SOUFFLOT A MARIGNY
[Paris, ce 18 octobre 1770. «
Monsieur, vous obtîntes il y a quatre mois un secours d& cinquante mille livres pour les deux manufactures ; cettesomme fut répartie entre beaucoup de personnes ; elle ne soulagea les entrepreneurs que pour peu de temps, et l'ouvrage^ qu'ils ont fait depuis les remet dans l'état où ils étaient alors (1). Celui de MM. Audran et Duvivier est encore plus triste ; il ne leur est plus possible d'y tenir, et tout était dit pour eux samedi prochain, si je n'avais donné ce matin 300 1. au premier et si je n'en avais promis autant à l'autre pour leur paye de ce jour-là. C'est de l'argent que j'ai été chercher chez un ami qui ne m'en doit point, et quoique la somme soit modique je vous supplie, Monsieur, de m'en faire rembourser : il m'est du dans les Bâtiments du Roi soixante-six ou soixante-sept mille
nutfactures ; mais celle somme, répartie entre beaucoup de personnes, ne soulagera les entrepreneurs que pour peu de temps, et l'ouvrage qu'ils feront ensuite les remettra bientôt dans l'état où ils étaient auparavant ; alors ils se décideront à aller tous les quatre trouver le Contrôleur général, et à lui présenter un mémoire. M. le Contrôleur général les recevra avec une courtoisie et une politesse exquise : « Je connais, leur dit-il, votre maladie, je ne peux pas la guérir, et je ne vous promets pas de vous soulager ». (Arch. Nat. O1 1554).
(1) Cf. une lettre de Soufflot à M. de Montucladu 11 septembre 1770 : « Voici bientôt trois mois d'échus depuis le secours que l'on a donné aux manufactures ; je les vois retomber dans le même embarras ; j'ai reçu hier une lettre de M. Audran, Cozetle et Neilson que je joins ici et que je vous prie de me renvoyer. M. Duvivier est dans le même cas, et il est sûr que si l'on s'endort encore quelque temps sur cet objet la cbûte arrivera, car je ne suis nullement en état d'y parer ni pour peu ni pour beaucoup, puisqu'il m'est dû bientôt près de 70.000 livres ; ainsi je nepuis que voir avec douleur ce qui se passe, mais je me lave les mains de ce qui arrivera, puisque ma bonne volonté ne peut remédier à rien. » (A. N. O1 1554).
livres, tant d'avances faites que de gages et appointements, et quelque bonne volonté que j'aie pour les manufactures dont vous m'avez conûé la direction, et quelque peine que me cause leur chute, je ne suis plus en état de l'empêcher. J'ai gagné huit ou dix jours en faisant ce qui m'a été possible de faire ; je vous supplie, Monsieur, devoir si vous pouvez pendant ce peu de temps obtenir des secours, et à leur défaut de m'honorer d'ordres précis qui feront la règle de ma conduite et de celle des entrepreneurs. Je trouve à vendre deux moyens tapis de 5.392 1, mais on. demande le rabais d'un tiers au moins, ce qui réduirait la somme à 3.728 1. Je trouve aussi à vendre des banquettes et tabourets aux mêmes conditions ; ce serait un soulagement prompt, et je pense qu'il vaudrait mieux perdre quelque chose que de perdre tout.
Archives Nationales, O1 1551.