinal de Rohan a* rix fixé par Soufflot (Fenaille, op . cit., vol. I, p. C4-6Î).

tien voulu accorder au sieur Guyot, et lui ai recommandé d'en garder le secret, car beaucoup d'autres sont en effet dans la misère, soit par les maladies, soit par la cherté du pain et -des denrées, et le plus de dépenses auxquelles ils s>ont forcés sans gagner davantage (1).

Archives Nationales, Ol 2046.

\ 92. — SoUFFLOT A MARIGNY

Paris, ce 22 avril 1769.

Monsieur, en conséquence de l'agrément que vous ea avez donné et de l'ordre de délivrance de la pièce de Venus sur les eaux% elle sera remise à M. Neilson : et les deux tableaux de M. Boucher qui lui appartiennent, savoir : la Diseuse de Bonne Aventure et la Pèche, seront déposés au magasin des tableaux comme appartenant à la manufacture des Gobelins (2). Il a disparu dans ce mois-ci un ouvrier jeune et bon, nommé Chedeville, de l'atelier de M. Audran ; nous le soupçonnons d'être parti pour remplacer à Munich l'ouvrier qui en est re-

(1) Si Soufflot n'avait pas avancé pour la troisième fois, le 7 avril, le pn iemenl de la semaine des ouvriers, ils allaient quitter la manufacture. (A. N. 0* 1119).

(2) Cf. un placet de Neilson du 15 avril, par lequel il « offre de livrer « au Roi les sixième et septième tableaux de la tenture de Boucher: la «. Pêche et la Diseuse de Bonne aventure, moyennant la somme de « 3.369 livres, et pour son remboursement qu'il plaise à M. le i). G. de « donner ordre de lui délivrer la pièce de Vénus sur les Eaux (d'après « le tableau de Boucher: Vénus sortant des Eaux,), actuellement au ma- « gasin du Roi, et que le montant de la pièce soit employé sur le mé- « moire de 1768 ; la dite pièce vient d'être finie parle sieur Neilson et elle « est de 3 aunes 14 sur la hauteur de 3 aunes. 5 s. 8, en carré 12 a. 15 s. 5; « à 260 livres l'aune, fait 3 369 livres 6s.6d. Celle proposition est d'autant a plus avantageuse que la manufacture manque de tableaux du genre de « ceux-ci, et que M. Neilson à qui ils appartiennent n'en sera remboursé

venu (i). M. de Sartines en a été prévenu par M. Buhot, inspecteur, qui veille avec zèle sur ce qui concerne nos manufactures, et nous saurons sûrement ce qu'il sera devenu ; M. Le Houx, exempt de la prévôté, y donne aussi ses soins, et tous deux veillent aussi sur quelques autres ouvriers dont *nous craignons l'évasion. Tout cela, Monsieur, vient du triste état dans lequel le manque de secours met nos manufactures, et du mal être des ouvriers qui s'en suit. Je joins ici un mémoire d'un ouvrier de la Savonnerie qui est dans le cas d'être aidé, comme il vous en supplie.

M. Cozette travaille au grand portrait du Roi (2). Il Ta mis, d'après votre agrément, et d'arrangement pris avec M. Van LoOy à une mesure telle qu'on y pourra mettre une glace pour le conserver. 11 y en a une à la manufacture des glaces de 618 sur 101e qui y serait propre. Je vous supplie de vouloir bien écrire pour qu'on vous la conserve.

Archives Nationales, O1 1554.

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