‹ Correspondance de Soufflot avec les directeurs des bâtiments concernant la manufacture des Gobelins, 1756-1780Chapitre 34 sur 224 · Marigny a Soufflot · texte numérisé non relu

Marigny a Soufflot

A Versailles, le 3 octobre 1757.

Le nommé Louis Perrier, Monsieur, ouvrier de la manufacture des Gobelins de l'atelier du sieur Neilson, m'a exposé qu'il travaille dans cette manufacture depuis quarante-huit ans, qu'il est néanmoins dénué de tous biens, et pour surcroit de malheur attaqué d'une goutte sciatique aux jambes de mail) Jacques Bailly, garde général des tableaux du Roi, organisateur de l'exposition publique des tableaux du Luxembourg en 1750.

(2) Réponse de Marigny le 26 septembre : « J'approuve toutes vos opé- « rations et vous pouvez en conséquence aller en avant sur tous les « points. » —La lettre de Marigny et la réponse de Soufflot ont été publiées par Fenaille, op. cit., vol. III, p. 180.

nière qu'il ne peut agir ni travailler, et pour comble de mi- *ère débiteur du sieur Aeilson de 126 livres par compte arrêté avec lui. Dans cette triste position, manquant des choses les plus nécessaires à, la vie, cet ouvrier m'a demandé de lui procurer une place aux Incurables ou en tel autre endroit que je jugerai à propos ; son placet est étayé du certificat du sieur Rocquies, chirurgien de la manufacture des Gobelins. Touché de compassion et de pitié pour ce pauvre ouvrier j'ai demandé pour lui une place aux Incurables (1) à M. le Procureur général, qui m'a répondu qu'il ne lui était pas possible de disposer d'un lit dans cet hôpital, attendu que chaque lit a son fondateur et que la concession de ces lits de'pend absolument des héritiers des fondateurs, mais il m'a offert de faire placer cet ouvrier à Bicètre (2) où il sera logé et nourri ; et, sur les gratifications qu'on accorde annuellement aux ouvriers anciens de cette manufacture (3), on pourrait réserver pour cet ouvrier une cinquantaine de francs qui serviraient à lui procurer ses petits besoins.

Ayez agréable de communiquer ma lettre au sieur Neilson, afin qu'il sache de cet ouvrier s'il n'aura point de répugnance de se retirer à Bicètre et de me faire savoir son sentiment pour que je sois en état de répondre à la lettre que j'ai reçue de M. le Procureur général.

Archives Nationales, O1 2044.

(1) L'hospice des Incurables, fondé en 1634 rue de Sèvres, aujourd'hui hôpital Laënnec.

(2) L'hospice de Bicètre contenait aussi des mendiants, des aliénés, des condamnés.

(3) Neuf petites pensions de 200 livres étaient réservées aux anciens ouvriers invalides.

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