D'Angiviller a Soufflot
Du 25 septembre 1777.
Ce qui vient, Monsieur, d'arriver dernièrement à la manufacture royale des Gobelins où le nommé Paris le jeune a déserté hautement la manufacture, après avoir refusé de s'en tenir à des prix dont tout l'atelier est content et sans même finir un ouvrage commencé, m'a engagé, indépendamment de la punition de cet ouvrier que je poursuis, à aviser aux moyens de prévenir pour la suite une pareille désertion ; je me pro-
(1) Cf. un extrait de la Correspondance Secrète entre Marie-Thérèse d'Autriche et le comte de Mercy-Argenteau du 15 juin 1777 : « Le 22, « Sa Majesté passa la matinée à voir des artistes. Elle m'ordonna de re- « mettre au comte d'Angiviller une boîte garnie de diamants, avec le « portrait de S. M. Elle fit donner cent louis aux manufactures des « Gobelins et de la Savonnerie, cinquante louis à la manufacture de- « Sèvres, une bague d'un diamant entouré à l'inspecteur des deux pre- « mières manufactures nommé Soufflot, et pareille bague au sieur « Parent, directeur de la manufacture de Sèvres. »
pose en conséquence de faire une ordonnance de police pour la manufacture où les différents cas soient détaillés et prévus 4e la manière convenable ; j'ai donc besoin d'un projet d'ordonnance où tous ces cas soient spécifiés, et je crois ne pouvoir mieux m'adresser qu'à vous pour cet effet ; je suis convenu avec M. Amelot(l) que, pour lui donner plus d'authenticité et de poids, il la proposerait au Conseil du Roi et la ferait revêtir de l'autorité précise de Sa Majesté (2). Vous me ferez plaisir de vous occuper de cet objet avec une célérité et une attention proportionnées à l'importance dont vous savez vousmême qu'il est pour le soutien d'une manufacture aussi précieuse aux Bâtiments du Roi (3).
Archives Nationales, O1 1131.
(1) Antoine Jean Amelot, marquis de Chaillou, d'abord maître des. requêtes, puis intendaut des finances, enfin secrétaire d'Etat au département de la maison du Roi de 1776 à 1783.
(2) C'était le système du « despotisme éclairé » inauguré par Turgot : « Il faudra établir des lois sur tout cela!... Que chacun se conduise d'après les principes que le Roi a adoptés et qu'il maintiendra de tout le poids d$ son autorité » (Paroles prononcées par Turgot le 20 mai 1775, citées par M. le duc de Groy dans ses Mémoires).
(3) Sur l'insubordination des ouvriers des Gobelins, cf. un mémoire de Cuvillier de décembre 1782, où il reproche à Soufflot d'avoir trop abandonné la tenue des ateliers aux entrepreneurs, et d'avoir insuffisamment contrôlé les comptes entre le Roi et les entrepreneurs, et entre ceux-ci et leurs ouvriers, qui ne sont restés à leur égard que de simples mercenaires.
Le successeur de Soufflot à la direction des Gobelins, le premier peintre Pierre, « a reçu, dit Cuvillier, toutes les dénonciations des ouvriers, leur « a promis appui, les a flattés avec une popularité toujours dangereuse « quand elle n'est pas sagement mesurée. Devant ces mêmes ouvriers, « dès son entrée aux Gobelins, il a durement humilié et l'inspecteur et « les entrepreneurs, et les a livrés par là à ce mépris si fortement mar- « que dans les écrits et les propos des ouvriers, bien plus encore, par « une insubordination telle qu'aujourd'hui les ouvriers n'entrent aux « ateliers qu'aux jours et aux heures que bon leur semble. » (Arch. Nat. O1 2049).