‹ Correspondance de Soufflot avec les directeurs des bâtiments concernant la manufacture des Gobelins, 1756-1780Chapitre 194 sur 224 · SOUFFLOT A MAR1GNY · texte numérisé non relu

SOUFFLOT A MAR1GNY

Paris, le 14 mars 1773.

Monsieur, j'ai, suivant vos ordres, installé le nouvel aumônier des Gobelins (2), et l'ai fait reconnaître pour le successeur de M. l'abbé de Castelnaud ; j'ai ordonné aux jeunes apprentis de profiter des instructions chrétiennes qu'il compte leur donner et dont ils ont grand besoin, cet article ayant été depuis longtemps fort négligé.

Quant au sieur Duvivier fils (3), je l'avais installé comme adjoint et survivancier de son père l'année dernière en conséquence d'une lettre que vous me fîtes l'honneur de m'écrire, Monsieur, le 6 juillet; ainsi c'est une affaire faite. J'ai fait part de vos bontés à M. Neilson qui en est bien reconnaissant, et qu'elles ne peuvent qu'encourager (4).

Archives Nationales, O1 2047.

(1)« Le sieur Neilson, dit une autre note de l'administration, a porté « la basse lisse à un degré de perfection qui l'égale presque à la haute; « il a ouvert avec l'Angleterre un commerce utite en ce genre qui soulage la manufacture ».

(2) L'abbé Bourillon, nommé au « travail du Roi » du 7 mars précédent.

(3) Nommé conjointement à son père entrepreneur de la manufacture royale de la Savonnerie, au « travail du Roi » du 7 mars précédent.

(4) Cf. une lettre de Marigny à Neilson père du 16 juin 1769 : « Je « goûterais beaucoup, Monsieur, l'idée de faire voir au Roi le magnifique « ouvrage que vous venez d'exécuter pour l'Angleterre, si je n'y trouvais « un grand- inconvénient : il consiste en ce que cela ne pourrait être « fait sans un éclat qui donnerait à vos envois de tapisserie dans ce « pays-là une publicité capable de donner à la nation anglaise l'éveil sur

Du 15 mars 1773.

J'ai reçu, Monsieur, le nouveau tarif que vous m'avez adressé pour les prix à allouer aux ouvriers travaillant pour le Roi à la manufacture de basse lisse, et par l'examen que j'en ai fait j'ai vu qu'ils sont exactement les deux tiers de celui des pareils ouvrages qui s'exécutent dans la manufacture de haute lisse ; ainsi j'adopte ce tarif comme devant faire cesser les plaintes des ouvriers de basse lisse, et je vous donne ordre de l'imprimer pour servir dorénavant, et à commencer du premier janvier 1773, de règle à cet égard. Il vous » en sera envoyé des exemplaires quand l'imprimeur m'en aura envoyés.

Quant à la demande que font les mêmes ouvriers d'être rétablis dans le droit ou l'usage de faire des apprentis, l'expérience des années antérieures au rétablissement du Séminaire montre combien peu de sujets utiles à la manufacture sont

« l'importation que vous avez trouvé le moyen d'y faire de ce genre « d'ouvrage, et peut-être il en résulterait que vous perdriez en un mo- « ment tout le fruit de vos peines et du voyage que votre fils a fait en « Angleterre ; il vaut mieux à cet égard travailler plus sûrement et « avec moins d'éclat. Je verrais bien volontiers ce morceau eitraor- « dinaire si j'étais à Paris, mais, devant être ici encore quelques se- « maines, vous attendriez trop longtemps, et il vaut mieux pour votre « avantage et celui de la manufacture que vous ne tardiez point à sa- « tisfaire l'impatience de vos correspondants. » (Publiée par Fenaille, op. cit., vol. III, p. 274). Neils^n avait exécuté un certain nombre de pièces de la tenture de Bouclier (avec alentours de Jacques) à partir de 1763 ou 1764, et ces pièces avaient été livrées à des seigneurs anglais comme le duc de Northumberland, le comte de Covenlry, lord Fife, M. Weddell, le chevalier Bridgeraann et M. Beckford, etc. (Sur les différentes tentures exécutées par Neilson de 1764 à 1770 d'après les modèles de Boucher pour les sujets et de Jacques pour les alentours, voir Fenaille, op. cit.,s\o\. III, p. 265-276).

sortis des mains de ces ouvriers, et combien peu fructueuses ont été les dépenses du Roi pour former des élèves par cette méthode ; ainsi j'entends que le Séminaire subsiste, comme conforme d'ailleurs à l'édit d'établissement de la manufacture.

Quelques ouvriers, au reste, se sont plaints de la méthode tenue par M. Neilson en faisant à ces ouvriers leur décompte du bloc ; seulement il me paraît juste qu'il compte avec eux avec tout le détail nécessaire pour qu'ils puissent voir clairement s'ils ont ce qui leur doit revenir ; vous le direz à M. Neilson.

Comme je crois avoir rendu aux ouvriers de basse lisse toute la justice qui leur est due, s'il s'en trouve que cela ne satisfasse pas je vous autorise à leur annoncer que ceux qui seront mécontents du nouveau règlement et tarif sont les maîtres de chercher une condition meilleure, et qu'on ne les retiendra point (1).

Archives Nationales, O1 1124.

(1) Les entrepreneurs payaient les ouvriers aux pièces, selon un tarif fixé par la direction ; le prix variait naturellement selon les qualités, c'est-à-dire la nature de l'ouvrage : le prix du^ bâton, à l'époque de Marigny, valait pour les têtes de 9 à 12 livres, et pour les paysages de 3 livres 6 sols à 5 livres. Bien que les tarifs eussent été très sensiblement augmentés, ils ne donnaient toujours pas satisfaction aux tapissiers médiocres ; aussi, en 1789, l'entreprise sera supprimée, les entrepreneurs deviendront chefs d'ateliers, et les ouvriers, au lieu de travailler « à la tâche » selon des prix fractionnés, seront mis à appointements fixes et travailleront « à la conscience ».

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