SOUFFLOT A MAR1GNY
Paris, le 10 octobre 1757.
Monsieur, j'ai pris selon vos ordres les éclaircissements nécessaires pour le sort du pauvre ouvrier infirme des Gobelins, nommé Perrier; il avait d'abord accepté avec beaucoup île reconnaissance les offres que vous vouliez bien lui faire pour une retraite à Bicêtre, parce qu'il croyait qu'à la recommandation de M. le Procureur général il y serait honnêtement ; sa fille et son gendre, qui ont pour lui un attachement très louable, ont été bien aises de s'instruire sur sa future situation, et sont allés voir un des économes de cette maison ; il les a assurés que si Perrier ne payait pas au moins deux cents livres de pension il n'y pouvait être reçu ni traité autrement que les gens des rues qu'on y renferme ; ils sont venus chez moi, pénétrés de douleur de la misère dans laquelle se trouverait leur pauvre père, m'assurer qu'ils ne pouvaient pas se déterminer à l'y livrer ; quoique ce gendre très bon ouvrier des Gobelins et sa femme soient de braves gens, je leur dis que je ne pouvais pas vous écrire sur leur simple témoignage, et que je prierais M. Belle d'aller à Bicêtre pour y examiner par lui-même ce dont il était question ; il vint hier, Monsieur, m'en rendre compte, et me confirma tout ce que les autres m'avaient dit ; il paraît donc constant que pour procurer à ce pauvre malheureux un sort tolérable, il faudrait lui faire deux cents livres par an, dont même on exige un quartier d'avance; or, comme aidée de cette somme sa tille pense qu'elle pourrait le soigner et le nourrir mieux qu'il ne serait à Bicêtre, je vous supplie, si vous lui faites la grâce de la lui accorder, de lui permettre de le garder aux Gobelins ; si cela se peut, Monsieur, vous les rendrez beaucoup
plus heureux, et cette forme fera un meilleur effet dans la manufacture (1).
Archives Nationales, O1 204i.