‹ Correspondance de Soufflot avec les directeurs des bâtiments concernant la manufacture des Gobelins, 1756-1780Chapitre 198 sur 224 · D'Angiviller a Soufflot · texte numérisé non relu

D'Angiviller a Soufflot

Du 23 janvier 1775.

J'ai reçu, Monsieur, l'état des tentures qui se trouvent en ce moment dans le magasin de la manufacture royale des Gobelins, lequel me paraît propre à servir de base au registre que j'ai dessein de faire tenir, conformément à ce qu'on m'a rendu compte qui se pratiquait anciennement ; il suffira ensuite de m'envoyer au commencement de chaque année l'état

de celles qui seront sorties de l'atelier et entrées en magasin ainsi que de celles qui auront été délivrées, pour servir de contrôle à l'état qui doit être aussi tenu de ces derniers dans mes bureaux. Vous vous êtes au reste trompé si vous avez cru que mon intention en vous demandant un nouvel état fût de vous taxer de négligence ; je suis au contraire extrêmement satisfait de la manière dont est tenu votre contrôle, et je vous rends très volontiers la justice de reconnaître qu'il n'en est aucun qui l'emporte à cet égard sur celui qui vous est confié.

Je n'ignore pas non plus tout ce que les circonstances diftieiles où l'on s'est trouvé depuis bien des années vous ont engagé de faire pour aider les entrepreneurs de la manufacture royale des Gobelins ; il m'en avait été rendu compte avant les détails où vous entrez sur ce sujet, et votre zèle à cet égard mérite des éloges que je lui donne avec un vrai plaisir,

Le sieur Audran va être employé dans une distribution que je vais signer, mais je ne puis m'empêcher de vous observer que plus on fait d'efforts en sa faveur, plus son embarras semble augmenter et devenir plus urgent ; depuis plusieurs années il n'en est aucune où il ne lui ait été donné des sommes fort supérieures au montant de ses ouvrages annuels, et cependant, loin de s'acquitter, son impuissance à fournir aux frais 'journaliers de son atelier est de plus en plus embarrassante pour l'administration (1); je voudrais que vous examinassiez d'où cela peut provenir. Au surplus, il me semble qu'il serait à propos de diminuer un peu la masse des ouvrages annuels de la manufacture des Gobelins; la consommation qui s'en fait annuellement pour le service du Roi me parait fort inférieure à ce qui s'y fait, et il serait conséquemment nécessaire d'établir une sorte de balance entre la consommation et la fabrication,

(1) Cf. une note de Soufflot à d'AngiviJler du 26 décembre 1776 : « M. Audran n'est pas plus fort créancier que les autres ou du moins « que M. Neilson, car M. Cozette est plus avancé de payer que ce dernier» « mais il est le plus gêné. » (A. N. Ol 1554).

et d'autant plus que par l'état même que vous m'avez envoyé je vois que le magasin contient des tentures pour plus d'un million. Je souhaite que vous me proposiez sur cela quelque vue et quelque expédient, car je vois avec chagrin depuis que Sa Majesté m'a confié ses Bâtiments* que la charge de cette manufacture est énorme sans une fort grande utilité pour le Roi. Il est certain et incontestable qu'une manufacture de cette espèce doit être conservée pour l'honneur de la Couronne et de la nation, mais elle pourrait peut-être être réduite à certaines bornes qui en remplissant cet objet la rendissent moins onéreuse à l'administration.

Archives National.es, O1 1126.

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