‹ Correspondance de Soufflot avec les directeurs des bâtiments concernant la manufacture des Gobelins, 1756-1780Chapitre 177 sur 224 · Soufflot a: Marigny · texte numérisé non relu

Soufflot a: Marigny

Paris, 19 juin 1770.

Monsieur, les entrepreneurs des Gobelins et de la Savonnerie m'ont remis l'état de leur situation dont vous avez eu la bonté de certifier l'exactitude ; j'y ai fait ajouter un article oublié, avec lequel la dette monte en totalité à la somme de 303 139 1. 7 s. 8 d. Ils m'ont fait voir un mémoire qu.'ils voudraient présenter à M. le Contrôleur général avec votre permission ; je l'ai trouvé beaucoup trop long, et d'ailleurs je pense, Monsieur, que si vous vouliez bien agir vous-même, vous opéreriez plus efficacement le bien des deux manufactures. Je ne peux ni ne dois vous cacher que leurs besoins sont des plus urgents : leur situation est plus critique qu'elle

ne Tétait en octobre 1761, lorsque j'eus l'honneur de vous en adresser un détail que vous remîtes à M. le Contrôleur général; il craignait si fort leur chute qu'il vous aida sur le champ d'une somme assez considérable ; ce secours fut suivi de quelques autres que les circonstances ont depuis presque totalement fait cesser. Je pouvais encore alors aider la manufacture dans des moments pressants (1) ; il m'est du trop pour que je puisse le faire à présent. Les entrepreneurs ont employé pour le service du Roi leurs biens et celui de leurs amis, ils se sont constitués dans des emprunts onéreux ; c'est à ces moyens et à leur zèle que nous devons l'existence actuelle de deux des plus beaux établissements de l'univers, mais, Monsieur, leur chute est des plus prochaines, tous les efforts possibles sont faits ; les ressources sont épuisées, et les ouvriers sont rebutés par le défaut de paiement et la privation de l'absolu nécessaire. Plusieurs ont déjà pris leur parti pour éviter les poursuites de leurs créanciers ; on a fait jusqu'ici ce qui était possible pour empêcher les évasions, mais vous ne voudriez pas, Monsieur, qu'on enchaînât à la misère dans leur patrie des hommes auxquels on offre en pays étrangers une aisance proportionnée à leurs talents ; si nous n'avons pas de quoi les récompenser, au moins faudrait-il avoir de quoi leur donner du pain. Vous devez, Monsieur, au progrès de ces deux manufactures sous voire administration les sollicitations les plus vives pour leur maintien ; vous les devez à vousmême, je dois vous supplier de les employer; et si, malgré vos démarches, elles tombent à la fin, on ne pourra, du moins, imputer leur chute qu'à un manque absolu de fonds dont Vous ne serez plus responsable (2).

Archives Nationales, O1 1554.

(1) Si Soufflot, le 7 avril 1769, n'avait pas avancé pour la troisième fois le paiement de la semaine des ouvriers, ils allaient quitter la manufacture (Arch.Nat. O1 1119).

(2) Marigny obtiendra un secours de 50.000 livres pour les deux ma-

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