Soufflot a d'Angivilllr
Paris, le 13 janvier 1776.
Monsieur, il est mort le 29 du mois dernier un ouvrier de l'atelier du sieur Gosette nommé Henry qui jouissait d'un logement qu'il avait obtenu à son rang. Celui des ouvriers du même atelier qui parait à tous égards dans le cas de lui succéder, est le nommé Roby qui était logé dehors avec le nommé Martin pour 150 livres que l'on passait sur les mémoires de M. Cosette depuis plusieurs années ; en lui donnant le logement de feu Henry \ on économisera la moitié de cette somme, et il sera récompensé suivant son mérite (1). Si la veuve
(1) Cf. un placet au directeur général des bâtiments, en novembre 1775: « Le nommé Jean Roby, ouvrier tapissier de la manufacture royale des « Gobelins de père en fils depuis son établissement, a l'honneur de vous « représenter très respectueusement que, depuis nombre d'années qu'il « fait les têtes et les chairs dans l'atelier et sous la conduite da M. Co- « zette son maître, il n'a pas encore pu parvenir à obtenir ni gratifica- «. tiofis particulières et annuelles, ni pensions, telles que d'autres qui ne « sont point de l'établissement de la manufacture en ont obtenu à titre «c de récompense donnée au mérite. Il ne désapprouve point la préfé- « rence que l'on a faite sur lui jusqu'à ce moment, mais, à mérite égal, « il vous supplie humblement, Monsieur, de lui faire accorder la même <( faveur, à la première occasion. Il y a des pièces au magasin du Roi << qui sont des preuves de ce qu'il est capable de faire, faites d'après « M. de Troy; et M. Pierre a la bonté de lui faire connaître, quand il « vient à la manufacture, son contentement sur ce qu'il fait actuelle- « ment, d'après M. de Troy. M. Soufflot lui a donné plusieurs fois des « preuves de sa satisfaction en regardant avec attention son ouvrage, et a lui désirant des biens ; M. Belle de même pour lui, et peut avec M. Co- « zette vous assurer de la vérité des faits qu'il avance, ainsi que de l'at- <l lention et des peines qu'il se donne pour former de bons élèves.
« Il ose espérer et attendre de votre âme bienfaisante que vous vou- « drez bien lui faire accorder la grâce qu'il a l'honneur de vous deman- « der, et d'agréer son fils au nombre des apprentis du Roi lorsqu'il en « sera fait.
de Dieu que vous avez paru, Monsieur, désirer loger et pour laquelle j'ai eu l'honneur de vous proposer le logement vaquant par la retraite de la veuve Rousseau chez ses enfants, à la fin du mois de septembre dernier, ne profite pas de cette occasion, comme il y a apparence, ce logement ainsi qu'un autre vacant par la retraite du nommé Rançon qui a quitté la tapisserie pour se faire peintre dans Paris, sur le brevet que vous lui avez accordé, pourraient loger deux autres ouvriers méritants, savoir : Martin de l'atelier du sieur Audran pour lequel on paie comme pour Roby un logement dehors, et dans ce cas les 150 1. passées jusqu'à présent sur les mémoires de M. Cosette seraient éteintes ; le second serait Paris, l'ouvrier qui paraît le plus méritant de l'atelier de M. Neilson chez qui il en a vaqué un (1).
« Le dit Jean Roby ne cesseragde faire des vœux pour la conservation u de vos précieux jours. »
D'Angiviller envoie le placet à Souftlot, qui écrit la note suivante :
« Selon le sentiment de M. Belle qui a suivi les progrès et la conduite du suppliant, et ce que j'ai vu depuis bien des années par les ouvrages qu'il a faits, il est dans le cas de profiter des bontés de M. le Directeur général à la première occasion <fe récompenser les talents et la conduite. »
Et M. de Montucla écrit à côté : « Est aussi dans le cas d'avoir son fils reçu apprenti du Roi à la première promotion » (A. N. O1 2047).
(1) Cf. un rapport de 4776 (émané des bureaux de l'administration), sur la situation des ouvriers des Gobelins.
« La coutume est de payer à divers ouvriers vieux ou infirmes, conséquemment ne faisant rien ou seulement très peu de chose, des semaines fixes plus ou moins fortes.
Ainsi, dans l'atelier de M. Audran, à. l'un on donne 9 livres par semaine, à l'autre 7, en sorte que dans le courant de Tannée une somme de quatorze à quinze cents livres est dépensée en pure perte dans cet atelier.
Mais laissera-t-on mourir de faim un vieux ouvrier qui a toute sa vie travaillé utilement pour la manufacture, lorsqu'il est bien démontré que son gain journalier n'a 'pu lui procurer que sa subsistance. Sans doute le particulier qui a une manufacture n'entre point dans cette considération: tant tenu, tant payé ; l'ouvrier hors d'état de travailler meurt
Il y a longtemps, Monsieur, que les ouvriers tapissiers représentent qu'outre les avantages que les orfèvres qui gagnent la maîtrise dans la manufacture acquièrent par les privilèges de leur état, ils jouissent aussi de plusieurs logements qu'ils pourraient obtenir de vos bontés; que dans ce cas il ne paraîtrait pas injuste d'imposer sur ceux qui gagnent la maîtrise comme maîtres et compagnons au bout de six ans la somme de 36 livres par tête, prix établi sur douze maisons
ou ne meurt pas de faim, cela ne lui fait rien ; mais est-il de la bonté du Roi de traiter avec cette rigueur des gens qui ont été toute leur vie à son service? C'est ce qu'on ne croit pas, et c'est en quoi une manufacture royale sera toujours grevée de beaucoup de faux frais de cette nature.
La plupart des ouvriers infirmes ou avancés en âge ont diverses grâces, comme pensions de 150. livres ou 200 livres, gratifications annuelles de 150 ou 180 livres, logement en nature ou indemnités de logement, gratification pour le pain (au moins 52 livres par an).
Un gain par semaine de 12 livres est, semble-t-il, le médium d'un bon et d'un faible ouvrier, soit 624 livres par an ; si un ouvrier avait 300 livres de bienfaits du Roi, (comme pension et gratification), ce serait 324 livres à lui parfaire dans l'année pour sa subsistance.
Il n'est pas de secours plus essentiel pour des ouvriers, et qui contribue plus à une sorte d'aisance, que celui d'être logés : car pour des gens de cette classe, qui ne gagnent leur pain que de la journée à la journée, la nécessité de trouver à chaque trimestre une petite somme pour payer leur loyer est un vers rongeur. » (A. N. O1 2048.)
— Cf. Frémy, Histoire de la manufacture des glaces, 1909. « Les ouvriers sont logés dans des maisons bâties sur des terrains appartenant aux manufactures... Il est défendu de vendre dans les maisons du vin, de la bière ou du cidre. »
Les salaires des ouvriers étaient au maximum, à la fin du siècle, de 10 livres 10 sols et ne descendaient pas au-dessous de 4 livres par semaine ; en outre, étaient distribuées des gratifications variant de 5 à 84 livres. La Compagnie Royale des glaces de France, « désirant donner des marques de bienveillance à ses anciens ouvriers et les mettre en état de vivre tranquillement lorsque leur grand âge et leurs infirmités les empêcheront de travailler », institua, en 1760, dix pensions d'ouvriers retraités qui, de 3 livres par semaine au début, s'élevaient en 1790 à 9 livres.
des environs qui ont en conséquence des exemptions de logements de gens de guerre ; par cet arrangement si vous l'approuviez, Monsieur, y ayant dans la manufacture cinq ateliers d'orfèvres fixes dans la maison, cela fournirait pour les trois ateliers de tapisseries, à répartir de manière à égaliser les dits trois ateliers, dix places à 36 livres pour les ouvriers qui mériteraient le mieux ce soulagement annuel, en attendant les autres récompenses (1).
Nous voici, Monsieur, au temps de faire des apprentis du Hoi pour la tapisserie ; j'ai eu l'honneur de vous écrire le 2 novembre dernier que M. Cosette, par diverses circonstances, avait perdu beaucoup d'ouvriers, et qu'il serait juste de lui en préparer le remplacement en nommant pour apprentis du Roi ceux dont il a lieu d'espérer le plus, et entre autres les fils d'ouvriers de son atelier dont j'ai eu un rapport avantageux. Suivant la liste que j'en ai, vos bienfaits tomberaient dans son atelier sur :
Devos l'aîné, fils d'ouvrier, orphelin, déjà avancé.
Michel, fils d'ouvrier, pareillement avancé.
Solier, fils d'ouvrier, qui se conduit bien.
Roby, fils d'ouvrier, qui promet sous père.
Pinard, externe, travaillant avec succès sous Girard.
Moineau, sous le même maître, bien propre à le former.
Duval, sous Roby, bon maître, content de son élève.
L' Epaule, pour lequel vous avez paru, Monsieur, vous intéresser, qui n'est pas encore bien avancé, mais qui se conduit bien sous son maître Roby, qui peut en faire un bon ouvrier.
M. Audran a aussi, Monsieur, dans son atelier trois fils d'ouvriers qui s'y conduisent bien et sont dans le cas de mériter vos bontés ; ce sont les nommés :
(1) Voir plus bas lettre de Soufflot du 3 février 1776.
Du Ruy, fils d'ouvrier, orphelin (\).
Bessin, fils d'un des bons ouvriers.
Duchêne, aussi fils d'ouvrier.
Quant aux orfèvres, il y en a deux, dont l'un que vous avez déjà nommé est, Monsieur, le nommé Le Dieu l'aîné, l'autre le nommé Duhamel ; ils se conduisent bien tous deux ; si Le Dieu le cadet doit y venir, comme vous l'avez indiqué, on pourrait le mettre pour le troisième.
Archives Nationales, O1 2048.